‹ Contribution à l'étude de la rougeole chez l'enfantChapitre 17 sur 20 · PATA DÉS 2 PA · texte numérisé non relu

PATA DÉS 2 PA

Mais il n’y à pas que les diathèses qui se transmettent d'une génération à l’autre ; il est des prédispositions, des faiblesses organiques que les ascendants peuvent léguer aussi. La disposition à la pneumonie, par exemple, sera laissée enh éritage, tout comme un vice constitutionnel. Cette affection thoracique à laquelle Pierre Villaret à succombé, avait également emporté son père après plusieurs atteintes.

Les maladies antérieures doivent entrer en ligne de compte à leur tour. « Si quelque organe a souffert, c’est là que se porte le mal. » Honorine, atteinte, en juillet, d’une congestionfpulmonaire, voit cette congestion se reproduire chez elle, dès le début de la pyrexie. Le processus morbide se localise sur les voies digestives, au contraire, chez ceux de nos malades qui, auparavant, avaient présenté des troubles de ce côté. Rilliet et Barthez ont montré que les maladies antérieures subissaient une recrudescence ou une accélération dans leur marche, quand elles entraient dans le cadre habituel des complications de la rougeole; tandis que, prises hors de cette catégorie, elles étaient entravées dans leur marche et guéries parfois. Parmi ces dernières, Taupin, Guersant, Behrend, placent les dermatoses chroniques. Le favus que présentaient plusieurs de nos malades, n’a éprouvé de la rougeole aucune modification favorable; il est vrai que, par contre, la blépharo-conjonctivite, existant chez d’autres, n’a pas subi d’influence fâcheuse. Mais, si l’assertion de Rilliet et Barthez s’est trouvée quelquefois en défaut, elle n’a que trop été vérifiée en d’autres circonstances. Il n’est pas besoin de rappeler l’aggravation qu’a, dans certains cas, subie l’entérite, et l'exemple de Marius Balp a montré quelle impulsion désastreuse pouvait subir une angine chronique.

Le pronostic de la rougeole dépend presque exclusivement de l’organisme sur lequel elle se développe. Favoriser la contagion dans le cours d’une épidémie, même bénigne, nous paraît donc contraire aux lois de la clinique, et nous croyons que tout doit être mis en œuvre pour préserver de latteinte du poison morbide les enfants indemnes encore. Nous ne parlerons pas des divers préventifs prônés tour à

D Ve tour, surtout en Allemagne. Acclamés à leur apparition, ils n’ont pas tenu devant un contrôle sérieux. Le seul moyen prophylactique est l'isolement des malades, dès les premières manifestations prodromiques.

Lorsque la rougeole s’est déclarée, il est inutile, sinon nuisible, de recourir contre elle à une médication active; une thérapeutique perturbatrice, loin de modifier avantageusement la marche ou la durée de la maladie, peuttroubler mal à propos l’enchaînement régulier des actes morbides. Il fautsavoir attendre. Mais, comme le dit Pinel, « l’ex- » pectation ne consiste pas en une contemplation oisive; si elle évite » de troubler les efforts spontanés de la nature, elle s’efforce de les » seconder heureusement par une sage application de l’hygiène et » écarte avec soin tout ce qui peut entraver une direction favorable.»

Le médecin devra donc chercher à mettre l’organisme dans les meilleures conditions pour résister au mal; et, puisque « la rougeole est surtout terrible pour les faibles », soutenir les forces constituera l’indication première. Loin d'imposer la diète, comme le voulaient les anciens, on prescrira au malade une alimentation réparatrice adaptée à son pouvoir digestif: du bouillon, du lait, du jus de viande, pourront être donnés tour à tour.

Pour parer aux influences extérieures, on placera l’enfant dans une pièce aussispacieuse, aussibien aérée que possible, où régnera une température égale et douce; on le tiendra chaudement dans son lit, mais sans surcharge de couvertures, et on veillera à ce qu’il ne se découvre point.

Là se bornent à peu près tous les soins que réclame une rougeole régulière. On pourra cependant donner des boissons chaudes, quelques stimulants diffusibles, l’acétate d’ammoniaque par exemple, pour favoriser le travail du côté de la peau. Les yeux seront débarrassés, à l’eau tiède, des sécrétions qui les souillent, et, par le changement fréquent du décubitus, on préviendra l’hypostase pulmonaire.

Attentif aux manifestations symptomatiques, on se tiendra prêt à les réprimer dès qu’elles dépasseront la mesure. Si le catarrhe normal

Lel" 4

DA Se

AE

sp

des voies aériennes menace de s’accentuer, il faut, sans retard, fdire diversion aux tendances de la maladie par une médication active: cataplasmes sinapisés promenés sur les membres inférieurs, vésicatoires appliqués aux quatre membres, ventouses sèches ou scarifiées sur la poitrine. On sait combien sont rebelles les complications thoraciques de la rougeole; il faut tout mettre en œuvre pour les éviter. Dans plusieurs des cas que nous avons eu sous les yeux, la thérapeutique la plus énergique est demeurée impuissante contre elles; cependant quelques formes congestives nous ont paru se modifier heureusement sous l'influence de lergotine.

Les troubles des voies digestives peuvent donner lieu à des indications diverses. Si un flux intestinal modéré semble plutôt favorable que nuisible, une diarrhée profuse ou dyssentérique demande à être enrayée au plus vite. La décoction blanche, le sous-nitrate de bismuth, le laudanum de Sydenham surtout, fourniront le moyen d’arriver à ce résultat. «L’opium, dit Trousseau, est le remède héroïque: il arrête le » flux intestinal en agissant sur l'intestin, en même temps que, par . » ses vertus diaphorétiques, il favorise le développement de l’exan- « thème.»

Nous ne nous arrêterons pas à décrire en détail le traitement des diverses complications que l’on observe dans le cours de la rougeole; il faudrait parcourir la thérapeutique tout entière. Il n’y a pas une maladie, mais des malades; chaque organisme a ses déchéances et ses

faiblesses ; chaque cas particulier aura ses accidents et ses indications spéciales.

Vu :

Le Président censeur, Vu et bon à imprimer : BERTIN-SANS.

Le Doyen, J. BENOIT.

Vu et permis d'imprimer :

Le Recteur de l'Académie,

correspondant de l’Institut,

Page 1