‹ Contribution à l'étude de la rosacée de l'œilChapitre 10 sur 33 · OBSERVATION N · texte numérisé non relu

OBSERVATION N

Il s’agit d’un malade de 63 ans, marchand forain, qui vient à la clinique ophtalmologique du Professeur Bonnet, le 16 avril 1939, parce qu'il ressent depuis une

quinzaine de jours de violentes douleurs dans la région

palpébrale, particulièrement du côté gauche.

A l'examen dermatologique, le malade présente un rhinophyma au début avec d’énormes varicosités, principalement sur les ailes du nez et sur les joues. Le visage est parsemé de nombreux comédons et la pression fait sortir des filaments séborrhéïques.

Histoire oculaire. — Depuis l’âge de 45 ans, le malade accuse de fréquentes douleurs, très intenses, localisées à la région périorbitaire. Il y a trois ans, il est allé consulter parce que «ses paupières étaient rouges et gonflées ». Huit séances d’auto-hémothérapie améliorèrent son état.

Quand il se présente, le 16 avril, à la clinique ophtalmologique, ses paupières sont gonflées, tomenteuses, rouges, avec un léger entropion et du trichiasis, surtout au niveau des paupières supérieures. En renversant les paupières, on aperçoit à travers la conjonctive tarsienne

‘ hyperémiée, une rangée de lignes jaunes, crémeuses. Par

ia pression, on fait sourdre, des conduits excréteurs des glandes de Meibomius, des filaments spiroïdes identiques aux comédons observés sur le visage.

L'examen à la lampe à fente montre, du côté droit, une conjonctive bulbaire hyperémiée et un leucome superficiel à la partie centrale de la cornée. La cristalloïde antérieure est légèrement opaque.

La chambre antérieure et l’iris sont normaux. La pupille réagit bien.

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LUE 7 Fes

Du côté gauche, la conjonctive est rouge ; les vaisseaux dilatés forment un cercle périkératique.

Sur la cornée, il y a, à 7 heures, un ulcère marginal avec vaisseaux venant du limbe. Le parenchyme cornéen est trouble.

La chambre antérieure et l’iris sont normaux.

Le malade entre dans le service. Au cours de son hospitalisation, il présente quatre hémorragies. Sans cause apparente, brusquement, ses paupières se mettent à saigner. Chaque fois l’hémorragie dure environ un quart d'heure, puis tout rentre dans l’ordre.

Le 2 mai, il est pratiqué une tarsectomie totale, bilalérale, aussi bien aux paupières inférieures qu'aux paupières supérieures. À l'intervention, ‘on constate un tarse infiltré dont le clivage est facilité par l’œdème. Il s’agit vraisemblablement d’une tarsite suppurée ayant succédé à la phlegmasie des glandes de Meibomius.

Le 24 mai, nous revoyons le malade ; son état est très amélioré. Un nouvel examen à la lampe à fente montre à droite un léger trichiasis de la paupière inférieure. A la partie supérieure, il persiste, comme séquelle de la nécrose des paupières, une perte de substance de la région moyenne du bord palpébral. La conjonctive est légèrement congestive. Le point lacrymal inférieur est un peu béant sans reflux à la pression sur le canalicule. Les vaisseaux limbiques sont sensiblement normaux. A la partie centrale, nous retrouvons le leucome superficiel précédemment observé.

Du côté gauche, les lésions palpébrales sont moins marquées. La conjonctive est également moins congeslive que du côté droit. Le point lacrymal inférieur est aussi un peu béant mais sans reflux. Le réseau en palissade apparaît plus nettement que normalement. L’ulcère marginal a laissé comme séquelle un leucome large, déprimé. vascularisé par un bouquet venant du limbe,

La Conjonctivite rosacée.

:a conjonctive est fréquemment atteinte dans la rosacée de l'œil, mais il est rare que la conjonctivite s’observe seule. Elle s'associe généralement à la kératite, laquelle affection domine nettement le tableau clinique.

