‹ Contribution à l'étude de la rougeole chez l'enfantChapitre 15 sur 20 · Temp.: M.:389—S · texte numérisé non relu

Temp.: M.:389—S

45.— L’éruption, très-abondante et par plaques à la face et aux membres inférieurs, est assez discrète sur le tronc. La nuit a été mauvaise ; l’enfant s’agitait, poussait des cris plaintifs en se débattant. La gêne respiratoire est considérable : l'inspiration et l’expiration se font péniblement. Congestion énorme de toute l’arrière bouche. Mouv. resp. : 56. —Temp. : 391.—Pouls: 120. s

Potion avec chlorate de potasse, 2 gr.

Soir. — L'état est à peu près le même.

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Trois selles diarrhéiques dans la journée. Temp, : 39°9.

16.—L’éruption s’atténue. L’oppressionest toujours grande. La respiration ne s’effectue qu’avec peine: l'inspiration se fait par les fosses nasales et l'expiration par la bouche. La toux est rauque, le visage rouge, vultueux.L’enfant demeure assoupi et ne sort de sa torpeur que pour pousser de petits cris plaintifs. Temp. : 39°7. Une écume blanche, épaisse, visqueuse, se montre continuellement sur le bord des lèvres. Les amygdales sont fortement congestionnées : œdème de toutle pha- TyYDx.

A Pauscultation : râles sous crépitants fins dans toute la poitrine:

Une mouche de Milan à chaque membre ; huile de croton tiglium sur le devant de la poitrine.

Potion avec: Ergotine. . . . . 0,15 centigr.

Kermès minéral. . 0,05 — RAIN lee so + 20 iQ.

Sirop simple. . . . 20 — Infusion. . . . . + 80 —

Soir. — L’anxiété respiratoire ne fait que s’accroître. Temp.: 40°3.

Deux vésicatoires de 0", 10 sur 0”, 10 au niveau des fosses sousépineuses.

17. — Facies vultueux, congestionné. Catarrhe oculo-nasal intense. Respiration toujours pénible, saccadée, bruyante. L’enfant se débatparfois en poussant des cris; il porte la main à son cou, comme pour en arracher quelque chose qui l’étouffe. L’inspection de la gorge montre le voile du palaisetses piliers tuméfiés; les amydales volumineuses se rejoignent presque sur la ligne médiane. Un peu de diarrhée. Temp.: M.: 39°.— S.: 39°4. — Mouv. resp. : 72.

18.— Quelques marbrures témoignent seule de l’exanthème disparu. Même état d’oppression. Sonorité normale du thorax; râles dans toute la poitrine, mais plus rares et plus gros que le 16. Desquamation furfuracée. Temp. : M.: 38°2. — $S.: 391. — Mouv. resp. : 68. — Pouls : 144.

49. — L'oppression est moindre. L’enfant a reposé un peu cette nuit. Râles notablement diminués. Amélioration dans l’état de l’arrièrebouche. — Temp. : 38°9. — Mouv. resp. : 48.

L’après-midi est assez bonne, jusque vers 4 heures; puis l’enfant retombe dans l’accablement ; l’oppression et la gêne respiratoire reparaissent avec toute l’intensité que ces symptômes avaient présentée auparavant. Les mouvements respiratoires remontent à 68 par minute. Pouls : 440. Temp. : 40%. L’enfant n’a pas eu de selles depuis quarante-huit heures. Lavement avec 25 gr. de glycérine. Cataplasmes sinapisés aux membres inférieurs.

