‹ Contribution à l'étude de la rosacée de l'œilChapitre 26 sur 33 · A9 EP · texte numérisé non relu

A9 EP

La tension oculaire pour l'œil droit : 25, pour l'œil gauche, 35.

L'examen, à la lampe à fente, montre un œil droit normal

À l'œil gauche, on note un cercle périkératique avec œdème du limbe et circulation exagérée.

La cornée est épaissie, il y a des plis de la membrane de Descemet.

La chambre antérieure est anormale.

L'iris, sillonné de vaisseaux atrophiques, est extrèmenent œdémateux ; des synéchies bordent le champ pupillaire, la séclusion est à peu près complète.

Le fond d'œil, du côté gauche, est pratiquement inéclairable. A droite, il montre une macula et des vaisseaux normaux mais les bords papillaires sont un peu irréguliers comme s’il y avait eu une papillite ancienne.

Le 4 janvier 1939, il est pratiqué, par l’incision au couleau de Lagrange, avec lambeau conjonctival et résection large de l'iris en deux temps, une iridectomie antiglaucomateuse.

La chambre antérieure se remplit de sang ce qui ne surprend pas, tellement l'iris est œdémateux et gorgé de sang.

Le 10 février 1939, la chambre antérieure de l’œil gauche est pleine de sang, et le lambeau présente une suffusion en dessous de lui. On fait une ponction à la lance. L’iris se met immédiatement à suinter. Un lavage au sérum physiologique qui remplit la chambre antérieure paraît arrêter le suintement. On pratique une injection d'hémostatique Erce, qu’on laisse dix secondes et on vide la chambre antérieure. 11 semble bien que c’est l'évacuation de la chambre antérieure qui favorise l’hémerragie a vacuo de l'iris. Une nouvelle injection d’Erce paraît arrêter complètement le saignement ; on vide et remplace par du sérum, l'iris ne saigne plus.

Le malade, revu quelques jours après, est très souiagé par la ponction de la chambre antérieure ; un léger hyphéma s’est cependant reproduit. Quant à l'iris, il conserve cet aspect œdémateux et vascularisé qu’il avait.

N’ayant pas examiné le malade lors de sa première atteinte en 1931, il ne nous est pas permis d’affirmer le diagnostic d’iritis rosacée, mais chez ce chiffonnier, porteur d’un rhinophyma, c’est une étiologie vraiment satisfaisante et rétrospectivement nous nous demandons s'il ne s’agit pas de l’affection décrite par Olab.

De plus, ces hémorragies ne pourraient-elles pas s’interpréter comme étant en rapport avec une déficience des parois des capillaires, comme on l’observe dans la rosacée du visage? Nous avons déjà vu un

phénomène analogue dans notre observation N° 1.

D’après Triebenstein, il n’existe pas de réaction de l’iris au cours de la kératite rosacée; tout au plus, signale-t-il une très légère atteinte dans la forme de kératite progressive. Nous ne nous rangerons pas à cette opinion. En effet, chez trois de nos malades, qui ne présentaient aucune manifestation grave au niveau de la cornée, nous avons pu mettre en évidence, lors de l'examen, une réaction irienne; dans un cas même, il y avait des synéchies, lesquelles ont d’ailleurs cédé à l’instillation d’atropine (Observa- : tion N° 6).

En définitive, on peut affirmer l’existence d’une

identité entre les lésions oculaires et les lésions cuta-

RRUTE

nées de la rosacée. D’une manière générale, on peut dire que des toxines endogènes, développées peutêtre sous l’action de certaines influences locales et chez des individus prédisposés, provoquent, sur la peau et les tissus analogues, conjonctive et cornée, des lésions pathologiques d’un même ordre. Dans l’une et l’autre manifestation, on retrouve les mêmes symptômes cardinaux, à savoir :

— Ja dilatation vasculaire,

— l'infiltration, et, dans les deux cas, une évolution marquée par de fréquentes et tenaces récidives.

Il paraïîtrait même possible d'identifier les différentes formes cliniques des deux affections en considérant :

— Que la simple rougeur de la conjonctive tarsienne correspond à des surfaces de capillaires dilatés, rappelant exactement les télangiectasies de la rosacée au début.

— Que les lésions nodulaires ne sont que la transplantation à l’œil des papules acnéiques;

—— Que les lésions cornéennes ulcérées simulent Ia rosacée pustuleuse du visage.

toutefois, hâtons-nous de rappeler que, malgré cette identité morphologique, il n’y a pas synchronisme parfait dans l’apparition des lésions et que les manifestations oculaires ne se révèlent pas systéma-

tiquement dans les cas de rosacée grave du visage.

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL

Le diagnostic de rosacée de lœæil peut facilement être établi si on trouve sur le visage léruption cutanée correspondante caractéristique. Par contre, quand l'affection dermatologique est douteuse, il peut étre diüficile d'affirmer qu’il s’agit de rosacée.

Le diagnostic différentiel qui se pose le plus souvent est celui de kérato-conjonctivite phlycténulaire.

Dans lun et l’autre cas, on voit apparaître, sur le globe oculaire, de petits nodules qui, se ramollissant au niveau de leur sommet, peuvent donner naissance à de petits ulcères. Du point de vue évolutif, il y a également une concordance marquée entre ces deux affections, l’une et l’autre procédant par poussées.

Seul, le mode de vascularisation peut être utilisé pour le diagnostic. Ainsi que nous l’avons déjà signalé, suivant l'expression même de Triebenstein, « l'infection est plus grossière et plus massive, moins diffuse dans, la rosacée que dans la kérato-conjonctivite phlycténulaire. »

Mais, cliniquement, ce qui tranche le diagnostic, c’est surtout le terrain sur lequel évolue l'affection considérée.

La rosacée de l’œil s’observe, nous l'avons vu, chez

les sujets âgés, ayant généralement dépassé la qua-

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