‹ Contribution à l'étude de la pyromanieChapitre 5 sur 30 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Des conceptions différentes, bien souvent opposées, ont marqué depuis Pinel les progrè: réalisés dans l’évolution psychiatrique de la pyromanie. Au début, une distinction avait été faite entre les folies générales et les folies partielles, et, Esquirol, le premier, créa le terme de pyromanie pour qualifier la monomanie incendiaire.

C'est de la littérature psychiatrique allemande que nous extrayons les premières observations d’incendiaires : Osiander en l’année 1813 donne une explication physiologique qui nous apparaît aujourd’hui quelque peu puérile, mais nous montre à quel point les premiers auteurs poussèrent le souci de la pathogénie. « La disposition à incendier, dit-il, peut résulter d’une affection particulière du cerveau, surtout pendant le développement de la puberté chez les deux sexes. » Cette pyromanie, qu'il prétend n'être qu'une photomanie, est expliquée par la prédominance du sang veineux sur le sang artériel, par l'accumulation du premier dans certaines parties, spécialement dans la région des nerfs de l'œil. Ainsi lorsqu'à l'époque du développement sexuel, le sang se dirige vers les orga-

nes de la génération, lorsque chez les animaux âgés l’afflux du sang artériel vers le cerveau est moindre et que le sang veineux y domine, lorsqu'enfin chez les crétins, l’affaiblissement du cerveau entrave le retour du sang veineux, l’appétence du feu se développe par l’effet du besoin impérieux de lumière qu'ont les organes de la vision, privés d’une grande partie de leur irritabilité.

Henke, en 1817, établit en principe que l’ « envie du feu » et la propension incendiaire qui se manifestent fréquemment chez de jeunes sujets, sont souvent physique anormal et résultent parti-l’effet d’un état culièrement d’une évolution organique irrégulière à l’époque ou à l’approche de la puberté.

En 1830, un autre auteur allemand, Flemming, s'oppose aux ’dées de Henke, publie des observations d'incendiaires plus âgés, nie la puberté comme cause primordiale des pyromanies et affirme qu'il existe toujours un mobile, quelque disproportionné qu'il soit avec les conséquences qu'il entraîne, capable d’expliquer le geste de l’incendiaire.

Un psychiatre français, Marc, publie en 1833 un mémoire important sur l’histoire générale des monomanies et particulièrement sur la monomanie incendiaire dans lequel il conclut que l’existence chez un malade de délire partiel doit entrainer l’irresponsabilité. Dans le cas de pyromanie ; i’absence de signes positifs d’un désordre mental ainsi que la présence de stigmates qui paraîtraient établir l'intégrité de la raison ne doivent pas dérouter ni égarer la médecine, car dans ce cas encore, il peut s’agir de pyromanie.

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Marc observa qu'en France les horimes commettent plus fréquemment le crime d'incendie que les femmes. Un tel état de choses diffère de celui qui paraît avoir été observé en Allemagne où le nombre des filles incendiaires dépasse de beaucoup celui des garçons. Cet auteur pense que cette différence tient à ce que les conditions fondées sur le climat, les mœurs et les habitudes ne sont pas les mêmes pour ia France et pour l'Allemagne. « Dans le Nord de l'Allemagne, surtout, les affections nerveuses concomitantes des efforts de puberté sont très communes et ce pays est sans contredit celui qui a fourni le plus grand nombre d’observations extraordinaires ». Marc incrimine le chauffage excessif, qui produit une atmosphère si chaude et si humide qu'elle détruit l’élasticité de l’air ambiant, et l’usage du café et de la soupe à la bière aromatisée par du currien ou de la coriandre. Il établit ensuite les règles que devra suivre le médecin pour détecter l’existence d’une pyromanie et recommande de tenir compte de l’époque à laquelle l'affection mentale se manifestera, de rechercher si elle est le résultat d’un développement non harmonique des fonctions sexuelles, ou d’un trouble des systèmes circulatoire et nerveux.

Esquirol écrit, en 1838, dans son traité des maladies mentales : « Les pyromanes obéissent à des hallucinations, à des idées fixes qui les déterminent à mettre le feu, comme d’autres sont déterminés à tuer leurs semblables ou à se tuer eux-mêmes. » Son opinion est par là même, proche de ceile de Marc.

