‹ Contribution à l'étude de la rosacée de l'œilChapitre 11 sur 33 · OBSERVATION N° II · texte numérisé non relu

OBSERVATION N° II

Mme B..., 58 ans.

La malade présente un état congestif de l’extrémité du nez, des narines et des sillons naso-géniens, ainsi que des lésions manifestes de séborrhée de cette région. Sur toute cette surface, on trouve de petites pustules de la taille d’une tête d’épingle qui ne sont autres que des pus-

tules d’acné et à côté, il existe de petites cicatrices au niveau des pores folliculaires. La vitro-pression ne montre pas de nodules et on ne note pas d’hyperkératose. Il n’y a pas de telangiectasies sur le nez même, mais 1l en existe de très petites dans le sillon naso-génien. En somme, il s’agit d’une acné rosacée.

Examen ophtalmologique.

L'œil droit est normal.

Œïül gauche. La conjonctive de la paupière inférieure est sillonnée de vaisseaux plus volumineux qu’à l’état normal, ce qui lui donne une teinte légèrement mauve. Au voisinage du limbe, la conjonctive bulbaire est hyperémiée et sillonnée de vaisseaux sinueux noyés dans un œdème saillant. Lorsque l’on écarte les paupières au cours de l’examen, on voit l’hyperémie augmenter consi-

dérablement et l’aspect rappelle au premier abord celui

d’une épisclérite diffuse. A mieux observer, on voit en profondeur un réseau épiscléral formé de vaisseaux richement anastomosés. Le réseau superficiel est formé de réseaux plus grêle d’un rouge vif. À petite distance du limbe, on voit des vaisseaux superficiels s’enfoncer dans la profondeur. De la crosse qu'ils forment ainsi partent vers le limbe de nombreux rameaux. Ceux-ci donnent, en bordure du limbe, un réseau régulier dont les arborisations terminales abordent le limbe noyé dans un halo blanchâtre, cotonneux, de sorte que le limbe est souligné d’un liseré blanc comme dans le glaucome (P. BONNET). La cornée est normale.

La conjonctivite nodulaire juxta-limbique ressemble en tous points à la kérato-conjonctivite phlycténulaire.

Dans l’un et l’autre cas, l'apparition des nodules se fai! sans douleur; l’évolution est exactement la même, le siège des deux affections généralement identique ; ja petite différence de couleur des nodules qui pourrai! faciliter le diagnostic différentiel, est souvent minime ou n'existe pas. Seul le mode de vascularisafon peut être utile pour étiqueter laffection. Dans la

conjonctivite phlycténulaire, les vaisseaux très rou-

ges superficiels, qui se dirigent vers la phlyctène, proviennent de tous les côtés de la conjonctive, alors que le nodule rosacé est seulement vascularisé par une ou deux branches dilatées, de couleur légèrement bleuâtre. L’injection est pour ainsi dire, suivant l’expression même de Triebenstein «< plus grossière et plus massive que dans la phlyctène ».

Enfin, il faut attirer l’attention sur le fait que la conjonctivite bulbaire de la rosacée s'accompagne toujours de conjonctivite tarsienne et bien souvent aussi de la blépharite squameuse décrites précédemment.

La ressemblance entre les deux conjonctivites, rosacée et phlycténulaire, a fait que longtemps on a employé une thérapeutique identique pour ces deux affections. Il était fait usage d’une pommade au calomel ou à l’oxyde jaune. Jamais ce traitement n’a donné de résultats intéressants dans les cas de conjonctivite rosacée. Au contraire, le massage avec la pommade à l’ichtyo-zinc se révèle très satisfaisant, comme cela a déjà été mentionné dans le traitement de la Hlépharite. i

Le pronostic de la conjonctivite rosacée est tout à fait bénin. L’évolution en est marquée par de nombreuses récidives, apparaissant parfois en concomitance avec une recrudescence de la rosacée de la face, mais pouvant aussi survenir indépendamment au cours d’une affection latente de la peau. |

Le traitement conduit toujours à la guérison, sans qu’il soit causé la moindre atteinte permanente de Pœil.

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