OBSERVATION VIII
Syphilis cérébrale. Confusion mentale. Paralysie faciale. Monoplégie brachiale.
J... (Henriette), 31 ans, repasseuse, entre à l'asile, le 28 février 1923, avec un certificat médical constatant les faits suivants : Présente un
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état mélancolique très net caractérisé par le regard anxieux et sournois, l'attitude légèrement prostrée, lenteur des mouvements et de la parole. En outre, elle présente de l’amaigrissement, une langue saburrale avec trémulation très nette, tremblement des extrémités et légers troubles de la parole.
A son entrée, la malade, quoique assez bien orientée dans le temps et dans l’espace, présente néanmoins un état d’obnubilation intellectuelle très prononcée. Bien qu’elle ait une certaine conscience de son
état morbide, elle n’en est nullement affectée, elle présente une
indifférence affective el émolionnelle complète. Le facies est figé, inexpressif. On ne note aucune idée délirante bien définie; ce qui domine, c’est la confusion des idées à laquelle se surajoule un certain fond de débilité mentale constitutionnel.
L'examen physique permet de constater les symptômes suivants : Légère asymétrie faciale, effacement du pli naso-labial du côté gauche. Tremblement fibrillaire de la langue avec ébauche de mouvement de (rombonne. La parole est lente, nullement explosive, mais notablement embarrassée. Achoppement aux mols d’épreuve. On note une légère inégalité des pupilles au profit de la gauche, elles réagissent très peu à la lumière. Pas de nystagmus.
Dans la stalion debout, la base de sustentation n’est pas élargie, il n’y à pas d’oscillation. Pas de Romberg. La démarche n'est nullement ébrieuse, la malade se dirige normalement les yeux ouverts, très légère déviation les yeux fermés. La malade n'aurait jamais eu de vertiges.
Dans l'exécution de mouvements isolés, on ne trouve pas de dysmétrie aux membres supérieurs. À l'épreuve de la préhension on ne note pas d'extension exagérée. Pas d'adiadococinésie. Par contre, ce qui frappe, c’est un tremblement intentionnel très marqué du membre supérieur droit. Les mouvements sont maladroits el on note une légère parésie.
Aux membres inférieurs, on note une exagération très marquée des réflexes patellaires, léger clonus du pied à droite et à gauche. Pas de clonus de la rotule. Pas de Babinski. On ne note pas de troubles de la sensibilité tant superficielle que profonde.
Greuel ; à
Pa Ron
Une ponction lombaire donne issue à un liquide ayant les caractères suivants :
Tension : normale; Aspect : limpide; Couleur : incolore ; . Albumine : 0 gr. 64 par litre; Lymphocytes : 38 par millimètre cube à la cellule de Nageotte.
La réaction de Bordet-Wassermann se montre très positive donnant une déviation de trois doses minima d’alexine par la méthode de Calmette et Massol.
La réaction du benjoin colloïdal par la méthode simplifiée est très positive dans la zone syphilitique donnant la formule : 22220.
Cet ensemble de signes physiques, psychiques et humoraux ne permettant pas de porter franchement le diagnostic dé la paralysie générale et laissant un léger doute en faveur d’une sypbilis cérébrale, le traitement par petites doses d’arsénobenzol fréquemment répélées est institué.
On note très rapidement une forte amélioration tant au point de vue physique que psychique. L'embarras de la parole diminue, le membre supérieur droit perd son tremblement intentionnel et sa maladresse, au point que la malade peut se livrer à divers travaux de couture.
L'obnubilation intellectuelle disparait, l'indifférence fait place à un intérêt marqué au sujet de son mari et de sa famille.
A deux reprises différentes, elle part en congé et revient pour poursuivre son traitement.
Après avoir injecté 3 gr. 70 d’arsénobenzol sans intolérance, une nouvelle ponction lombaire est pratiquée le 28 octobre 1923, donnant un liquide céphalo-rachidien ayant :
Tension : normale;
Aspect : limpide;
Couleur : incolore;
Albumine : O0 gr. 56 par litre;
Lymphocytes : 5 par millimètre cube à la cellule de Nageotte.
La réaction du benjoin par le procédé simplifié est très positive et donne : 22220.
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Depuis cette époque, la malade continue son traitement et l’amélioration persiste. cs
ps
Nous avons cru bon de nous étendre un peu longuement sur cette observation qui présente un réel intérêt. L'influence favo- rable du traitement est à signaler et démontre combien il est important de l'instituer sinon dans tous Les cas de paralysie géné- rale arriérée et ancienne, tout'au moins dans ceux où l'on est en
droit de penser à une syphilis cérébrale. Que nous réserve l'avenir, nous l'ignorons. Jusqu'ici, nous n avons pas eu à enre- gistrer les regrettables déboires que nous relations dans l'observation IV et c'est un résullat appréciable. : Notons, comme dans ce. dernier cas, l'irréductibilité de Ja réaction du benjoin malgré l'amélioration tant physique que psychique. Signalons également une dernière fois sa concordance absolue avec la lymphocytose, l'hyperalbuminose et la réaction de Bordet-Wassermann.
ne Cette dernière observation clôt la liste des cas de syphilis du
__ névraxe qui figurent dans ce travail. Nous allons, dans le cha-
. pitre suivant, passer en revue quelques psychoses, dont l'aspect à un moment donné de leur évolution, a pu faire penser à une paralysie générale et nécessiter une ponction lombaire. Dans tous les cas, l'évolution clinique et les réactions humorales et sériques ne permettent pas de retenir la notion de syphilis.
Leur publication ne pouvait que contribuer à démontrer la spécificité de la réaction du benjoin colloïdal, et c'est dans ce
‘seul but qu'elle à été faite. - -