‹ Contribution A L'Étude De La SaccharineChapitre 5 sur 10 · ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE

Action de la saccharine sur la germination des graines.

Les graines de cresson alénois arrosées avec de l'eau distillée, commencent à germer dès le deuxième jour; après trois jours, la germination ‘est très avancée.

Si, au lieu d’eau distillée, on se sert d’une solution de saccharine à 1 pour 1000, on remarque seulement quelques graines en germination, les autres sont restées inertes ou à peine gonflées.

La saccharine étant acide, on peut neutraliser à l’aide de bicarbonate de soude, et les résultats sont identiques. « En résumé (1), la saccharine en solutions très étendues (de 4 à 2 pour 1000) ralentit donc énergiquement la germination des graines, qu’elle soit employée à l’état naturel (acide), ou qu'elle soit neutralisée, son action suspensive de la germination est la même. »

Action de la saccharine sur la levure de bière.

Si l’on met un peu de glucose en présence de la levure de bière, et si on arrose ce mélange avec de l’eau distillée, il se produit une certaine quantité d'acide carbonique dont on peut connaitre le volume.

(1) Voir Archives italiennes de Biologie.

Si au lieu d'eau distillée on se sert d'une solution faible de saccharine (4 p. 1000), la fermentation à lieu également, mais ne tarde pas à s'arrêter : ce que l'on constate par le non dégagement de gaz carbonique.

En répétant les mêmes expériences avec de la saccharine neutralisée par du bicarbonate de soude, les résultats prouvent que la fermentation a lieu, elle est même plus active.

En résumé : « La saccharine en solutions très étendues (1 p. 1000) entrave énergiquement la fermentation de la levure de bière ; cette action suspensive ne se manifeste plus si la saccharine à été préalablement neutralisée ».

Dans ce cas, il est permis de croire que l'action de la saccharine était due à son acidité.

Action de la saccharine sur la fermentation alcaline de l’urine.

Si l'on prend de l'urine bien fraiche et si après l'avoir filtrée on en laisse une partie dans un vase à ciel ouvert, on ne tarde pas à voir le liquide se troubler, se couvrir d'une mince pellicule blanchâtre et répandre une odeur ammoniacale bien nette, en même temps qu'il prend une teinte brunâtre caractéristique.

Si à l'autre partie on ajoute de la saccharine, après lavoir mise dans une étuve à 35 degrés, on remarque qu'il faut 7 à 8 jours avant que l'urine présente un léger louche, sente l'ammoniaque et se couvre d'une légère patine transparente,

À l'examen microscopique, la couche qui recouvre l'urine dans le premier cas est constituée presque exclusivement par des bactéries présentant des mouvements très vifs.

Dans le second cas, on trouve peu de bactéries, et de très nombreux cristaux de phosphate ammoniacomagnésien.

Quelques expérimentateurs comparant l’action des divers acides sur la fermentation alcaline de l'urine ont prouvé que même l'acide salicylique avait une action moins énergique que la saccharine.

Nous verrons plus loin, dans un chapitre spécial, les tentatives qui ont été faites pour utiliser cette propriété de la saccharine dans certains cas pathologiques.

Action de la saccharine sur les produits secrétés par les glandes du tube digestif: salive, suc pancréatique, suc gastrique, pepsine, etc...

1° Action sur la salive.

La salive fraîche mélangée à de l’eau légèrement amidonnée et portée à une température d’au moins A0 degrés, donne naissance à du glucose qui réduit la liqueur de Barreswill.

Si à ce mélange, on ajoute une solution faible de saccharine, on remarque que la transformation en glucose est sinon arrêtée du moins fortement restreinte, car pour réduire la même quantité de liqueur de Barres-

moi

will il faut six fois plus du dernier mélange que du premier.

Il n’en est plus de même, quand on à soin de neutraliser la saccharine avec du bicarbonate de soude : les effets produits sont à peu près identiques.

D'ou l’on peut conclure : que la saccharine en solutions très étendues (1 à 2 p. 1000), ralentit énergiquement l’action de la salive sur l’amidon ; si la saccharine a été neutralisée par du bicarbonate de soude, le ralentissement n'existe plus d’une façon appréciable.

20 Action de la saccharine sur le suc pancréatique.

Du liquide pancréatique obtenu par la macération d'un pancréas frais, mélangé à de l’eau amidonnée à 1 p. 100 réduit la liqueur de Barreswiil à une température d'au moins 40 degrés.

Cette réduction est arrêtée par une solution de saccharine que l’on y ajoute, la même expérience répétée avec une solution de saccharine neutralisée par du bicarbonate de soude montre que cette dernière ne modifie pas l’action du liquide pancréatique sur l’amidon.

