INTRODUCTION
Les délires d’incendiaires peuvent revêtir plusieurs formes bien distinctes. Parfois ils ne sont qu’un épisode d’un autre délire plus ou moins systématisé : l’orgueil arma le bras d’Erostrate du flambeau qui brûla le temple de Diane à Ephèse ; n'est-ce pas encore l’orgueil qui poussa Jonathan Martin à incendier la cathédrale d’York pour purifier la maison du Seigneur des indignes ministres qui s’écartaient des préceptes traditionnels de l'Evangile ? Tel est encore le cas de ce mégalomaniaque qui allume des incendies pour faire parler de lui. Tel enfin le cas de ce persécuté qui détruit par les flammes la maison et les biens de celui qu'il croit son persécuteur. De ces cas précédents on peut rapprocher les sujets qui présentent un état d'irritabilité émotive amenant une réaction disproportionnée à l’impression, ou un affatblissement intellectuel masquant les suites graves de l'acte commis, ou encore une perversion morale avide du moindre prétexte à mal faire.
Il existe une catégorie d'individus, le plus souvent des dégénérés psychiques, des héréditaires vésaniques qui allument des incendies, non pas sous l'impulsion
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irrésistible qui paralyse momentanément leur volonté et leur met la torche incendiaire à la main, comme le font les pyromanes vrais, mais pour ohéir le plus souvent à un motif très futile, néanmoins suffisant pour expliquer leur mauvaise action. Tel ce débile qui allume six incendies avec le désir de se venger d’un voisin, en le faisant passer pour l’auteur du crime ; tel cet autre qui met quatre fois le feu espérant que ces sinistres lui procureront maintes occasions de boire.
D'autres fois, l’incendiaire est l’esclave d’une force intérieure, d’une influence occulte inexprimable, qui maîtrise sa volonté ; il obéit à une impulsion irrésistible, et il incendie sans motifs ni raisons. Il incendie comme boit le dipsomane. C'est à le pyromane réel, celui qui fera plus particulièrement l’objet de notre étude.
Après l'historique et l'exposé des données générales ce travail comprendra deux parties : d’abord l'étude des particularités cliniques de la maladie mentale, l'acte dans son exécution et l’individualité du pyromane ; ensuite la recherche de son étioiogie.
Nous publierons à l'appui de notre étude quelques observations, les unes extraites de nos recherches bibliographiques, les autres, inédites, dues à l’obligeance de M. le Docteur Brunerie et relevées dans le service de clinique de M. le Professeur Lépine.