‹ Contribution à l'étude de la Résistance des Nerfs à la FatigueChapitre 19 sur 20 · OT O · texte numérisé non relu

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Discussion

Il résulte des expériences précédentes qu’un nerf, la corde du tympan, peut être excité d’une façon continuelle pendant fort longtemps sans cesser d'être actif. Cette activité se manifeste par un double effet : sécrétion et vasodilatation, et ces deux phénomènes sont bien dûs à l’excitation, puisque, si l’on vient à la faire cesser, ils disparaissent aussitôt.

Dans nos expériences il n’y a pas de moyen artificiel qui vienne compliquer l'interprétation. Il semble donc qu’elles doiventéchapper aux objections qu’a faites Herzen aux méthodes antérieures.

Si l'on conclut, avec cet auteur, que les nerfs moteurs sont rapidement fatigables, faut-il admettre que les nerfs sécrétoires sont totalement différents? (Cela est peu probable. L’influx nerveux semble avoir partout la même nature; ses effets ne diffèrent que par les organes auxquels ils s'adressent. Une même excitation est perçue contact, lumière ou son parce que la peau, l'œil ou l'oreille n'offrent pas la même structure; une même excitation produit un mouvement, une sécrétion, parce qu'elle se rend à des organes différents.

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Mais si nous voulons étendre nos résultats, et dire d'une manière générale : le nerf s'épuise difficilement, il nous faut tout d’abord examiner les arguments d'Herzen et voir si toutes les expériences faites sur les nerfs moteurs méritent la critique qu’il en a faite.

Lorsqu'on excite un nerf moteur d’une façon continuelle, on voit les muscles entrer d’abord en tétanos, puis la contraction s’affaiblit, 1l n'y a bientôt plus que quelques rares secousses, une trémulation envahit les fibres, puis tout rentre en repos. Pour Bernstein la contraction disparaît parce que le muscle est fatigué. Pour Herzen les fibres motrices du nerf seraient épuisées; les fibres inhibitrices agiraient seules et la contraction serait empêchée.

S'il existe, ce qui est probable, des fibres inhibitrices dans le sciatique, elles ont été excitées en même temps que les motrices. Pourquoi les unes seraient-elles fatiguées etles autres pas? Comment l'effet inhibitoire peut-il persister sans fatigue pendant une tétanisalion prolongée ? Et si par un artifice quelconque on arrive à supprimer l'effet inhibitoire, comment les fibres motrices deviennent-elles actives malgré une si longue excitation ?

Herzen émet l'hypothèse que la « vibration inhibitoire » se propage en sens centripète et empêche l’activité des fibres motrices de se produire. Mais puisque la vibration inhibitoire se propage, le nerf ne s’épuise donc pas.

Que dans l’expérience précédente le repos du muscle soit produit par fatigue ou par inhibition, peu importe au point de vue qui nous occupe. Il y a activité du cordon

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nerveux, décelée par la persistance de la variation négative.

Elle persiste aussi dans les expériences de Wedenskii et de Bowditch. Il ne semble pas y avoir de raison sérieuse pour croire que dans les expériences c'e ces auteurs le nerf

n’est pas réellement actif. Les modifications électrotoniques doivent être peu considérables dans les expériences

de Wedenskii qui se sert de courants faibles et alternatifs.

L'expérience d’Herzen peut être facilement conciliée avec les précédentes. On sait qu’elle consiste à déterminer chez un animal un violent tétanos strychnique, sauf dans une extrémité où l’on a sectionné le sciatique. On voit alors que le sciatique intact à notablement perdu son excitabilité tandis que les deux muscles droit et gauche ne diffèrent que fort peu.

C’est Là une très ancienne expérience de Martin-Magron et Buisson (1); répétée ensuite par Vulpian (2). Ce physiologiste à montré que l'action curarisante que produisent les fortes doses de strychnine sur les terminaisons nerveuses se manifeste plus rapidement lorsque le nerf est excité. C’est pour cette raison que l'excitation du nerf intact n’est plus efficace alors que celle du nerf sectionné l’est encore; comme on peut l'observer facilement.

Cette explication serait sans doute rejetée par Herzen, qui distingue avec Schiff entre la contraction idiomuscu-

(1) Mémoires de la Société de biologie, 1858, p. 125 et Journal de physiologie de Brown-Sequard, 1859 et 1860. | (2) Archives de physiologie, 1870, p. 116 et Substances loxiques, p. 497.

laire et la contraction névromusculaire, qui est la contraction totale, physiologique du muscle. Cette dernière éxigerait la présence de nerfs pour se produire. Quand ceux-ci seraient totalement dégénérés, on n'obtiendrait plus qu’uñe contraction locale limitée ; et cela à l’aide des seuls excitants chimiques où mécaniques, le tissu musculaire étant inexcitable à l'électricité.

Commelemuscle du côtéintact,chezl’animalstrychnisé, est encore exCitable à l'électricité et donne une contraction totale, les terminaisons nerveuses seraient encore excitables, et ce serait bien le tronc nerveux qui serait fatigué.

Nous ne pouvons pas discuter ici cette théorie, qui n’est pas admise par tous les physiologistes, mais nous croyons que, même en l’acceptant, on peut interpréter l'expérience d’Herzen de la même façon que celles de Wedenskïi et Bowditch sur la faradisation prolongée du plexus lombaire, à savoir par un phénomène inhibitoire. Les fibres inhibitrices du sciatique intact n’ayant pas été excitées par la strychnine prendraient un effet prépondérant lors de l'excitation électrique. Le ñerf serait inhibé et non épuisé.

Il semble donc que toutes les expériences s'accordent pour démontrer que le nerf s’épuise difficilement. Il ne nous paraît pas qu'il y ait Là, suivant l'expression d’'Herzen : « une inconcevable exception à la loi biologique la plus générale, d’après laquelle tous les tissus vivants sé décomposent d'autant plus qu'ils sont plus actifs ». Il serait inconcevable au contraire que le nerf se fatiguât plus vite que le muscle,qui accomplit un travail infiniment plus considérable.

Le travail du nerf est d’une telle petitesse que les recherches chimiques ou calorimétriques faites pour l’évaluer ont échoué. On-peut attendre un meilleur résultat des expériences récemment entreprises par M.Charpentier sur la mesure de la résistance électrique apparente des nerfs (1).

En tous cas, un des faits signalés par notre maître semble montrer que le nerf se fatigue difficilement. Dans ses expériences la résistance n’est pas diminuée par une forte excitation ; le contraire arriverait nécessairement si l’activité diminuait.

Le nerf semble donc être capable de fonctionner fort longtemps, à condition de ne pas être altéré dans sa structure. C’est là qu'est la difficulté expérimentale. Tous nos excitants artificiels lèsent le nerf à un degré plus ou moins considérable. En présence des résultats obtenus par la vivisection, ne doit-on pas penser à une endurance plus grande encore du nerf vis à vis de son excitant naturel, encore inconnu, mais sans doute plus délicat ?

(1) Comptes-rendus de la Société de Biologié, 4 mai 1894, p. 341 et 348.

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