‹ Contribution à l'étude: de la rate dans les maladies infectieusesChapitre 12 sur 46 · RON LA · texte numérisé non relu

RON LA

repas, d'après Grigores cu (1), que cette augmentation de globules rouges dans la rate se produit.

On a encore invoqué en faveur de ce rôle hématopoiétique, la présence dans la rate adulte de cellules rouges à noyau, mais celles-ci n’apparaîtraient qu'à la suite de saignées profuses et répétées (B1zz0zero et Salvioli, Hayem) ou après certaines maladies, anémies de l'enfance (Luzet), leucocythémie; la difficulté de la régénération du sang après la saignée chez les animaux dératés, serait aussi en faveur de cette hypothèse (Vulpius).

Par contre, de nombreux auteurs s’élèvent contre cette attribution d’un rôle hématopoiétique à la rate en dehors de la vie fœtale. Emilianoff, dit n'avoir jamais observé de globules rougès à noyau chez l’homme, même après de fortes saignées; quant à l'augmentation du nombre des hématies dans la veine splénique, elle est réelle, mais ne doit pas être interprétée en faveur d’un rôle hématopoiétique de la rate; cette augmentation tient seulement à ce fait que le sang laissant beaucoup plus de plasma à la rate qu'aux autres organes, le sang veineux est plus épais et par suite plus riche en éléments figurés.

Nous avons vu que, pour M. Hayem, la rate chez l'adulte n’est pas un centre de formation des hématoblastes, et que le sang de la veine splénique est moins coagulable que celui des autres vaisseaux.

Quant à la difficulté de la régénération du sang après la saignée, chez les animaux dératés, elle ne serait pas réelle, d’après Korn.

IJ. — Rôle de destruction des hématies. — Ce rôle est basé sur la richesse en fer de l'organe (Picard) et sur la présence dans la rate normale de l’homme et des animaux, d'hématies en voie de destruction et de pigment sanguin. Ces hématies et ce pigment se rencontrent surtout dans les grandes cellules de la pulpe; cette fonction ne servirait d'ailleurs, d’après certains auteurs, qu’à mettre en liberté l'hémoglobine nécessaire à la rénovation des globules rouges.

Cette fonction s'exagère à la suite d’inoculations de substances

(1) GRIGORESCU. Quelques expériences sur le rôle hémopoiétique de la rate. 4rehrves de physiologie, 1891, p. 661 à 574. D'après cet auteur, les globules rouges viendraient des globules blancs et il y aurait une sorte de balancement entre la richesse du sang en leucocytes et en hématies, les premiers diminuant de nombre à mesure que les seconds deviendraient plus nombreux.

Pre

toxiques (Pilliet) (1) et à la suite d'infections spontanées ou expérimentales, comme nous le démontrerons dans la suite.

IIT. — Rôle leucocytopoiétique. — Ce rôle est prouvé par un fait sur lequel s'entendent la plupart des physiologistes (2) ; il existe plus de lencocytes dans la veine que dans l’artère splénique et plus que dans toute autre veine de l'économie. Cette augmentation est si considérable que, au lieu de un leucocyte par 225 hématies, proportion rencontrée dans le sang de l’artère splénique, on a un leucocyte pour 60 hématies d’après His et même 1 pour 5 d'après Vierordt; d'après Emilianoff, cette augmentation s'accompagne d'une modification dans la proportion des diverses espèces de leucocytes ; tandis que dans les autres vèines les lymphocytes n’entrent que pour un cinquième dans la masse des leucocytes, dans la veine splénique ils forment les deux tiers de ceux-ci; il y aurait de même augmentation des formes vieilles, comme nous l'avons vu, tandis que les formes adultes des leucocytes ne sont que relativement peu augmentées.

D'après certains auteurs (Ouskow en particulier), les leucocytes ne se formeraient pas dans la rate ; venus des ganglions lymphatiques, ils s’'accumuleraient seulement dans la rate pour se transformer en éléments plus parfaits.

Pour pénétrer plus avant dans l'étude du rôle leucocytopoiétique on a étudié les modifications apportées par l’ablation de l'organe dans la richesse du sang en leucocytes. Billroth et Mossler, Burdach ont signalé une diminution temporaire du nombre des leucocytes dans le sang du chien après extirpation de la rate.

Robin, Gaube, Winogradoffontsignalé cette diminution qui est précédée d’une augmentation passagère aussitôt après l'opération.

(1) PILLIET. Archives de médecine expér., 1894. Action sur la rate de quelques poisons du sang.

(2) Rappelons cependant que cette opinion à trouvé quelques contradicteurs : D'après Jaschkowitz (Virchow's Archiv, 1857), après section des filets du plexus splénique, il y a gonflement considérable, accumulation de pigment et abondance extrême des leucocytes. D’après Tarchanof et Swæn (Société de biologie, 1874), le sang de la veine splénique ne contient guère plus de leucocytes que le sang de l'artère : après section des nerfs, il y a dilatation de l’organe qui se charge de leucocytes au détriment du reste de l’économie, sans qu’il y ait d'augmentation correspondante dans la veine.

