‹ Contribution à l'étude de la PyrodineChapitre 7 sur 31 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La pyrodine, découverte par Liebreich, dérive de la phénylhydrazine (Cf H°) HAz — AzH?) par la substitution du radical acétyle à la molécule d'hydrogène restée libre. Sa constitution chimique répond à la formule suivante :

C1 H3 C6 H5 — cb — Az H?

Comme l’antipyrine, l’antifébrine, la phénacétine, la pyrodine à été administrée dans le but d’abaisser la température chez les fébricitants, et de calmer les douleurs ; et en effet, les auteurs, d’ailleurs peu nombreux, qui l’ont Jusqu'ici expérimentée, lui ont reconnu des propriétés antither-mique et analgésique très nettes.

Mais il s’en faut que son histoire soit clairement établie, et l'exposé qui va suivre montrera quelles

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divergences séparent les auteurs sur des points cependant d’une importance extrême, et combien sont incertaines encore les données que nous possédons sur la pyrodine. :

La pyrodine a été étudiée pour la première fois au point de vue thérapeutique par M.J. Dreschfeld (1) professeur de pathologie à l’université Victoria.

Il la prescrivit à la dose de 10 à 25 centigrammes chez les enfants, de 50 à 75 centigrammes chez les adultes.

Comme antithermique, il Padministra dans 12 cas de pneumonie fibrineuse chez des enfants, un cas de pneumonie accompagnée de néphrite, 25 cas de fièvre scarlatine. En même temps que Dreschfeld, le docteur Oldham de Mousall-Hospital prescrivit la pyrodine à des malades atteints de typhus, de fièvre typhoïde, dans un cas de méningite traumatique, et de péritonite consécutive, à un empoisonnement par le phosphore, dans plusieurs cas de rhumatisme articulaire aigu.

Les résultats furent en général excellents : la température s’abaissa rapidement, et resta à un taux inférieur pendant plusieurs heures.

L'action de la pyrodine fut même dans certains cas supérieure à celle des autres antithermiques.

C'est ainsi que dans le typhus elle permit de

(1) Médical chronicle, nov. 1888.

pe

maintenir les malades à la température de 37% à 39° pendant toute la durée de la période fébrile, alors que dans une épidémie antérieure, Oldham avait employé sans résultats sérieux la quinine, la kaïrine, et l’antipyrine.

De même dans l'hyperpyrexie qui accompagne l’arthrite rhumatismale, alors que l’antipyrine et l’antifébrine n’avaient produit aucun effet, la pyrodine abaïissa en quelques heures la température de 41° à 35°2.

La pyrodine aurait encore sur les médicaments similaires un autre avantage: son action serait de beaucoup plus prolongée. C’est ainsi que sur 12 cas, 9 fois l’abaissement de la température se manifestait encore 12 heures après l'administration du médicament.

L'action analgésique de la pyrodine ne fut pas moins nette. Dans 2 cas de migraine où l’antipyrine avait échoué, elle détermina rapidement la sédation des douleurs. Il en fut de même dans un cas de céphalalgie intense liée à une ostéite tuberculeuse du pariétal.

Elle fut plus variable dans le rhumatisme articulaire. Dans un cas de rhumatisme aigu, elle diminua la douleur qui avait résisté au salycilate de soude et à l’antipyrine. Dans un autre cas son action fut inférieure à celle du salol.

Le médicament fut toujours bien supporté; il donna lieu seulement à une sudation marquée, mais ne provoqua jamais ni nausées ni vomisse-

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ments, ni collapsus. Cependant dans certains cas, on observa les symptômes del’intoxicationanilique, symptômes qui prirent même un degré d’acuité assez élevée dans la fièvre typhoide. Dans cette affection, on vit survenir au bout de 3 ou 4 jours, de l’ictère accompagné de prostration, d’'hébétude etc., accidents qui se dissipèrent d’ailleurs en quelques jours en laissant à leur suite de l’anémie.

De ses expériences Dreschfeld conclut que la pyrodine est un antithermique et un analgésique puissant, plus énergique même et plus constant dans ses effets que l’antipyrine, l’antifébrime, etc., mais que son pouvoir toxique est aussi plus considérable. Il en recommande lemploi dans les névralgies et les affections fébriles sauf cependant dans la fièvre typhoïde, où elle détermine rapidement des accidents d'intoxication.