20. — L’enfanta passé une nuit mauvaise; le sommeil était entrecoupé de réveils en sursaut avec des cris. La gêne respiratoire est extrême : mouvements respiratoires: 80.La dyspnée semble tenir à l’état des voies supérieures. L’inspiration pénible et bruyante se fait par le nez et l'expiration par la bouche. Le visage du malade est cyanosé; les veines du cou gonflées et turgescentes. Ecume blanche et visqueuse sur les lèvres. La respiration incomplète rend l’auscultation peu significative. On ne trouve guère qu’un certain degré de rudesse . des bruits respiratoires. |

Potion : ‘Acétate d’ammoniaque . . . 0,50 centigr. Julep gommeux . . : . - . .1400 gr. +

A trois heures de l’après-midi, l’enfant est en proie à une oppression extrême. Toutes les forces inspiratrices et expiratrices sont mises en jeu; tirage au creux épigastrique; dépression profonde dans le creux sus-claviculaire et dans la région sus-hyoïdienne. Les veines du cou sont turgescentes; le visage fortement cyanosé. La tuméfaction, l’œdème de toute l’arrière-bouche, et sans doute aussi des replis ary-

.téno-épiglottiques, doivent donner la raison de la gêne respiratoire. L’asphyxie est imminente. M. Gilis, interne du service, pratique la

-laryngotomie inter-crico-thyroïdienne. Aussitôt après, l'angoisse se Calme ; les mouvements respiratoires tombent de 80 à 48; le pouls, de 180 à 136

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A 5 heures du soir, pouls : 140. — M. R.: 48. — Temp.: 39°3.

À 10 heures du soir, pouls : 440. — M.R.: 48. — Temp.: 41°.

21. — À 6 heures du matin, les mouvements respiratoires sont remontés à 60. Le thermomètre indique 41%. Le malade succombe à 8 heures et demie.

L'enfant étant réclamé, l’autopsie ne peut être faite complétement. On enlêve toutefois le larynx. Les replis aryténo-épiglottiques présentent un certain degré d’œdème, et on peut sentir, en passant le doigt par l’ouverture faite, toute l’arrière-gorge gonflée et tuméfiée.

Le mode respiratoire, la toux rauque, le cri d’un timbre sourd et étouffé, témoignaient que quelque chose d’anormal se passait du côté du larynx. C’est là, sans doute, que devait être cherchée la cause de la dyspnée, et l’état de l’arrière-gorge justifiait cette présomption. Le pharynx, ainsi que nous l’avons mentionné, était le siége d’un œdème énorme, qu’on pouvait constater en tous les points accessibles à l’examen, et cet œdème avait probablement envahi l’entrée des voies aériennes. La suffocation, l’asphyxie imminente, engagent à la laryngotomie. Une sédation immédiate de tous les accidents se produit à la suite : l'anxiété se calme, le nombre des mouvements respiratoires diminue presque de moitié, le pouls tombe de 180 à 136. Mais, épuisé par une trop longue lutte, l'enfant est à bout de forceset succombele lendemain. Sa résistance avait été mise en effet à de rudes épreuves. Il n'avait pas échappé à la congestion pulmonaire, qui était alors de règle. C’est au moment où cette congestion paraissait céder, que les troubles du côté des voies supérieures ont pris des proportions de plus en plus effrayantes. Les lésions que nous avons notées dans l’arrière-gorge et le larynx n’ont pas été signalées à la suite de la rougeole. Dans :e cas qui nous occupe, une disposition fâcheuse rend compte de leur existence.

Il semble que la rougeole se soit plu à nous réserver des surprises durant l’épidémie que nous avons observée. Outre le fait que nous venons de rapporter, les complications du côté de l’appareil respiratoire ne se sont pas montrées ce qu’elles sont en général. Au lieu que

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la bronchite capillaire, la bronchopneumonie aient pris, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, une importance capitale, nous ne les trouvons pour ainsi dire pas,et nous enregistrons, par contre, des congestions plus ou moins étendues, des pneumonies lobaires, des pleurésies dont l’apparition est exceptionnelle.

Les voies digestives n’ont pas voulu demeurer en reste, et nous ont offert chez un de nos malades, rapidement emporté par une forme des plus malignes, des lésions aussi intéressantes que peu communes.

