OBSERVATION I
(Professeur LÉPINE.)
G..., est âgé de 34 ans, il est né dans le département du Rhône, il est célibataire et cultivateur.
G... alla en classe jusqu'à l’âge de 13 ans, ne se présenta pas au Certificat d’études primaires, accomplit son service militaire à Lyon, au 54° Régiment d’Artillerie Coloniale. Ses obligations militaires terminées, G... retourna chez ses parents, eux-mêmes cultivateurs. Il abandonna bientôt les travaux de la terre et entra à la Compagnie des Tramways de Lyon où il resta deux ans, jusqu’en 1926. À cette époque G... quitta la ville et rentra au foyer paternel pour s'occuper à nouveau de travaux agricoles.
A ce moment G... buvait déjà exagérément. En 1927 il mit le feu à une meule de paille qui appartenait à des gens auxquels il n'avait aucun motif de vouloir du mal. I] vivait en très bons termes avec eux et avait même travaillé à leur service dans d’excellentes conditions. C’est poussé par une force irrésistible qu’il commit cet acte, sans réfléchir à ses consé-
ire
quences. Il avoua même qu'il aurait mis volontiers le feu en pleine nuit à une grange attenante à sa maison d'habitation. D'ailleurs, son acie incendiaire une fois accompli, il éprouva un réel soulagement vite étouffé par les remords, et il fut un des premiers à donner l'alarme et à essayer d'éteindre l'incendie. Après enquête, G... fut envoyé à la prison Saint-Paul et M. le Professeur Lépine après l'avoir examiné au point de vue mental, conclut que linfraction fut commise non en état de démence, mais en vertu d’une impulsion irrésistible vraisemblablement d'origine épileptique, qu'il s'agissait en tout cas d'un irresponsable à interner chez lequel un appoint alcoolique appréciable était certainement intervenu.
À la suite de ce rapport, G... fut interné à l'hôpital psychiatrique du Vinatier le 19 janvier 1928 où il resta jusqu’au 8 novembre 1928. Son comportement ayant été parfait depuis son entrée, on pui croire que l’alcool était seul responsable de la gravité de ses réactions. Et sur la promesse de ses parents de veiller sur lui, il fut remis en liberté à titre d'essai.
Malheureusement, le 11 août 1929, neuf mois environ après sa libération, un jour qu'il avait bu plus que de coutume, il ressentit un léger vertige et mit de nouveau le feu à une meule de paille. Il fut immédiatement réintégré à l'hôpital psychiatrique du Vinatier où il séjourna jusqu'au 28 mars 1935. Comme la première fois, G... se conduisit d’une façon absolument normale, se rendant utile pour les mêmes besognes du service ; il fut discipliné, serviable, travailleur et sa conduite ne donna lieu à aucune obser-