«Lasaccharineen solution très étendue (1 à2 p. 1000) supprime ou entrave l’action du liquide pancréatique sur l’amidon. La saccharine ne possède plus cette influence quand elle est neutralisée ».

dt Action de la saccharine sur le suc gastrique.

« On porte à 40 degrés deux tubes.

Tube A, contenant suc gastrique naturel 11 cent. cubes ; acide chlorhydrique à 4 p. 1000, 5 cent. cubes, albumine coagulée (blanc d'œuf) 2 grammes.

Tube B, même contenu auquel on ajoute 5 centigrammes de saccharine.

Deux jours après la digestion est achevée en A, il n'y à plus dalbumine ; elle est incomplète en B lequel renferme encore 1 gr. 4 d’albumine. »

La saccharine à 2 ou 3 pour 1,000 retarde l'action. du suc gastrique sur l’albumine.

M. Gabriel Pouchet a répété cette expérience et est arrivé aux mêmes résultats.

Dans la séance du 29 juillet 1888 à l’Académie de médecine, M. le docteur Constantin Paul a Ju un mémoire sur les propriétés antiseptiques de la saccharine, dont les conclusions sont identiques à celles qui précèdent.

En résumé, la saccharine à air libre modifie profondément la marche des transformations que doivent subir certaines substances telles que l’amidon et l'albumine, en présence de ferments tels que ceux que contiennent la salive, le suc pancréatique et le suc gastrique.

Or ces substances forment la majeure partie des aliments nécessaires à la vie des animaux. Ces substances sont transformées dans leur organisme en d'autres assimilables à l’aide des mêmes ferments.

mo) 2

Il importe donc de voir si les effets produits par la saccharine chez les animaux sont identiques à ceux que l’on rencontre au laboratoire. Dans le cas de l'affirmative, la saccharine retardera tous les actes de la digestion, elle rendra nécessairement, celle-ci plus lente, plus pénible et les personnes ou les animaux qui en feront usage deviendront dyspeptiques.

Nous avons donc à considérer 1° l’action de la saccharine chez les animaux et 2° chez l'homme.

Expériences sur les Animaux (1)

Les premières expériences physiologiques sur les animaux ont été faites au laboratoire de physiologie de l'Université royale de Turin par MM. Vittorio Aducco et Ugolino Mosso.

Leurs recherches ont eu pour but d'établir essentiellement :

1° L'action générale de la saccharine ;

2° Son action sur les échanges nutritifs ;

3° La voie par laquelle elle s'élimine de l'organisme ;

4° La rapidité de l'absorption.

Nous allons résumer aussi brièvement que possible, les résultats de leurs recherches.

Les grenouilles ne peuvent pas vivre dans une solution de saccharine à cause de son acidité ; mais si on neutralise la solution avec quelques gouttes de bicarbonate de soude, la saccharine devient inoffensive.

Seulement elles ont les urines très douces, ainsi que le contenu stomacal.

(1) Archives italiennes de Biologie de 1886, t. NAS UE p. 152-171.

En leur injectant de fortes doses de saccharine sous la peau du dos, on ne remarque aucun changement dans les fonctions de l'organisme ; le cœur, la respiration, les centres nerveux, les organes de sensibilité, ni les muscles ne présentent de modification.

Après quinze minutes, les urines sont seulement douces, pas autre chose.

D'un autre côté, en expérimentant sur des chiens, MM. Aducco et Mosso, ont résumé leurs résultats de Ja manière suivante :

1° On n'a observé aucun dérangement chez un chien auquel on avait administré 37 grammes de saccharine en dix jours ;

2 Le poids du chien reste le même ;

9° On ne constate aucune modification dans la quantité journalière de l'urine, dans la densité, dans la réaction, dans l’urée, dans l'acide hippurique, dans l'acide sulfurique, dans l’acide phosphorique, ete.

4° On à observé une augmentation dans l’élimination des chlorures ;

o° La saccharine passe dans les urines sans se transformer et les rend très douces ;

6° Les urines douces par la saccharine se putréfient beaucoup plus tard que les urines non douces ;

1° Le rapport existant entre la quantité des aliments ingérés et la quantité d’urée et d'acide sulfurique émise avec les urines, se conserve inaltérée, même si l'on donne de la saccharine en même temps que les aliments ;

S° Que pendant l'alimentation avec la saccharine,

la nutrition se fait normalement, et peut même s'a-

ro

méliorer, et qu'il peut en résulter une augmentation notable dans le poids du corps.

C'est ainsi qu'un chien très amaigri par suite d’alimentation insuffisante et pesant à jeun 16 kilogr. pesait, après onze jours d'alimentation, également à jeun, 19 kilogr.