La diminution du nombre des leucocytes ne persiste pas, et le nombre de ceux-ci augmente de nouveau quelque temps après.

Kourlow a étudié surtoutles conséquences éloignées de la splénectomie ; voici les conclusions qu’il en a tirées :

Les cobayes (1) supportent facilement l'extirpation de la rate, ils croissent, augmentent en poids et se reproduisent comme les animaux normaux.

A la suite de la splénectomie, il se produit une hypertrophie et une hyperplasie des ganglions lymphatiques. Cette hypertrophie s'accompagne de lymphocytose, mais cette dernière cesse à la fin de la deuxième année, et à ce moment le pourcentage est au-dessous de la normale.

Emilianoff a repris toutes ces expériences. Il a eu soin d'étudier le sang des animaux avant et après l'opération et de ne pas modifier leur régime ; d’après lui, l’extirpation de la rate fait baisser le nombre des lymphocytes jusqu'à ce que les autres glandes lymphatiques hyperplasiées couvrent le déficit; elle augmente, par contre, le nombre des formes adultes et des formes vieilles, dont la transformation s’'accomplit dans le,sang et non plus dans la rate; la rate formerait donc des lymphocytes au niveau du corpuscule de Malpighi, les transformerait en formes adultes au niveau de la pulpe, puis en formes vieilles qu'on retrouve dans les veines après la splénectomie; les ganglions remplacent le corpuscule de Malpighi pour la formation des lymphocytes, et la moelle des os remplace la pulpe pour la métamorphose des globules blancs.

Chez l’homme (2), après l’ablation de la rate on a observé une hypertrophie des ganglions lymphatiques : chez certains malades on a vu survenir un goitre, accompagné, dans un cas, des symptômes de la maladie de Basedow ; il se produirait dans ce, cas une leucocytose manifeste (3).

(1) D'après DASTRE (Société de bidtagte, 1893), le dératement des'chiens, chats, rats et cobayes n'a pas d'effet sensible sur le développement des jeunes animaux.

DENYS à même signalé, après le dératement, que les chiens avaient grand appétit. et tendance à l’engraissement,.

(2) VuzpIus. Beitrage z. Rlin. Chir., t, XI.

(3) Chez une femme qui avait subi l’extirpation de la rate deux ans auparavant, TSCHISTOWITSOH ( Centralb. für Med. Wiss., 1894) n'a pas trouvé de modification

du nombre des globules rouges et de l'hémoglobine; par contre, il y avait augmentation des leucocytes, surtout des lymphocytes. 4

La rate ne semble pas seulement former des leucocytes jeunes, elle semble capable de transformer ceux-ci en éléments plus parfaits, qui de là peuvent se répartir dans toute l'économie; nous avons vu que normalement, il existait dans le corpuscule de Malpighi, à côté du lymphocyte, des formes différentes de leucocytes à protoplasma plus abondant et à noyau vésiculeux, ces leucocytes se rencontrent à la périphérie du follicule et dans les mailles dela pulpe. Si nous rappelons maintenant que ces leucocytes sont doués de la propriété phagocytaire, alors que les lymphocytes en sont dépourvus, nous voyons combien importante est cette transformation qui crée dans la rate un centre de formation de cellules protectrices.

Ces lymphocytes seraient également susceptibles de se transformer en leucocytes polynueléaires, comme nous l'avons observé dans certaines infections, et la rate deviendrait un des organes chargés de la production de ces éléments, phagocytaires au premier chef, qui s’accumulent sur les différents points de l’économie envahis par les bactéries.

Nous (1) ne nous étendrons pas davantage dans ce chapitre sur ce rôle de la rate dans les maladies infectieuses, cette étude devant être le principal objet de la quatrième partie de ce travail.

(1) Rappelons enfin, avant de terminer ce chapitre, qu’on a soulevé dans ces dernières années la question de l’existence de rapports physiologiques entre la rate et le corps thyroïde. Zanda (Arch. ital. de biologie, août 1893, p. 432) admet que le corps thyroïde $oustrait normalement au sang une substance toxique pour le système nerveux, substance qui provient des échanges matériels dont la rate est le siège. On peut donc extirper sans danger la glande thyroïde aux animaux, si on a eu soin au préalable de leur extirper la rate. Les expériences de Zanda n'ont pu être vérifiées par Vassale, Fano et par Gley; d’après ce dernier auteur (47e. de phys., 1894, p. 207), il faut rejeter pour le moment toute idée de rapport fonctionnel quelconque entre la rate et le corps thyroïde.

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