INFEOTION PAR LE PNEUMO-BACILLE DE FRIEDLÆNDER
5° INFECTION PAR LE STREPTOCOQUE (souris, lapin). — Chez le lapin, dans le cas d'infection rapide, la rate est extrêmement volumineuse. — Streptocoques dans la pulpe. — Pas de phagocytose. — Corpuscules : Lymphocytes transformés en leucocytes mononucléaires. Dans la pulpe, macrophages, gonflement des endothéliums.
Dans les cas d'infection plus lente : rate de volume à peu près normal, présence de quantité considérable de pigment sanguin dans les grands macrophages de la pulpe. ;
Avant de résumer dans un chapitre d'ensemble les caractères généraux que présente Ja rate dans les maladies infectieuses, il est nécessaire de comparer les altérations que nous venons de décrire dans les chapitres précédents avec celles que produisent chez les
divers animaux les infections expérimentales correspondantes ; nous n’étudierons que les plus importantes de celles-ci.
1° Infection charbonneuse. — Lorsqu'on inocule des bactéridies à un animal sensible, souris, lapin, cobaye, après une période de lutte entre la bactéridie et les phogocytes, au point d’inoculation, la bactéridie pénètre dans le système circulatoire et envahit tous les organes, de sorte qu’à l’autopsie les viscères sont transformés en véritables milieux de pullulation bactérienne.
La rate en particulier est tuméfiée, diffluente, et sur les coupes histologiques on voit que si les corpuscules de Malpighi contiennent très peu de bactéridies les mailles de la pulpe par contre sont couvertes par un véritable feutrage de bactéridies enlacées : celles-ci sont libres pour la plupart, et il est même rare d'en rencontrer dans l’intérieur des phagocytes.
Les altérations histologiques de la rate ont été signalées par divers auteurs : Martinotti et Barbacci (1890) ont signalé des lésions régressives des. cellules du corpuscule, Hess de même a signalé l'augmentation du nombre des grandes cellules de la pulpe par fragmentation directe, rarement par karyokinèse, et des phénomènes de dégénération cellulaire.
Voici ce que nous avons observé, sur les coupes de rate des souris charbonneuses.
La pulpe est congestionnée, et dans ses mailles, autour des foyers bactériens, on rencontre de nombreux leucocytes mono et polynucléaires, ne contenant jamais de bactéridies; outre ces leucocytes, on observe des cellules véritablement gigantesques, ayant dix fois environ le volume d’un leucocyte mononucléaire, et renfermant au milieu d’un protoplasma abondant un noyau très volumineux, plus ou moins riche en chromatine, à contours festonnés, véritable cellule à noyau bourgeonnant comparable à celles que l’on.voit dans la moelle des os.
Le corpuscule a subi également de profondes modifications, la plupart de ses lymphocytes sont transformés en leucocytes mononucléaires normaux où plus ou moins désintégrés ; et l’on voit sur certains points de véritables petits foyers nécrotiques, dans lesquels on distingue souvent de grands macrophages chargés de gros grains de chromatine solide.
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Ces corpuscules sont souvent échancrés par la congestion périphérique, et l'on voit parfois des hémorrhagies à leur intérieur.
2° Infection par lé bacille d'Eberth.— Cette infection qui est loin, il est bon de le rappeler, de présenter chez le cobaye les caractères de la fièvre typhoïde humaine, s'accompagne de tuméfaction souvent considérable de la rate qui est gorgée de sang noirâtre, et renferme toujours, souvent même en quantité considérable, le bacille d’Eberth.
Les caractères histologiques de la rate dans cette infection n’ont pas été étudiés ; dans les quelques cas que nous avons observés, les corpuscules nous ont paru présenter des phénomènes de multiplication et de tuméfaction cellulaire, etil y avait multiplication de même nature dans les mailles de la pulpe, mais de nouveaux examens sont
nécessaires.
3° Infection par le pneumocoque. — L'’inoculation du pneumocoque à la souris s’accompagne rapidement d’une septicémie dont la lésion la plus remarquable est l'hypertrophie de la rate.
Dans ce cas, sur les coupes histologiques, on voit que les mailles de la pulpe gorgées de sang sont remplies de pneumocoques; ceux-ci se présentent souvent en amas plus ou moins ovoïdes qui semblent développés dans l'intériéur des cellules de la pulpe; ces pneumocoques sont d’ailleurs parfaitement colorables, et semblent avoir proliféré dans l’intérieur des phagocytes qui les avaient primitivement absorbés.
Dans les mailles de la pulpe, on rencontre en excès des leucocytes mononucléaires, mais très peu de leucocytes polynucléaires; enfin, de place en place, on retrouve ces cellules gigantesques que nous avons signalées dans la rate charbonneuse, et de grands macrophages chargés de leucocytes, de débris nucléaires et de pigment sanguin.
Les corpuscules sont modifiés, beaucoup de leurs lymphocytes sont transformés en leucocytes! mononucléaires, et l'on trouve de place en place de grands macrophages chargés de grosses granulations nucléaires, et parfois de pigment sanguin.
Les corpuscules ne renferment jamais de pneumocoques.
Chez le lapin, l'inoculation du pneumocoque dans les veines amène rapidement la mort de animal, et là encore l’hypertrophie de la rate qui est quatre à cinq fois plus grosse que normalement, est un des symptômes principaux de l'infection.
