CHAPITRE IV
Comparaison des résultats obtenus avec la ration proposée et de ceux obtenus avec la ration classique.
La ration défendue dans cette thèse est très inférieure à celle qui est recommandée dans les ouvrages classiques. Le tableau suivant, emprunté à Marfan, donnera une idée des quantités de lait données habi tuellement aux nourrissons par les pédiatres :
Quantité de lait Quantitédelait
Age Coupage corrigé ou pur corrigé où pur pour un repas pour 24 heures
1°" mois ar conne a 1e É 45 à 90 315 à 630 2° mois » 90 à 120 630 à 840 3° mois » 120 à 135 840 à 945 4e mois » 135 à 150 945 à 1050 6° mois Lait pur sucréà2p.o/o 160 à 175 960 à 1050
Ainsi, dès le sixième mois, d’après ce tableau, le nourrisson prend près d’un litre de lait pur. La différence de ration est presque du simple au double. I
est donc bon de comparer les résultats obtenus avec des rations aussi opposées.
A. — Les enfants, élevés artificiellement, en suivant la méthode classique, présentent un certain nombre de caractères que l’on a pour habitude d’opposer à ceux obtenus avec l’allaitement au sein.
$. — Cette différence entre l’allaitement artificiel et l’allaitement maternel serait due uniquement aux différences de digestion du lait de vache et du lait de femme.
Le lait de vache donne, dans l'estomac, un coagulum formé d’une grosse masse compacte, et non une série de grumeaux fins et nombreux, comme le lait de femme. La durée de sa digestion stomacale est plus longue. De même la digestion intestinale est également retardée. Cette élaboration défectueuse des aliments aboutira donc à des putréfactions intestinales plus abondantes, et l'excès de caséine est particulièrement incriminé pour expliquer ces accidents.
$.— Cette variation dans l'élaboration et l’assimilation du lait de vache et du lait de femme va se manifester cliniquement par des différences dans l’état des selles et dans l’état général.
Classiquement, un nourrisson élevé artificiellementest constipé. Les fèces sont abondantes, car l’assimilation ne se ferait que dans la proportion de 93 p. 100. Elles sont fermes, pâteuses et sèches. Leur couleur est pâle ; souvent elle se rapproche du mastic des vitriers. Leur réaction est neutre ou faiblement alcaline. Marfan attribue cette réaction faiblement
alcaline à une fermentation ammoniacale ou à un excès de sécrétion de la muqueuse lié à un certain degré de catarrhe. Reétenons cette notion ; et d’ailleurs Marfan lui-même ajoute : &ce qui revient à dire qu'un enfant élevé au lait de vache a presque toujours un certain degré de gastro-entérite ». Elles renferment plus de matières protéiques, plus de sels, plus de graisses ; l’utilisation de la matière minérale serait beaucoup moins parfaite et le chiffre de l’azote absorbé par l'intestin serait inférieur à celui trouvé chez le nourrisson élevé au sein.
L'aspect général du nourrisson élevé avec du lait de vache ne ressemble pas à celui d’un nourrisson élevé au sein. C’est un enfant fréquemment très gros, car il est beaucoup plus souvent suralimenté. Il est pâle, d'aspect lymphatique. Les chaïrs sont molles. Il est indolent, apathique et a perdu toute vivacilé. - B. — Avons-nous retrouvé dans nos observations ces différences, qui paraissaient fondamentales, entre ‘les deux modes d'alimentation? Eh bien, non! Nous y trouvons noté journellement cette remarque que l’état des selles et l’état général n'offraient pas ou peu de dissemblances avec celui d'un nourrisson au
- Sein.
&. — L'état des selles est tout particulièrement intéressant. Nos nourrissons vonttous très régulièrement à la selle, deux et trois fois par jour, sans être obligés de recourir aux lavements. Leurs matières sont extrêmement peu abondantes ; les déchets sont donc très minimes, et le nourrisson absorbe
Daussy 9
es ; 1)0 rem
et assimile la presque totalité des matériaux qui lui sont donnés. Les fèces sont semi-liquides. Elles sont bien colorées, d’un jaune d’or qui rappelle de tout point la couleur classique des selles du nourrisson au sein. x
Aïnsi selles très peu copieuses, semi-liquides, jaunes d’or, tels en sont les principaux caractères. L'aspect classique des matières fécales du nourrisson alimenté avec du lait de vache est donc uniquement en rapport avec la suralimentation et non avec le mode d’alimentation. Ce sont tout. simplement des selles de dyspeptique, d'enfant dont le tube digestif est surchargé, qui n’assimile pas tous les matériaux qui lui sont confiés et en élabore mal la majeure partie.
Cette différence entre l'aspect des selles du nourrisson élevé avec la ration que nous défendons et l'aspect classique des selles du nourrisson élevé artificiellement, est pour nous un point fondamental de cette étude. C’est en effet la preuve clinique que les doses de lait données jusqu’à ce jour dans le premier âge, sont beaucoup trop fortes et que la très grande majorité des troubles mis sur le compte de la qualité de l'aliment, doit être en réalité reportée sur la quantité et attribuée uniquement à la suralimentation.
$. — Les nourrissons, qui font le sujet de nos observations, avaient également un aspect tout différent de celui que l’on est habitué de trouver comme résultat de l’allaitement artificiel,
Tous ces nourrissons avaient des chairs fermes et roses, étaient gais et vifs et n'avaient nullement le facies blane, gros et lymphatique des enfants gorgés de lait de vache.
C). — L’allaitement artiliciel peut donc se rapprocher plus qu'on ne l’estimait jusqu'ici, des résultats obtenus avec l'allaitement maternel. A notre avis beaucoup des troubles au sujet desquels on incrimine lanature de l’alimentation ne sont que des accidents de suralimentation. La connaissance exacte de la ration alimentaire des nourrissons permet d'y remédier dans une large mesure.
Mais cependant qu’on n’aille pas croire que nous pensons qu'il n'existe pas de différence fondamentale entre les deux modes d'allaitement et que bien conduits ils doivent également donner:tous deux d’excellents résultats. Nous ne saurions oublier que, même si le coupage et l'addition de sucre peut ramener chimiquement le lait de vache à une composition identique au lait de femme, il n'existe pas moins entre ces deux produits des différences biologiques fondamentales. Il nous a déjà été donné d’insister sur la notion d'une albumine de lait de vache non homologue de celle du lait de femme, et nous avons signalé la possibilité d’une dyspepsie causée par cette albumine non homologue. En second lieu l'étude des ferments du lait a montré qu'il existait dans chaque lait des diastases qui leur étaient spéciales ; et il est actuellement établi que le suc gastri-
que et le suc pancréatique du nourrisson n’ont une
action véritablement complète que sur le lait de femme, et non pas sur un lait d’une autre source, comme le lait de vache. D'ailleurs, la clinique nous montre trop bien journellement les merveilléux effets de l'allaitement maternel, pour que nous puissions avoir l’idée de comparer les résultats de l'allaitement artificiel et de l'allaitement maternel.