‹ Contribution à l'Étude de la Question du Déterminisme SexuelChapitre 15 sur 24 · HO · texte numérisé non relu

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Thury, en 1863, dans un mémoire publié à Genève, mémoire qui a fait époque, énonçait certaines propositions, les unes relatives à l’âge de l’œuf, les autres tenant compte à la fois du moment de la fécondation et de l’âge de l’œuf. Nous allons envisager d’abord les premières :

« 1° Le sexe, dit-il, dépend du degré de maturité de « l’œuf,au moment où il est fécondé ;

«2° L'œuf qui n'a pas atteint un certain degré de « maturité, s'il est fécondé, donne une femelle ; « quand ce degré de maturité est dépassé, l'œuf, « s’il est fécondé, donne un mâle ;

« 3° Lorsque plusieurs œufs se détachent successi- « vement de l'ovaire pendant la durée d’une même « période génératrice, les premiers œufs sont, en « général, moins développés et donnent des femelles, « les derniers sont plus mûrs et donnent des mâles. « Mais, s’il arrive qu'une seconde période généra- « trice succède à la première, ou, si les circons- « tances extérieures ou organiques changent consi- « dérablement, les derniers œufs peuvent ne pas « atteindre au degré supérieur de maturation et « donner des femelles. » (Cleisz).

La loi de Thury a été également admise par Richarz (65), Düsing (73-74), Hallingsworth, Cleisz : tous ces auteurs reconnaissent que la fécondation de l’œuf jeune donne une femelle, la fécondation de l'œuf mûr un mâle, car « le sexe mâle est un degré « d'évolution plus avancé que le sexe femelle, et « tout œuf produit un mâle, quand sa force repro- « ductive est à son maximum, et qu'il arrive à son

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« complet développement; il produit une femelle « dans le cas contraire. »

Des vérifications de cette loi ont été faites au point de vue expérimental ; nous en parlerons plus loin en même temps que nous ferons intervenir la fécondation.

Poussant plus loin leurs recherches, les expérimentateurs se sont attaqués à l’homme.

Le docteur Boissard (147-195), après de patientes observations cliniques, a repris la loi de Thury et l’a appliquée à l'homme. Il admet également la distinction. entre l’ovule jeune et l’ovule mür : « J'appelle ovule jeune, dit-il, la cellule, aussitôt après la rupture de la vésicule de de Graaf. »

Les docteurs Guiard (171) et Taubmann(191), complètent, jusqu’à notre époque, la série des auteurs qui se sont occupés de cette question.

[l'est donc admis que l'œuf jeune donne naissance

une femelle, l'œuf mür à un mâle.

Mais Thury avait énoncé une autre proposition : « lorsque, au temps du rut, un seul œuf se détache « de l'ovaire, pour descendre lentement à travers « le canal génital, il suffit que la fécondation ait lieu («au commencement du temps du rut, pour qu'il en « résulte des femelles, et, pour qu'il en résulte des « mâles, pendant la durée de son trajet dans le « canal génital. » Nous voyons apparaître ici, la notion du rapport existant entre la fécondation et le degré de maturité de l'œuf.

Girou de Buzareingues en 1827, avait déjà montré que les fleurs femelles fécondées dès qu’elles étaient

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en état de recevoir le pollen, tendaient à produire des fleurs femelles.

La loi de Thury, comme on pouvait le prévoir, a suscité dès son apparition un vif élan de curiosité chez les éleveurs, car, si la détermination des sexes chez l’homme prête surtout à des considérations philosophiques et sociales, elle est pour les éleveurs d'un intérêt pratique primordial. Les expériences se sont succédées d’une manière ininterrompue; permettant de juger cette loi pratiquement, et de ne pas seulement se contenter d’ergoter sur des théories.

Thury fit profiter le premier de sa découverte, un de ses compatriotes, Georges Cornar.

