OBSERVATION IV
Délire de début faisant penser à l'éthylisme. Syphilis certaine. Traitenent par arsénobenzol. Rémission. Rechute.
J... (Émilien), âgé de 40 ans, entrepreneur, entre à l'asile, le 14 septembre 1921, avec le certificat médical suivant : Présente des troubles mentaux caractérisés par une incohérence du langage; idées délirantes avec visions (le malade se voit entouré d’ennemis faisant des rondes pour l’égorger ou qu’il rencontre, voit des effluves électriques dirigés contre lui, etc.), idées de persécution le mettant dans un état d’agitation presque continue, avec demandes réilérées
| d’instrument tranchant pour se défendre. Embarras de la parole.
À son arrivée à l’asile, J... est plutôt déprimé.
On note une confusion marquée des idées, une désorientation complète dans le temps et dans l'espace. La parole est trainante, l’idéation lente. Les renseignements qu'il fournit tant sur ses antécédents héréditaires que personnels sont très flous, Il reconnaît avoir
on
contracté la syphilis à l'âge de 46 ans. Il nie tout excès alcoolique. Prétend ressentir les effets d’'effluves électriques produits par des appareils électriques de poche. Ces effluves sont teintés en bleu ou en rouge. Par ailleurs, aucune idée délirante de richesse ou de grandeur.
Quelques jours plus tard, l’apathie fait place à une euphorie béate. Le malade à une inconscience absolue de son état.
Les-signes physiques se traduisent par une dysarthrie assez marquée, mais on ne note ni égalité pupillaire, ni abolition du réflexe lumineux. Les réflexes rotuliens sont sensiblement normaux.
Le 21 septembre 1921, c'est-à-dire sept jours après l’arrivée à l'asile une ponction lombaire permet de recueillir un liquide ayant les caractères suivants : ,
Tension : très élevée ; Aspect : limpide; . Couleur : incolore; Albumine : un peu au-dessus de la normale; Lymphocytes : 33 par millimètre cube à la cellule de Nageotte.
Malgré l'aspect un peu atypique des signes cliniques tant psychiques que physiques, le diagnostic de paralysie générale au début est porté, et dans l'espoir d’enrayer l’évolution de la maladie, le traitement par l’arsénobenzol est institué. Ce traitement consiste en une injection intramusculaire de 0 gr. 12 de sulfarsénol faite tous les deux jours.
Le 4 novembre 1921, à la suile de ce traitement, on note une amélioration considérable de l’état physique et mental. La dysarthrie a presque complètement disparu. :
Le malade s'intéresse à sa profession. L'orientation est parfaile dans le temps et dans l’espace. Il persiste néanmoins une certaine euphorie sine materia.
À celte époque, la réaction de Bordet-Wassermann, pratiquée sur le sérum sanguin non chauffé (méthode Levaditi-Latapie, complétée par la recherche de l’index hémolytique), donne un résultat positif.
En décembre, l'amélioration se maintenant, le malade part chez lui en congé de quinze jours, congé au cours duquel il ne manifeste aucun trouble psychique marqué, et est capable de s'occuper un peu de ses affaires.
EMA — Le 30 janvier 1922, une ponction lombaire donne un liquide céphalo-rachidien ayant les caractères suivants : Tension : normale; Aspect : limpide; Couleur : incolore ; Albumine : 0 gr. 44 par litre; Lymphocytes : 18 par millimètre cube à la cellule de Nageotte.
La réaction du benjoin colloïdal se montre négative dans les tubes 1 et 2, subpositive dans le tube 3 et positive dans le tube 4, et peut s'inscrire ainsi : 0012000000000000, En définitive, elle est positive dans la zone syphililique, les tubes 3 et 4 étant compris dans cette zone.
Le 31 janvier 1922, le malade quitte l'asile emmené par sa mère. Il présente toujours un léger ralentissement psychique, mais dans l'ensemble, son état mental est tel qu’il peut reprendre ses occupations. |
Du 10:octobre 1921 au 31 janvier 1922, le malade a reçu 54 injections de 0 gr. 12 de sulfarsénol, soit un total de 6 gr. 48 d’arsénobenzol.
L'amélioration se maintient jusqu’au 12 avril 1922 ; le malade a repris ses occupations et est capable de gérer son entreprise. Le 43 avril, à la suite d’un ictus apoplectique, survient une crise d’agitation violente s’accompagnant d’une incohérence absolue des paroles et des actes, et le 14 avril, le malade est ramené à l'asile avec le certificat médical suivant : Présente depuis vingt-quatre heures, consécutivement à un ictus survenu au cours d’une paralysie générale progressive, une agitation extrême ; le malade se sauve presque nu dans les rues et on a les plus grandes difficultés pour lui faire réintégrer son domicile. Idées complètement incohérentes, phrases sans aucune suite.
À noter que le malade a presque complètement abandonné son traitement pendant les deux mois et demi qu’il a passés chez lui.
À son retour à l'asile, il présente tout d'abord une période d’agitation très prononcée, puis il redevient calme. L’euphorie sans rai-son, l’inconscience de son état se sont accentuées. On note des signes certains d’affaiblissement intellectuel.
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Les symptômes physiques, presque inexistants lors du premier internement, se Lraduisent maintenant par de l'embarras de la parole, une légère inégalité pupillaire au profit de la pupille gauche qui réagil à peine à la lumière. Léger tremblement fibrillaire de la langue.
Le 5 mai 1922, une ponclion permet de retirer un liquide ayant pour caractères :
Tension : normale;
Aspect : limpide;
Gouleur : incolore;
Albumine : 0 gr. 50 par litre ;
Lymphocytes : 18 par millimètre cube à la cellule de Nageotte.
La réaction de Bordet-Wassermann, pratiquée par la méthode de Calmette et Massol, se montre positive (déviation complète par trois doses d’alexine).
La réaction du benjoin colloïdal est subpositive dans les tubes 1
t2et positive dans le tube 3; elle est donc positive dans la zone syphilitique et se traduit par la formule : 1120002222000000. La précipitation dans les tubes 7, 8, 9, 10 n’a aucune signification spécifique et se rencontre avec des liquides normaux.
L'affaiblissement intellectuel progresse par la suite, des crises apoplectiformes et épileptiformes se produisent à intervalles d’abord éloignés, et, en définitive, le malade meurt le 22 mai 1923 après avoir présenté une série de crises épileptiformes.
Nous avons tenu à présenter 2x extenso celte observation un peu longue, mais qui présente un réel intérêt sur bien des points.
Le traitement intensif par l’arsénobenzol suivi d’une rémission de quelques mois-est intéressant à noter.
Le synchronisme des réactions de Bordet- Wassermann et du benjoin colloïdal nous paraît un fait digne de remarque signalé d’ailleurs par de nombreux auteurs.
La fixité de la réaction du benjoin, malgré le traitement et ‘malgré une légère diminution de la Iymphocytose, est Mie ment à signaler.
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