Observation XXII

Le 28 novembre 1883, Marius Arbous entre à l’infirmerie. C’est un enfant malingre, chétif, d’un tempérament lymphatique, d’une complexion délicate, d’une santé peu robuste. Agé de sept ans, il en paraît à peine cinq. On n’a que des renseignements peu précis sur ses antécédents pathologiques tant héréditaires que personnels. Son père est bien portant; sa mère aurait succombé jeune à la phthisie pulmonaire; un deses frères est en traitement à l’Hôpital général pour un favus, un autre a été emporté en vingt-quatre heures, au milieu d’accidents convulsifs, vers l’âge de sept ou huit mois. |

L’enfant n’aurait pas présenté de maladie aiguë, mais il est sujet à de petites indispositions. Depuis deux ou trois jours il se plaignaïit d’un peu de fatigue, ne mangeait pas, toussait, lorsqu’il demande à se coucher le 28 novembre dans l’après-midi. Les yeux sont injectés et larmoyants ; un peu de coryza rend la respiration difficile et bruyante.

Le 29, nous le trouvons dans un état d’abattement profond: il demeure immobile, assoupi. Un peu de catarrhe oculo-nasal; toux assez fréquente. L’auscultation ne révèle qu’un peu de rudesse de la respiration et quelques gros râles sonores. — La langue est saburrale ; un peu de diarrhée; le ventre est sensible à la pression et présente un certain degré de ballonnement. Temp.: 88°5. — Pouls: 108.

Bouillon, lait, boissons chaudes.

Le soir, le malade est en proie à une fièvre intense ; la prostration

est plus grande encore: la physionomie présente un aspect typhoïde. Extravasation sanguine arborescente sur la tempe gauche ; quelques taches arrondies,petites, d’une couleur rouge terne et comme cuivrée, se montrent à la partie supérieure du tronc, plus nombreuses sur le dos, et mêlées de pétéchies. L’oppression est grande, la respiration brève et fréquente. Mêmes signes à l’auscultation. Temp.: 40°3. — Pouls: 120. — M. R.: 44.

30. — La nuit a été fort agitée. L’enfant n’a pas cessé de délirer; il parlait continuellement, criait, se débattait, jetait ses couvertures” voulait sauter à bas de son lit. Ce matin, il demeure prostré; le regard est vague, la physionomie présente un caractère d’hébétude très-accentué. L’oppression est croissante; la respiration fréquente et pénible: Le malade à eu quatre selles glaireuses et sanguinolentes, accompagnées d’épreintes et de ténesme. Le ventre est douloureux à la pression’

Le pouls est petit, rapide, fréquent : 120 pulsations.

La température est de 39°6. — Mouv. resp. : 44.

L’éruption s’est un peu accentuée. Les taches sont rares à la face et très-pâles; elles manquent sur les membres supérieurs; sur le tronc, et principalement sur le dos, elles sont plus abondantes et se montrent surtout à la face postérieure des membres inférieurs ; elles sont mélées d’ecchymoses et de pétéchies.

Potion avec : Laudanum de Sydenhan. . V gouttes, Acétate d’ammoniaque . . O1 2 Sirop de gomme. . . . . 85 — Eau distillée . . . . . . 100 —

Cataplasmes sinapisés aux membres inférieurs.

Un quart de lavement avec 1 goutte de laudannm.

Dans la journée, l'agitation alterne avec laffaissement,; l’enfant a quelques nausées ; les selles dyssentériques se continuent assez fréquentes, s’accompagnant de pression et de ténesme. La soif est vive, la peau sèche et brûlante.

Lorsque nous voyons l’enfant à 4 heures, il est en proie à une grande

agitation : il se débat, veut sauter à bas de son lit ; il se dépite, se plaint qu’on lui fait mal dès qu’on pose la main sur lui; la parole est brève, impérieuse. U

L’éruption est devenue beaucoup plus nette et plus abondante sur le tronc; les ecchymoses, les pétéchies se sont multipliées également.

La langue, blanche au milieu, est rouge sur les bords; le dévoiement continue. ; NE

La respiration est toujours fréquente et pénible. Rien de nouveau à l’auscultation.

Le pouls, petit, dépressible, fréquent, bat 120.