Tous les jours, pour le remettre en forces, on lui avait donné ration double et de l'eau à volonté, ainsi

que de la saccharine sous forme de solution saturée à chaud ;

9 La saccharine est une substance parfaitement inoffensive pour les hommes, ainsi que pour les animaux (1).

Les observations du docteur Stutzer, de Bonn, sont également favorables ; il constate que des chiens ont pu absorber 5 grammes par jour de saccharine, quantité qui correspondrait à 1 kilogr. 500 de sucre, sans en éprouver d'effets fâcheux.

En France, M. Mercier a fait un certain nombre d'essais qui conduisent aux mêmes conclusions; des cobayes et des lapins ont supporté des doses assez considérables de saccharine administrée en injections hypodermiques.

MM. Brouardel, Ogier et Hozé ont contrôlé dans deux séries d'expériences sur les animaux, les résultats annoncés par les auteurs précédents.

Nous allons donner un résumé complet de leurs observations et de leurs conclusions (2).

(1) Voir les Archives italiennes citées plus haut. (2) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, p. 314, octobre 1888.

1re Série (M. Ogier).

Trois chiens ont été soumis à un régime sacchariné pendant un mois, les trois chiens à peu près de même taille, recevaient une alimentation identique, ils absorbaient en outre chaque jour, le premier un gramme, le second deux grammes, le troisième trois grammes de saccharine de Kahlberg; les poids de ces animaux n'ont subi que de faibles variations ils ont un peu augmenté.

Le premier chien est mort après trois semaines de broncho-pneumonie du poumon droit. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d'en tenir compte dans le bilan des faits imputables à la saccharine.

Les deux autres chiens qui avaient absorbé en un mois, l’un 60 grammes, l'autre 90 grammes de saccharine, et le témoin, ont été sacrifiés en même temps, après avoir reçu tous trois deux heures et demie avant leur mort, un repas identique.

À l'autopsie, l'examen du contenu de l'estomac nous à montré que la digestion était à peu près également avancée chez les trois animaux, les divers organes étaient sains, l'examen histologique n'a révélé aucune particularité intéressante.

En résumé la saccharine ne paraît pas avoir exercé d'influence sur la santé des animaux.

2e Série (MM. Brouardel et Hozé).

1° Deux chiens de même poids ont recu ensemble le même repas, Fun a pris de plus un gramme de saccharine.

Les deux animaux sont sacrifiés après trois heures.

L'examen de leur estomac montre que leur diges-

lion est également avancée chez tous les deux, les

Se mt

chylifères sont lactescents ; il y a du liquide dans l'intestin grêle, du sucre et des peptones.

La saccharine ingérée en une fois n’a pas produit de troubles immédiats de la digestion.

2° Trois autres chiens sont mis en expérience, nous donnons les résultats obtenus du 12 juin au 25 juillet 1888.

a) Chienne de 5 kil. 200 soumise à un régime régulier : | Viande 100 grammes par jour.

Graisse 20 — — Pain 90 — — Eau 200 — — L'animal est laissé continuellement dans sa cage de façon à recueillir toute son urine.

Le deuxième jour, le 143 juin, il recoit 3 décigram mes de saccharine, et à partir de cette date, quotidiennement la même quantité.

Dates. Poids. Urines. Urée.

AUD RE 5k,250 200 cc 381,29 AOIUNe RS RC 5 ,230 102 GC) an ARTE ere lee 5 ,280 120 2 ,38 DD CNT EN 5 ,330 156 201 SORTIE ER NES 5 ,340 172 a IR

BAIE Eve AT à pc 5 ,180 ke A ONU PET 5 ,360 4920 E A4 SN EE a GE ee 5 ,990 180 48536 SUR dore Ds 0 17% 200 DOUCE EE 5 ,220 80 »

Donc le poids, la quantité d'urine et d'urée n'ont subi aucune modification notable.

L'appétit reste normal.

b) Chien de 6 kil. 730, non soumis à un régie

Ba Fan

régulier, gamelle ordinaire dans laquelle on ajoute ‘chaque jour 3 décigrammes de saccharine.

Dates. Poids.

LOL LI TPRNSe STE UE OP EE 6k,730 DOUBS ES Cure Se 6 ,320 ANS LITE SAT es RS 2 ROUE 6 ,050 DOME Ce miens 6 ,000 LR ON LE PA Se DST ee DE PO 5 ,970 TOO ER REE EP 6 ,080 DU ER RE Re ce eee 6 ,000 DOMINER RE NP RE > ,930 POUCES CS ee ec 5 ,540

En 39 jours, l'animal a perdu 1 kil. 200, environ un cinquième de son poids. Il a un peu d’inappétence.