« J'ai utilisé sur mon troupeau de vaches, rap- « porte-t-il, les données qui m'ont été fournies con- « fidentiellement par Thury, et j'ai obtenu d'emblée, « sans aucun tâtonnement, tous les résultats atten- « dus. En premier lieu, dans vingt-deux cas succes- « sifs, j'ai cherché à obtenir des génisses, mes vaches « étaient de race Schwytz, et mon taureau un pur « sang Durham ; les génisses étaient recherchées « par les éleveurs ; et les taureaux ne se vendaient « que pour la boucherie. Jai obtenu le résultat cher- « ché dans tous les cas. »

« Ayant acheté plus tard une vache pur sang « Durham, il m'importait d'en obtenir un nouveau « taureau qui pût remplacer celui que j'avais acheté « à grand frais et sans attendre Îles hasards d’une « portée mâle. J'ai fait opérer suivant les prescrip- « tions de M. Thury, et la réussite à de nouveau « confirmé la vérité de son procédé. J'ai obtenu,

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« outre mon taureau Durham, six autres taureaux « croisés Durham-Schwytz que je destinais au « travail.

« En résumé, j'ai fait en tout 29 expériences, et « toutes ont donné le produit cherché, mâle ou « femelle ; je n'ai eu aucun cas de non-réussite. « Toutes les expériences ont été faites par moi-même « sans aucun intermédiaire. »

Georges Barral (193) a obtenu également une éclatante confirmation de la loi de Thury en opérant sur des bêliers et des brebis.

Un moment noyés dans l'enthousiasme de la découverte, les résultats contraires n’ont pas tardé à se faire jour. Comme le fait a été exactement démontré, la loi de Thury ne se vérifie pas chez les lapines qui engendrent indistinctement des mâleset desfemelles.

Coste et Gerbe -ont essayé de l'appliquer aux oiseaux notamment, mais ils n'ont put obtenir de résultats probants. Des vétérinaires ont contredit formellement la loi de Thury. et l’on devient sceptique en étudiant les saillies provoquées à son sujet dans les haras. A l’Institut agronomique de Proskau et d’Eldéna, on fit saillir de jeunes vaches, aussitôt qu’elles montrèrent de l'ardeur ; à Proskau, on eut cinq vaches et cinq taureaux. D’autres vaches, fécondées après vingt-quatre heures de rut, mirent bas une vache et quatre taureaux. Enfin, dans un haras royal d'Allemagne, on fit saillir au début du rut trente juments : elles donnèrent 11 naissances, 5 femelles et 6 mâles.

Nous avons voulu avoir un avis éclairé sur cette

question, c'est pourquoi nous nous sommes adressés à M. Porcherel, chef de travaux à l'Ecole vétérinaire de Lyon, qui nous a confirmé les résultats négatifs précédemment cités, À diverses reprises, on a tenté à l'Ecole vétérinaire de vérifier la loi de Thury, et chaque fois le résultat a été contraire.

Le doute est permis en présence de faits aussi contradictoires, mais à quoi tiennent-ils donc ? «Faut-il « se demander si les seconds expérimentateurs ont « procédé avec une rigueur moins scrupuleuse, ou « admettre que la fécondation pendant la période « de rutse rapproche trop des deux grandes phases « de l’évolution ovulaire, d’où résulteraient des cau- « ses faciles à comprendre, ou bien conclure que « l'hypothèse de Thury ne repose, en réalité, sur « aucune base bien sérieuse, et n’a du qu’à des « coïncidences fortuiteset singulièrement heureuses, « les premières confirmations quelle avait reçues « du contrôle expérimental » ?

Cependant, il est indéniable que, siles contradictions n’ont pas manqué, la loi a été confirmée dans nombre de cas, et ceci nous le retiendrons.

La question se resserre et devient d’un intérêt encore plus évident quand on en arrive à suivre M. Boissard dans l'application qu'il a faite de la loi de Thury, à l’omme.

M. Boissard fait intervenir, dans sa théorie du déterminisme sexuel, trois facteurs principaux :

1° La fécondation :

9 La maturation de l’ovule ; 3° L'écoulement menstruel ;

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