OBSERVATION N° III
M. G.., 64 ans. Mécanicien tourneur.
Au point de vue antécédents personnels, le malade signale une crise de rhumatisme articulaire aiguë à 28 ans, sans complication cardiaque. A l'heure actuelle, la face a un aspect érythémateux. Sur les pommettes et sur les joues, serpentent de nombreuses et volumineuses télangiectasies. Papules d’acné sur le menton. Le nez très volumineux et très rouge présente un aspect presque inflammatoire. À son niveau, et sur le sillon naso-génien, on remarque quelques croûtelles jaunâtres coiffant les papulo-pustules.
Du point de vue oculaire, le malade se plaint de larmoiement et signale que le matin au réveil, ses yeux sont collés par de la chassie.
AADRSS
Examen ophtalmologique.
Œil gauche. Conjonctive palpébrale rouge. Le canalicule lacrymal inférieur, non béant, est cerné d’un vaisseau fin.
La conjonctive bulbaire est un peu sale. Un gros vaisseau conjonctival, à peu de distance du limbe, vient se perdre dans une pinguecula. Avant de l’aborder, il se résout en 3 anévrysmes splendides (fig. D)
A la partie inférieure du limbe, léger œdème de la conjonctive. Le réseau en palissade est dédoublé. Les ampoules lymphatiques inter-vasculaires sont gonflées. On note une légère infiltration leucocytaire.
La cornée: léger trouble de la membrane de Bowmann et de la membrane de Descemet.
L'iris est un œdémateux avec quelques points pigmentés dans le champ pupillaire.
RER Tee Le
Par ailleurs, 33 % de nos malades présentaient une image de cercle périkératique avec œdème du limbe. Dans près de 50 % des cas, nous avons constaté également la mise en évidence d’une dilatation des lymphatiques du limbe.
Enfin, soulignons la présence, chez cinq de nos malades, c’est-à-dire 20 %, d’une pinguécula sur la conjonctive bulbaire. Nous ne prétendons pas rattacher cette tumeur à la rosacée de l’œil, mais il est assez curieux de constater le parallélisme pathogénique évident qui les relie, puisque l’une et l’autre se rencontrent dans le territoire de la fente palpébrale, chez des sujets dont les yeux sont soumis aux pous-
sières, aux saletés et exposés aux intempéries.
La Kératite rosacée.
D’après les auteurs qui se sont intéressés à la rosacée de l’œil, la kératite paraît être la manifestation la plus fréquemment observée.
Triebenstein en relève 243 cas sur 274 malades, c’est-à-dire une proportion de 88,5 %. De son côté, Jaesche, qui a étendu ses observations à 192 consultants, signale 165 cas de kératite, c’est-à-dire un taux de 86 %.
Les manifestations de la rosacée de la cornée ont un aspect très varié et il semble bien que la meilleure classification à adopter soit celle, déjà proposée par Triebenstein, qui différencie les diverses formes cliniques d’après leur gravité.
Aïnsi, on distingue trois formes nettes de kératite :
1° L’affection marginale de la cornée ;
2° L’infiltrat sub-épithélial, plus grave dans son évolution que la forme précédente, puisqu'il peut aboutir à des opacités de la cornée ;
3° La kératite progressive semblable en tous points à l’uicus rodens de la cornée.
Il faut toutefois signaler que l’on peut rencontrer des formes mixtes ainsi que des formes évoluant selon le tableau de la kératite sclérosante et aussi comme
l’ulcère simple à hypopyon de la cornée.
Me ARE
Eu égard à cette multiplicité de formes des manifestations cliniques, l'Ecole de Rostock admet comme très vraisemblable la réalité d’une kératite rosacée :
1° S'il existe au niveau de la face une éruption de rosacée typique ;
2° S'il s'étend vers le foyer cornéen une vascularisation clairsemée nourrie seulement par quelques branches vasculaires assez grosses ;
3° 91 les foyers ont tendance au ramollissement et au dépôt d’incrustations calcaires ;
4° Si l’évolution se fait d’une façon chronique avec des récidives incessantes.
Souvent, en même temps que la kératite, on observe une séborrhée du bord palpébral et une conjonctivite
qui peut être primitive ou secondaire.
La Rosacée du bord de la cornée : l'affection marginale.
Cette forme de kératite se rencontre, le plus souvent, chez des malades qui présentent, outre la rosacée du visage, une blépharite squameuse légère et une conjonctivite tarsienne.
Elle se manifeste par une vascularisalion particuhère du limbe, laquelle ne se rencontre, sous £ette forme, dans aucune autre affection de la cornée.
Ainsi que l’a décrit Triebenstein, on voit circuler, en général, au bord supérieur du limbe, quelquefois même presque circulairement, d’innombrables et très fins bourgeons vasculaires du réseau de bordure, tout à fait superficiellement, sur un demi ou un mulli-
mètre de la cornée, pour se résoudre ensuite en une limite bien tranchée. Ces vaisseaux, qui ne se bifurquent que peu, ne siègent pas au niveau du reste de la cornée, mais courent sur un tissu nettement surélevé, qui tranche sur la surface par ses bords taillés à pic. L’épaisseur de ce voile est sensiblement égale à celle des vaisseaux qui circulent en lui ; sa teinte est d’un gris plus intense que le tissu cornéen normal de la région du limbe.
Si peu caractéristique que puisse paraître ce développement vasculaire, il se distingue cependant facilement par sa limite nette, en remblai, des expansions du réseau de bordure d’une autre étiologie.
Ce qu’il y a de formel dans ce mode d’altération, c'est qu’elle paraît être dans chaque cas le stade iniüiai d’une rosacée du bord de la cornée. Elle ne manque jamais au voisinage d’une infiltration ou d’une ulcération marginale, de sorte qu’elle est d’une grande signification pour le diagnostic différentiel d’une affection de la région du limbe. D'ailleurs, l’infiltration marginale de la rosacée diffère par sa couleur blanchâtre des affections de même localisation mais de tout autre étiologie. |
Assez souvent, après une conjonctivite rosacée ou après un semis miliaire d’efflorescences de la rosacée du limbe, se développe, sous l’apparence d’une irritation légère, une infiltration qui se trouve de 1/2 à 1 millimètre du limbe, dans les couches superficielles ou moyennes du parenchyme ; elle affecte rarement une forme circulaire, mais plutôt une disposition ovale, concentrique au limbe. La grosseur varie