OBSERVATION IX
> Syndrome de méningo-encéphalite sans signes humoraux de spécificité.
D... (Berthe), âgée de 40 ans, sans profession, internée une première fois, en 1919, pour troubles mentaux revêtant l’aspect d'un accès de psychose maniaque, dépressive, et sortie après un an de traitement, sinon complètement guérie, tout au moins très améliorée, revient de nouveau à l'asile, le 12 janvier 1923, avec un certificat médical ainsi conçu : Est atteinte de troubles cérébraux qui la rendent incapable de s'occuper de son ménage. Elle présente des crises d’excitation, au cours desquelles elle brise les objets qui se trouvent à sa portée. Elle cherche constamment à quitter son domicile, et s'enfuit au loin dès qu'elle peut échapper à la surveillance. Elle aborde le premier passant qu’elle rencontre et le prie de l’emmener. 4
D’après les renseignements fournis par le mari de la malade,
MO
depuis quelque temps elle était extrêmement irritable. Manifestant
des idées stupides de persécution à l'égard de quelques voisins, elle les invectivait sans motif au milieu de la rue, faisant ainsi fréquemment du scandale. Quoique d’une très bonne famille et bien élevée, depuis plusieurs semaines elle avait des tendances à se livrer à une basse prostitution, quittant ciandestinement le domicile conjugal à la tombée de la nuit pour se poster dans des endroits où il lui était facile d'aborder le premier passant venu, ce qu’elle ne manquait pas de faire. »
k A son arrivée à l'asile, on constate une obnubilation intellectuelle marquée, une désorientalion complète dans le temps et dans l’espace. Complètement inconsciente de son élat, la malade prétend que des « loups garous » l’ennuient jour et nuit. Elle se demande pourquoi on l’a amenée à l'asile. On note une ébauche d’hallucinations auditives et l'examen du fond mental révèle un certain déficit intellectuel. On ne parvient pas à exlérioriser un délire ayant quelque tendance à
la systématisation, seules quelques idées hypocondriaques se manifestent concernant les fonclions digestives. Ces idées se résument en
leitmotiv que la malade répète sans cesse. « Je suis très constipée. » Quelques débâcles diarrhéiques survenant de temps à autre ne changeront rien par la suite à cette phrase stéréotypée. Jour et nuit elle réclame des pilules Dupuis, et un jour fut surprise au moment où elle s’apprêtait à avaler en une seule fois tout le contenu d’une boîte remplie de ces pilules, qu’elle avait dérobée à une autre malade.
A l'examen physique, on trouve une inégalité pupillaire marquée au profit de la pupille droite qui réagit très paresseusement à la lumière. De plus, on note du tremblement de la langue, mais aucun trouble appréciable de la parole.
Les réflexes patellaires sont exagérés.
Le certificat immédiat résumant les symptômes tant psychiques que physiques est ainsi conçu : Est atteinte d’affaiblissement intel- ‘ tectuel avec idées polymorphes de persécution, érotisme, tendances à la prostitution. Possibilité d'un début de méningo-encéphalite diffuse.
De jour en jour, l'état d’affaiblissement intellectuel s’accentue, les
pe
si
réactions démentielles deviennent de plus en plus fréquentes, là malade devient de plus en plus difficile à surveiller, très désagréable vis-à-vis des autres malades auxquelles elle dérobe soit de la nourriture, ou des objets de toilette; elle est de plus malpropre, à une tenue débraillée et est de plus en plus inconsciente de son état.
Les signes physiques deviennent chaque jour plus apparents. Les pupilles toujours aussi inégales ne réagissent plus à la lumière, la parole devient embarrassée, la langue présente un mouvement de « trombonne » très marqué. Les réflexes rotuliens sont toujours exagérés. De plus, la malade présente ce facies figé, immobile, si fréquent dans la paralysie générale.
Cliniquement, le diagnostic de méningo-encéphalite, un peu douteux au début, s'impose désormais. Pour compléter l'observation de la maläde et pour donner plus de poids au diagnostic clinique, une prise de sang et une ponction lombaire sont pratiquées le 20 juin 1993, afin d'examiner, au point de vue humoral et sérologique, le
sérum sanguin et le liquide céphalo-rachidien. Ces derniers sont
examinés en même temps que d’autres liquides et sérums provenant d’autres malades. L'ensemble des résultats obtenus ne laissa aucun doute sur la bonne marche des réactions.
La réaction de Bordet-Wassermann, pratiquée sur le sérum de notre malade par la méthode de Calmette et Massol, donna un résultal franchement négatif.
L'examen du liquide céphalo-rachidien se traduisil ainsi :
Tension : un peu plus élevée que la normale : Aspect : limpide ; Couleur : incolore;
Albumine : O0 gr. 30 par litre;
__ Lymphocytes : 0 par millimètre cube à la cellule de Nageotte.
La réaction de Bordet-Wassermann (méthode Calmette et Massol) fut négative. :
La réaction du benjoin colloïdal par le procédé simplifié se montra franchement négative dans la zone syphilitique se traduisant par la formule : 00000.
En résumé, si l'on excepte une légère hyperalbuminose, nous ne trouvons aucun signe de spécificité tant dans le liquide céphalo-
Es... | — 43 — rachidien que dans le sérum sanguin et ceci malgré des ten cliniques indéniables de paralysie générale.
Ces signes persistant etle tableau clinique ne se modifiant pas, une nouvelle ponction lombaire est faite le 28 octobre 1923, donnant un ponte ayant les caractéristiques suivantes :
Tension : élevée ; = Aspect : limpide; £ Couleur : incolore ; Albumine : 0 gr. 22 par ee Lymphocytes : 0 par millimètre cube à la cellule de Nageotte. La réaction du benjoin colloïdal — 00000, c’est-à-dire toujours négative.
= Actuellement, la malade présente les mêmes signes cliniques de
méningo-encéphalile et, de ce fait, doit être considérée comme une __ paralytique générale malgré des réactions sérologiques infirmant la Re notion de syphilis. Ce qui fait la paralysie générale ce ne sont pas ses causes étiologiques, c'est sa symptomatologie tant psychique
FAQ
que physique.
Celte longue observation, loin de diminuer la valeur de la réaction du benjoin colloïdal dans le diagnostic de la syphilis du névraxe malgré l'apparente discordance du laboratoire et de la clinique, ne fait au contraire qu'en démontrer la spécificité. - Le Bordet- Wassermann négatif dans le sérum sanguin et dans le liquide céphalo-rachidien, l'absence de Iymphocytose et l'hy- = peralbuminose insignifiante ne permettent pas de conclure à la syphilis en général et à la syphilis nerveuse en particulier. Malgré des signes cliniques impressionnants, le benjoin demeure d'accord avec les signes cytologiques et sérologiques infirmant la notion de syphilis.
RE