Au point de vue objectif, la conjonctivite rosacée peut se présenter sous deux formes bien distinctes.

La première forme concerne exclusivement la conjonctive tarsienne. La muqueuse est rouge, gonflée, plus ou moins épaissie en apparence. La rougeur est due à une injection des vaisseaux, mais cette injection est tout à fait différente de l’hyperémie diffuse et intense de la conjonctivite courante. Les troncs des vaisseaux ne disparaissent pas ; on les distingue au contraire parfaitement bien. Ils sont dilatés, sinueux, s’identifiant en tous points aux télangiectasies observées sur la face. Leurs arborisations viennent s’épanouir en surface, sous forme de petits bouquets d’anses vasculaires. Les vaisseaux apparaissent comme des plantes pressées entre les planches d’un herbier (P. Bonnet) (Fig. 1).

Mais souvent, du fait de l’infection associée, l’aspect est moins caractéristique. Il se confond avec celui d’une conjonctivite chronique, ou même d’une con-

RU): Dans

jonctivite aiguë, sans sécrétion. La muqueuse est rouge, hyperémiée, œdémateuse ; des arborisations vasculaires viennent affleurer à la surface.

Un semis miliaire de points blancs, intercalés entre les bouquets vasculaires et paraissant être des abcès miliaires des glandes de Henle, prêts à se faire jour

à la surface, donne à la conjonctive un aspect bigarré assez particulier (Fig. 2). Parfois, on rencontre, çà et là, de petites concrétions blanches des glandes de Henlé (5 sur nos 24 malades). Par contre, si cette con-

Hard

jonctivite rosacée est compliquée d’une conjonctivite aiguë de toute autre étiologie, on ne peut plus la reconnaître parce que les symptômes de linflamma-

tion nouvelle effacent totalement l'injection typique

des vaisseaux, précédemment décrite.

Les symptômes subjectifs de cette affection, se traduisent par une sensation de corps étranger et de picotement, rappelant la symptomatologie de la conjonctivite sèche. S'il survient une sécrétion mucopurulente, elle peut être logiquement expliquée par la migration de staphylocoques, provenant de la peau avoisinante ; Whitfield trouva ces microbes pyogènes dans les yeux de malades atteints de rosacée.

Le traitement de cette conjonctivite tarsienne consiste en massages avec une pommade à l’ichtyo-zinc, pendant quelques jours. Les phénomènes subjectifs disparaissent sans que change l’aspect de l'injection.

La deuxième forme de la conjonctivite rosacée intéresse la muqueuse bulbaire.

Elle se traduit par la présence sur la conjonctive d’une éruption noduliforme.

C’est la conjonctivite nodulaire juxta-limbique.

Sans que le malade ressente la moindre douleur, il apparaît sur la conjonctive bulbaire un nombre variable de nodules, d’une couleur gris rougeâtre. Ce qui caractérise cette éruption, c’est son siège exclusif dans le territoire de la fente palpébrale et le plus souvent au ras du limbe, si bien que lorsqu'il y a plusieurs nodules, il n’est pas rare de les voir disposés en couronne à la périphérie de la cornée.

Frès fréquemment, ces nodules s’ulcèrent en sur-

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face, puis se résorbent en quelques jours, sans même qu’il y ait eu la moindre intervention thérapeutique. Pour ces formations elles-mêmes, le mode de vascularisation est caractéristique dès qu’elles atteignent une grosseur notable. Ainsi que lPécrit Triebenstein «un ou deux plus gros vaisseaux des couches supérieures de la conjonctive s’étirent en un cours un peu sinueux pour former, sur le nodule et à son pourtour, un petit glomérule de plus fins vaisseaux ». Les nodules se résorbent assez rapidement, soit spontanément, soit sous l'influence du traitement. Les vaisseaux, eux, ne disparaissent pas totalement, de sorte qu’il est possible, dans certains cas, de faire le diagnostic rétrospectif de conjonctivite rosacée d’après l’aspect caractéristique de la vascularisation conjonctivale au niveau de la fente palpébrale.

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