Là encore, comme chez la souris, on rencontre dans la pulpe congestionnée des diplocoques en quantité considérable, mais la lésion la plus intéressante nous a semblé la leucocytose polynucléaire que l'on trouvait dans les mailles de la pulpe et dans les capillaires veineux, comparable à celle que nous avons signalée dans la rate des pneumoniques.
Dans les corpuscules on peut rencontrer des hémorrhagies extrêmement intenses, Les lymphocytes sont transformés en cellules à prolifération active ayant l'aspect de leucocytes polynucléaires, mais surtout en cellules dont le noyau a subi une fragmentation ressemblant à . celle que nous avons décrite dans les foyers nécrobiotiques de la fièvre typhoïde et de la diphtérie.
4° Infection par le pneumo-bacille de Friedlænder.— Dans ce cas, l’inoculation de cultures sous la peau de la souris détermine comme avec le pneumocoque une septicémie ; la rate est hypertrophiée, et l’on trouve dans ses mailles en quantité considérable des bactéries ; celles-ci, dans un cas que nous avons observé, étaient toutes contenues dans les grandes cellules de la pulpe, dans lesquelles elles avaient pullulé ; il y avait eu phagocytose, mais la bactérie l'avait emporté sur la cellule dont le protoplasma était devenu un véritable centre de développement ; les autres altérations ne différaient guère. de celles observées chez la souris pneumonique.
5° Infection par le streptocoque. — [l'inoculation de streptocoque virulent dans le tissu cellulaire de la souris s'accompagne chez cet animal de septicémie, et l'on retrouve le streptocoque dans la rate.
Chez le lapin, après inoculation sous-cutanée dans le tissu cellulaire de l'oreille, il n'est pas rare, lorsque le streptocoque est très virulent, de voir survenir une septicémie qui tue l'animal en vingt-quatre ou quarante-huit heures ; mais cette septicémie s'obtient plus sûrement encore lorsque l’inoculation est faite dans les veines. Dans ce cas la rate est d'ordinaire très volumineuse, et l’on rencontre du streptocoque sur les coupes et dans les cultures faites avec la pulpe de l'organe.
L’inoculation de streptocoque d'une virulence moindre dans le tissu cellulaire de l'oreille du lapin s'accompagne ordinairement d'érysipèle, et dans ce cas, si l'animal meurt, il n’est pas rare de voir passer le streptocoque dans les viscères ; la rate dans ce cas est encore augmentée de volume.
Au cours de nos recherches entreprises avec F. Widal sur les caractères morphologiques et biologiques du streptocoque, nous avons pu examiner la rate d’un grand nombre de lapins ayant succombé plus où moins longtemps après l’inoculation ; les altérations que nous avons observées méritent d’être rapportées.
Lorsque la mort survient rapidement, en vingt-quatre ou quarantehuit heures, la rate, très volumineuse, contient en très grand nombre des amas de streptocoques situés dans la pulpe, et jamais dans les corpuscules ; ces streptocoques sont très rarement contenus dans les phagocytes.
Le corpuscule subit des modifications importantes : un grand nombre de lymphocytes sont transformés en leucocytes mononucléaires et il est facile de voir toutes les transitions entre ces deux variétés de leucocytes ; dans un certain nombre de lymphocytes, le noyau est au stade de pelotonnement karyokinétique, ou bién a déjà subi la division.
Les mailles de la pulpe et les capillaires veineux sont remplis de leucocytes, lymphocytes, leucocytes mononucléaires, grands macrophages vides ou chargés de leucocytes et présentant souvent une vacuole digestive au voisinage du leucocyte englobé, cellules à contours mal délimités, etc., etc.
Les endothéliums vasculaires sont tuméfiés et font saillie dans la lumière ; sur certains points où les leucocytes sont accumulés, il y a une véritable thrombose.
Enfin, on rencontre en assez grande quantité, soit libre, soit inclus dans les macrophages, du pigment sanguin.
Lorsque la mort survient plus tardivement, la rate reprend son volume à peu près normal, même dans les cas où l’on trouve encore du streptocoque dans la pulpe ; les corpuscules de Malpighi sont peu modifiés, quelquefois un peu atrophiés ; les mailles sont remplies de grands macrophages souvent comblés de débris nucléaires et surtout de pigment sanguin.
Cette destruction pigmentaire mérite d'attirer notre attention, car il est presque de règle de rencontrer, dans les mailles de la pulpe ou dans les capillaires veineux, souvent en quantité considérable, de grands macrophages à noyau vésiculeux dont le protoplasma renferme soit des hématies ayant conservé leur forme mais non leurs
Fi@. 11. — Macrophages de la pulpe remplis de hématies (4), de pigment (a), de débris nucléaires (cd), de pigment et de débris de noyaux (e). réactions histochimiques, soit surtout du pigment sanguin. Ce pigment, qui apparaît jaune d’or sur les coupes non colorées, devient d'un brun verdâtre sur les coupes traitées par le bleu de méthylène; il bourre parfois littéralement les cellules où l’on ne distingue plus que le noyau. Il n’est pas rare de trouver enfin dans les mailles de la pulpe, du pigment en liberté. Cette accumulation de pigment atteint parfois un degré considérable, comparable seulement à ce qu'on observe dans les rates de paludéens. ù