La température est de 39°5.

À 6 heures, le délire, l’agitation, ont fait place au coma; le regard est vague ; les yeux tout grands ouverts et fixes. Les pétéchies se sont multipliées; la plupartdes taches sont devenues ecchymotiques, rouges violacées et ne disparaissent pas sous la pression. Le petit malade meurt à 9 heures.

On ne peut procéder à l’autopsie; cependant l'intestin grèle est enlevé. Il est le siége de lésions multiples.

Lorsqu'il est ouvert, en effet, et que la matière fluide rougeâtre qui je remplissait a été enlevée par un lavage à grande eau, toute la surface de la muqueuse se montre parsemée de petites taches rouges, arrondies, véritable éruption interne. Quelques-unes de ces taches présentent une coloration violacée, et l’extravasation sanguine est évidente à leur niveau. Par intervalles, de larges ecchymoses. Les follicules clos hypertrophiés font saillie sous la forme de petites granulations blanchâtres; les plaques de Peyer sont tuméfiées, molles, presque saignantes. Étudiées au microscope, elles présentent une abondante prolifération du tissu adénoïde,; le tissu conjonctif, gorgé de leucocytes, est aussi le siége de petites hémorrhagies interstitielles ; l’infiltration lymphatique s’étend également aux villosités, qui présentent un développement anormal.

Si la rougeole n’avait pas régné à l’état épidémique ; si plusieurs ca-

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marades du petit Arbous, frappés en même temps que lui, n’avaient pas réalisé sous nos yeux la pyrexie morbilleuse avec ses caractères réguliers, le diagnostic aurait pu demeurer incertain dans le cas que nous venons de rapporter. L'éruption , pâle, incomplète, blafarde, mêlée de pétéchies et d’ecchymoses, irrégulière dans sa marché et dans sa distribution, n'avait rien de bien significatif et ne suffisait pas à entraîner une conviction formelle. Il fallait aussi que la situation du moment tint l’esprit en éveil pour qu’il ne laissât point passer inaperçus le catarrhe oculo-nasal et le catarrhe brônchique, peu accentués du reste, au milieu des symptômes généraux graves dont la maladie s’accompagnait. Ceux-ci rappelaient de bien près les troubles qui se manifestent dans le cours d’une fièvre typhoïde, et le rapprochement, que commandait l’appareil symptomatique, s’imposait encore à l’aspect des lésions intestinales.

En dehors du pointillé, de ces petites taches rouges, arrondies, véritable éruption interne, nousnous sommes trouvé en présence delésions des plaques de Peyer, semblables à celles que présente au début la dothiénentérie.

« Les lésions intestinales, dit M. Sanné, consistent le plus commu- » nément en une inflammation érythémateuse de la muqueuse, avec « développement considérable des follicules, tuméfaction et rougeur » des ganglions mésentériques; plus rarement, elles se traduisent par » l’épaississement, le ramollissement, l’ulcération de la muqueuse. »

Rilliet et Barthez mentionnent dans uu cas que les plaques de Peyer étaient « rouges et molles », mais rien de plus. M. le professeur Bartholow, de Philadelphie, dans un Traité de pathologie interne, classique en Angleterre, rapporte que, « dans les rougeoles de Ia guerre de ré- » bellion, les lésions intestinales furent constamment observées ; elles » consistaient en une hypertrophie des folliéules clos, en une tumé- » faction des plaques de Peyer, en un gonfiement des ganglions mé- » sentériques. » Ce praticien dit avoir trouvé lui aussi «l’hypertrophie > des follicules clos et la tuméfaction des plaques de Peyer constams »> ment associées aux autrés lésions caractéristiques de la rougeole. >.

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Mais il n’insiste pas sur les caractères des lésions, et nous avons vainement cherché dans les auteurs un fait que nous puissions rapprocher de celui que nous relatons.