Peu de temps après la publication du travail de Dreschfeld, Lépine (1) fit à la société médicale de Lyon, une communication, très sommaire ailleurs,sur les propriétés thérapeutique ettoxique de la pyrodine. Ge médicamentabaisse latempérature, chez les fébricitants et calme les douleurs. Ainsi des tabétiques souffrant de douleurs fulgurantes très violentes, purent pendant quelques heures jouir d'un repos relatif qu’ils n’obtenaient plus avec les autres nervins connus.

(1) Lyon médical, 9 décembre 1888.

En Allemagne, la pyrodine fut étudiée successivement par Zerner de Vienne et Guttman de Berlin.

Zerner (1) administra la pyrodine à la dose de 40 à 60 centigrammes par jour à des tuberculeux, et il obtint un abaissement de la température, mais très fugace, celle-ci se relevant presque aussitôt. Dans la pneumonie, la méningite, la température fut abaissée d’un degré et demi, mais dans un certain nombre de cas, l'administration du médicament demeura sans résultat.

À la dose de Î gramme par jour la pyrodine ‘alma les douleurs, dans plusieurs cas de tabes, d'hémicranie, de sciatique.

L'auteur a toujours vu le médicament être facilement supporté; cependant quand l’appareil digestif est atteint, il survient des éructations, des nausées, des vomissements, de la diarrhée ; de même quand le cœur est malade, il devient dangereux en déterminant un affaiblissement de la contraction cardiaque. Dans les deux cas d’ailleurs les résultats sont médiocres.

Somime toute, pour Zerner, la pyrodine est antithermique et analgésique, mais son action est de beaucoup inférieure à celle de l'antifébrine.

Guttman (2) a obtenu, avec la pyrodine, à Ja dose de 10 à 15 centigrammes, un abaissement

(4) Vien. méd. Woch. 1889 n° 4.

(2) Société de m‘decine de Berlin. 4er mai 1889.

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notable de la température chez les fébricitants. Une demi-heure après l'administration du médicament, la température commence à baisser, et au bout de 2 ou 3 heures le minimum est atteint. Puis après être restée quelque temps stationnaire, la température remonte rapidement, en sorte qu'après 3, 4 ou au plus 5 heures, elle est la même qu'avant l'administration du médicament. La rémission varie entre un degré et demi et 3 degrés ou même davantage.

Pendant l’abaissement de la température on observe de fortes sueurs.

Guttman a également employé la pyrodine comme analcésique, et en a obtenu de bons résultats, notamment dans plusieurs cas de sciatique. Dans le cas de rhumatisme articulaire aigu il a noté, avec 10 centigrammes seulement, une rémission des douleurs pendant quelques heures. L'action commence à se manifester au bout d’une demi-heure à une heure,parfois au bout de 2 heures. Pour obtenir leur disparition complète il faut administrer Jusque 20 et 30 centigrammes par Jour. Pourtant l’auteur pense qu'il est prudent de ne jamais dépasser la dose de 10 centigrammes par Jour, et ilrecommande même de ne pas administrer le médicament plus de 3 jours de suite.

I a également employé la pyrodine comme médicament externe, sous forme de pommade, contre 1e proriasis, et a obtenu des succès.

Apres les divers travaux que nous venons d’ana-

lyser, vient celui de Lemoine de Lille (1) dont presque toutes les expériences ont porté sur des tuberculeux.

En administrant plusieurs jours de suite à ces malades de la pyrodine, il a pu, en 3 joursenviron, ramener à la normale la température. À partir du moment de l’administration, celle-ci s’abaisse d'un demi degré à un degré par jour. Elle tombe lentement et graduellement, atteignant le soir une élévation moins grande que le matin, diminuant encore le lendemain matin, et ainsi de suite jusqu'à ce qu’elle atteigne le niveau normal où elle se maintient quelques temps. D'autre fois la chute se fait par lysis, la température s’élevant le soir mais moins que la veille.

La pyrodine agiten même temps comme analgé- Sique en faisant disparaitre les points de côté, les névralgies, les douleurs gastralgiques si fréquentes dans la tuberculose, et procure ainsi aux malades un bien-être relatif.

Grâce à ce médicament Lemoine put rapidement vuérir plusieurs cas de migraine ou de névralgies périodiques. Chez un malade atteint de sciatique, il lui suffit d’administrer pendant 2jours un cachet de 8 centigrammes pour‘voir la douleur s’amender progressivement et disparaître complètement. Il n’eut pas l’occasion de lexpérimenter dans le

tabes.

(!) Gazette médical de Paris n° 24 et 26.

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