IV. — RÉSISTANCE A L'ÉPUISEMENT DE LA CORDE DU TYMPAN
J'ai déjà signalé plus haut qu’en employant une excitation convenable, on n'’arrivait pas à faire cesser l’écoulement salivaire. Il peut persister un temps très considérable.
Dans une expérience faite sur un chien curarisé, l’excitation faite à l’aide des courants d’induction,la distance des bobines étant de 5 centimètres, détermina la salivation pendant trois heures et quart; elle ne cessa qu'avec la mort de l'animal. La quantité totale de salive recueillie fut de 80 centimètres cubes.
Une autre expérience dura 10 heures et au bout de ce temps, l'écoulement de salive était encore assez abondant. L'animal employé était un chien bâtard de 45 kilogr. 500, auquel on pratiqua la section du bulbe. La corde du tympan était excitée à l’aide des courants sinusoïdaux. La quantité totale de salive recueillie fut de 210 centimètres
op
cubes. Je donne ici le tracé de l'écoulement salivaire, au début, au milieu et à la fin de l'expérience et une représentation graphique de sa vitesse aux divers moments
Excitation continuelle (courants sinusoïdaux) de la corde du tympan.
Ecoulement salivaire : À au début, B après 5 heures, et C après 10 heures d’expérience. 2 février 1894.
1 gouttes de salive, ? temps en secondes.
ro
On voit que la salivation,d'abordextrêmementintense, décroit rapidement pendant la première heure; mais qu'ensuite elle varie trés peu pendant les neuf heures suivantes. L’intensité d'écoulement initial est sans doute due à l'expulsion de la salive préformée dans les cellules glandulaires. Une fois la réserve épuisée, l'écoulement reste à peu près constant (Fig. 7).
à LS
Fic. 7.
Courbe représentative des variations de l'écoulement salivaire produit par une excitation de la corde du tympan prolongée pendant 10 heures. (12 février 1894).
Il faut aussi, comme on l’a vu, attribuer aux terminaisons nerveuses une grande partie de la fatigue produite. Dans tous les cas, il est incontestable que le cordon nerveux, après 10 heures d'action consécutives est encore capable de transmettre l'excitation. Il est remarquable que ni les terminaisons, ni la glande ne s’épuisent complètement par le travail excessif qui leur est imposé.
L'examen du tracé 11 (expérience du 4 février 94, page 19) montre nettement que le ralentissement de l'écoulement salivaire n’est pas dû à la fatigue du nerf. La sécrétion avait été arrêtée par l’atropine pendant 40 minutes ; au bout de ce temps, elle reparut lentement d’abord, puis en s’accélérant et tendant à atteindre sa vitesse primitive. Ce temps de 40 minutes correspondant précisément à celui où l’on observe une chute rapide de la courbe de l'écoulement ; on voit que cette chute a pour cause l’état de la glande et des terminaisons, et nullement la fatigue du nerf.
Y. — DURÉE DE L'EFFET VASODILATATEUR DE L'EXCITATION PROLONGÉE DE LA CORDE
L'aspect des glandes sous-maxillaires, dont une partie était fixée à l'issue de l'expérience, pour servir à l'examen histologique, fut toujours très différent. Tandis que celle non excCitée était blanche, à peine rosée, l’autre était très rouge et de consistance plus ferme.
Je voulus voir si la vasodilatation s’effectuait de la même façon que la sécrétion, et j'instituai dans ce but un
certain nombre d'expériences.
Haute
Je tentai d'abord d’enfermer la glande sous-maxillaire dans un oncomètre, afin de pouvoir inscrire les changements de volume qu'y produisaient les modifications de l'apport sanguin. J'y suis parvenu dans quelques cas (Fig. 8), mais dans d’autres j'échouai, et en voici la raison :
Fra. 8.
Changements de volume de la glande sous-maxillaire placée dans un oncomètre.
Chien griffon, 13 kilogs, curarisé. — Courants induits (expérience du 3 avril 1894).
1 temps en secondes, ? gouttes de salive, 34 signal de l’excitation, 4 oncomètre.
tandis que les nerfs, l'artère et le conduit excréteur abordent la glande par un hile situé à sa portion supérointerne, les veines sont le plus souvent multiples, la plus volumineuse partant du pôle opposé pour se jeter ensuite dans la jugulaire. Dans de semblables cas, l'introduction de la glande sous-maxillaire dans la capsule oncométrique ne permettait plus la circulation et la sécrétion cessait. J'ai alors simplement introduit une canule dans l’une
des veines, noté lenombre de gouttes de sang qui S'écoulaient en un temps donné avant et après excitation de la corde, et cherché à voir si l'intensité de l'écoulement diminuait après cessation de cette excitation.
Afin de conserver unetrace écritedes résultats obtenus, j'employai encore les deux dispositifs suivants, en usage au laboratoire de M. Francois-Franck, au Collège de France, où je fut autorisé avec une extrême obligeance à exécuter quelques expériences.
Fic. 9.
Augmentation de pression dans la veine au moment d’une excitation sinusoïdale de la corde. (Expérience du 13 février 1894. — Chien bâtard de 23 kilogr.).
Le premier consiste à prendre une pression dans la veine, au moyen d'un manomètre chargé de solution physiologique. La branche en relation avec la veine communique d'autre partavec un réservoir d'où s'écoule goutte à goutte la solution. Celle-ci passe dans la veine, et au moyen de cette sorte de lavage du sang on évite, pendant assez longtemps, la formation d’un caillot dans la canule. L’écoulement ne retentit pas sur l’autre branche du manomètre qui est en relation au moyen d'un tube à air avec un tambour enregistreur.
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Enfin le dernier mode d’expérimentation employé, et c’est celui qui m'a donné les meilleurs résultats, consiste à fixer sur la sous-maxillaire un petit réservoir à air fermé par une lame de caoutchouc et qu’on relie à un tambour. Cest l'appareil qu'ont imaginé MM. Hallion et Comte pour leurs recherches sur la circulation capillaire (1).
Un réservoir identique était placé à côté du premier dans l'étuve afin d'inscrire les changements de volume dûs aux modifications de la température et de la pression, s'il en était survenu.
Les deux premiers des tracés ci-joints montrent la facon dont se manifeste l'effet vasodilatateur lorsqu'on l’inscrit au moyen de la pression veineuse et de l’oncomètre (Fig. 8 et 9).
La pression n’a pas pu être prise d’une façon assez prolongée pour donner des résultats concernant la fatigue. Le tracé des changements de volume indique au moment de l’excitation de la corde une augmentation de la glande, dûe à la vasodilatation, mais de courte durée et bientôt suivie d’une diminution, dûe à l’expulsion de la salive. Lorsqu’on cesse l'excitation, la ligne des changements de volume n'est pas modifiée.
I] faut donc, après une excitation prolongée, l'arrêter un instant, pour voir sien la recommençant après un repos on à de nouveau l'effet vasodilatateur.
Le troisième tracé montre la persistance d’un tel effet après une excitation sinusoidale ayant duré deux heures et demie (Fig. 10).
(1) Archives de physiologie, avril 1894, p. 381.
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