Il est regrettable qu’une autopsie complète n'ait pas été possible. Quelque intéressantes qu’elles soient, les lésions intestinales ne nous donnent pas la raison de la mort. Nous l’aurions trouvée sans doute du côté de l’encéphale, dont l’atteinte s’est manifestée par des désordres d’une intensité peu commune, auprès desquels les troubles abdominaux n’étaient que des phénomènes secondaires.

De quel nom désigner cette forme redoutable, presque foudroyante, de la maladie que nous a présentée le petit Arbous? Les symptômes généraux, les lésions intestinales, justifieraient peut-être l’appellation de typhoïde. Mais nous n’avons pas la prétention de créer une variété nouvelle; aussi rapporterons-nous le cas qui nous occupe à la forme ataæo-adynamique des auteurs.

Ainsi donc, la rougeole s’est présentée à nous sous des formes multiples: les unes se déroulant à souhait, parcourant, en quelques jours et sansencombre, leur cyclelrégulier, pour aboutir à une convalescence franche et facile;les autres, évoluant mal, traînant en longueur, entra vées de complications diverses, laissant l’organisme affaibli, lorsqu’ellesn’amenaient pas une terminaison fatale à leur suite. Nées d’un même principe morbide, les manifestations de la pyrexie n’en ont pas moins offert des variétés nombreuses: c’est qu’il ne faut pas tenir compte du germe infectieux seulement, mais aussi des conditions au milieu desquelles il agit. |

Chaque épidémie présente en général son caractère propre et porte, presque exclusivement, de tel ou tel côté ses atteintes. Tantôt, comme année dernière à l'Hôpital général, le tube digestif fait, à peu près seul, tous les frais de la maladie; plus souvent l’appareil respiratoire se trouve en jeu et la bronchite capillaire est la règle. La constitution médicale du moment rend compte des localisations du travail morbide; les chaleurs favorisent les fluxions, dont l’aboutissant est la peau ou les voies digestives; le froid est funeste à l’appareil respiratoire. Sou-

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mises aux mêmes influences, les manifestations contemporaines de la maladie ont en quelque sorte un air de famille. S’il est des traits particuliers qui se modifient, les grandes lignes restent les mêmes; le génie épidémique marque tous les cas de son empreinte.

Cette uniformité des grandes lignes nous a manqué dans l’épidémie que nous avons pu suivre, et qui nous a frappé par tout ce qu’elle offrait d’irrégulier et de variable. C’est que la rougeole subissait l’influence des conditions saisonnières au milieu desquelles elle évoluait, se modifiant selon les oscillations atmosphériques, apanage des périodes transitoires entre l’été et l’hiver.

Au début, se faisait encore sentir l’action de la constitution estivale ; les chaleurs s’étaient prolongées forttard : octobre et novembre avaient été favorisés d’une température exceptionnellement douce. Les tendances créées par cet état cosmique font prédominer d’abord les troubles des voies digestives. Puis, brusquement, surviennent des froids très-vifs, dans les premiers jours de décembre. L’épidémie ressent le contre-coup de ces variations thermométriques brutales, et l'appareil respiratoire est à son tour frappé. Cest du 5 au 15 décembre que nous relevons les atteintes les plus fréquentes et les plus funestes du côté des voies aériennes.

L’action du milieu cosmique est incontestable, mais l'influence des conditions individuelles se montre plus puissante encore. Chacun possède ses aptitudes spéciales; chacun a sa manière propre de se comporter à l’égard du germe infectieux, de réagir contre les conditions extérieures qui impressionnent ses organes. D’abord, vivant au milieu de l’épidémie, tel individu pourra n'être point affecté ; la présence-du poison ne suffit pas, il faut que la voie lui soit ouverte, selon l’expression de Trousseau; il faut que l’économie soit en état de réceptivité. Or cette réceptivité s’épuise par une première atteinte. Les récidives ne sont pas fréquentes et nous n’en avons constaté qu’un seul exemple dans les cas assez nombreux qui se sont déroulés devant nous; ceux qui ont été frappés une fois par la rougeole se trouvent donc à l’abri de ses coups. Mais ils ne demeurent pas seuls indemnes. Une heureuse

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