Legrand de Saulle écrit sa thèse en 1856 sur la mo-

nomanie incendiaire. Dans cette étude et dans son livre « de la folie devant les tribunaux », il étudie la pyromanie et exige pour de tels malades un arrêt qui prononce presque à tout jamais leur séquestration dans un établissement spécial. Cet auteur considère que des conceptions délirantes, des hallucinations, des impulsions insolites, des désordres dans le développement naturel des passions, sans dépression ni exaltation intellectuelle caractérisent la monomanie en général et la monomanie incendiaire en particulier. « La pyromanie est due vraisemblablement à des phénomènes morbides qui naissent dans cette faculté mentale qu'est la volonté et qui anéantissent toute liberté morale. » L'auteur fait ensuite une distinction entre la pyromanie accidentelle se produisant chez les sujets très peu différenciés intellectuellement et entraînant l'irresponsabilité, la pyromanie incomplète entraînant une responsabilité partielle et la pyromanie complète cause vraie de responsabilité plus ou moins atténuée ou inexistante suivant le niveau d'intelligence et le degré d'activité du sujet.

Falret, en 1864, ne reconnaît pas de raison d’être aux monomanies, considère l’acte incendiaire comme un symptôme de maladies mentales diverses. Il enlève à la pyromanie sa valeur de syndrome entité. Il s'exprime ainsi : « Les médecins divisent artificiellement les monomanies d’après les facultés lésées ou d’après les idées et les sentiments qu'ils considèrent comme constituant à eux seuls toute la maladie. En décrivant au contraire chez ces aliénés un ensemble de symptômes dont les objets prédominants du délire ne sont qu'un relief secondaire, on prépare les voies

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à une classification plus naturelle qui tiendra compte de la totalité des phénomènes morbides et de la marche de la maladie. Au point de vue thérapeutique on s'efforce de découvrir des moyens généraux dirigés contre la maladie elle-même, contre les tendances générales et non contre un symptôme secondaire.

Morel, en 1860, préside à la naissance d’une nouvelle phase de l’histoire de la psychiatrie, la phase étiologique, qui fait suite à la période symptomatique. Il opère, lui aussi, un rapprochement entre la tendance à l'incendie et les troubles d'ordre génital ; il note que l’impulsion incendiaire se constate fréquemment au cours de la puberté, de la menstruation, de la grossesse. Il la signale chez les imbéciles et dans les folies instinctives des dégénérés.

En 1872, un auteur allemand, Merckede pose le premier la question de savoir si la pyromanie à un substratum anatomo-pathologique et soutient que le siège de l'affection n’est pas aux circonvolutions cérébrales, mais bien à la base de l’encéphale. Dans toutes ses observations : manie épileptique, démence, manie, etc. où l'impulsion pyromaniaque a un tel relief qu'elle constitue l’élément symptomatique prédominant, l’auteur à toujours constaté des lésions au n1veau de cette partie de l’encéphale et il cite Longuet pour qui la volonté d’incitation réside dans la protubérance annulaire.

Lasègue, en 1880, nie l'existence de la pyromanie. Marandon de Montyel, en 1887, la réhabilite et la situe comme entité morbide. Il fait le premier une description très complète de la maladie et établit ses

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exactes limites. « Les aliénés qui commettent des crimes sont atteints de troubles psychiques très divers qu'il importe de bien distinguer car ce que nous disons d’un de ces troubles : celui qui nous occupe, la pyromanie, ne saurait s'appliquer aux autres. Quand le crime d'incendie est l’acte inconscient d’un idiot ou d’un dément, l’acte étourdi d'un maniaque, l'acte passif d’un halluciné, l’acte logique d'un délirant systématisé, l’acte pervers d’un fou moral ou l'acte exhubérant d’un émotif, il ne relève pas de la pyromanie. Pour appartenir à cette maladie mentale, il doit être la satisfaction donnée à un besoin qui, né spontanément dans l'esprit de l’incendiaire, n’est ni le produit de ses dispositions psychiques antérieures ni une adaptation à des phénomènes extérieurs morbidement interprétés, et qui, par lui-même, constitue la manifestation essentielle caractéristique de la maladie. D'ailleurs, la pyromanie prend naissance dans un organisme troublé et au sein d’un esprit déjà ébranlé, mais elle n’en reste pas moins spontanée et essentielle.

Pour Magna, 1895, et son école, la pyromanie n'est qu'un syndrome épisodique de la folie des dégénérés. Des auteurs plus modernes utilisent à bonne fin des données nouvelles de la psychiatrie. La tendance psychanalytique triomphe avec G.-L. Warner. Cet auteur publie quelques cas de pyromanie vraie chez lesquels il découvre un primum movens strictement d'ordre sexuel. Doit-on accorder à cette tendance une valeur générale et absolue ?

Enfin, en Allemagne, R. Persch publie en 1937, quelques observations de pyromanes chez lesquels

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