Nous nous empressons de faire remarquer ces deux faits: perte de poids et inappétence.

c) Chien de 18 kilogrammes, non soumis à un régime régulier.

Tous les jours on ajoute à sa gamelle 1 gr. 50 de saccharine soluble de Mercier.

Dates. poids.

SOPIUID PR RTE La 18x,000 DO JU ee RE ee ee 17 ,900 OPUS RE TE Te 16 ,400 DENULIO TES SR ET R 15 ,900 ADA] ILE ESS EE Re 16 ,000 QUÉTRIIELE EEE RE 45 ,400 AOL PRES ne 15 ,500 2 TRNUILIC LE RE 15 ,300

En trente-sept jours, l'animal a perdu 2 kil. 700 environ 1/7 de son poids.

En résumé, on ne peut dire que ces expériences démontrent l’innocuité absolue de l'usage de la sac-

charine pour les chiens, puisque dans deux cas on a vu deux de ces animaux perdre l’un environ 1/5 et l'autre 1/7 de leur poids.

Il existe un fait curieux, malgré la saveur sucrée de la saccharine, les mouches ne font pas de confusion avec le sucre de canne, elles ne touchent pas au sucre de houille, il en est de même pour les abeilles.

Expériences personnelles

Trois cobayes sont mis à part et partagent la même nourriture.

DOPATEPNTE cobaye noir pêse 380 grammes ADS EE cobaye gris-blanc - 470 — DOPD e ee cobaye blanc-feu — 450 —

ce dernier sert de témoin.

Le 27 décembre le n° { reçoit en injection. . . . . 0£,04 — le n° 2 en ingestion. . . . . 0 ,01

Le 28 d'cembre le n° 1 en injection. . . . . 0 ,05 — le no 2 en ingestion. . . . . 0 ,0ÿ

Le 29 décembre le n° 1 en injection. . . . . 0 ,40 — le n° 2 en ingestion. . . . . 0 ,10

Le 7 janvier leni en injection . . . .. 6 45 — le no 2 en ingestion. . . . . 0 15

Le 8 janvier len°1 en injection . - 0 ,20 . le n° 2 en ingestion. . . . . 0 ,20

Le 9 janvier leni en injection. . ..- . 0 ,25 — le n° 2 en ingestion. . . . . 025

Nous nous arrêtons à cette dose qui équivaut à 40 orammes par jour pour un homme du poids moyen

de 70 kilog.

Le) ER

Nous remarquons que tandis que le cobaye n° 3 a toujours bon appétit et reste très vigoureux; les n° 1 et2 mangent moins et paraissent souffrir, nous pesons et voici ce que nous constatons.

Le cobaye n° 1 ne pèse plus que 347 gr. au lieu de 380 gr., il a perdu 33 gr., c'est-à-dire à peu près 1/10 de son poids.

Le cobaye n° 2 ne pèse plus que 435 gr. au lieu de 470, il a perdu 35 gr., c'est-à-dire à peu près 1/13 de son poids.

Le cobaye n° 3 n'a rien perdu de son poids, il à même augmenté de quelques grammes.

Nous laissons reposer nos deux cobayes pendant huit jours, c’est-à-dire que nous leur supprimons injection et ingestion de saccharine et pendant ce temps on leur sert la même nourriture. En les pesant de nouveau ; nous trouvons les résultats suivants :

LORNOSAAPÈSON EL EE Ce TRE ne 3956 grammes ES SR RE Re nas no te 158 — LENS nn n’a pas changé

Il est évident que depuis le 9 janvier date à laquelle nous avons cessé l'administration de la saccharine, les animaux mis en expérience ont augmenté de poids.

2° série.

Comme précédemment, nous mettons à part, trois cobayes que nous soumettons au même régime.

Le 11 janvier, cobaye n° 4 noir-blanc, pôse 365 grammes — cobaye n0 2 rouve-blanc, — 497 —

— cobaye n° 3 blanc, — 70 —

ce deruier sert de témoin.

eodre

Le 1% janvier le n° 4 reçoit en injection . . . . . 04,05 — lè no 2 en ingestion . . . .. 0 ,05 Le 16 janvier le no 4 en injection . . . . . 0 ,10 — le n° 2 CHMNESUON EEE 00010 Le 18 janvier le n° 1 CHACUN. 0 45 —— le no 2 en’Ingestion . 0 45 Le 22 janvier le n° 1 CDAINJeCUION 0 ,20 — le no 2 EN INSESUON 0 ,20 Le 26 janvier le n° 1 CnANJeConee 0 ,25 — le n° 2 ON INLESON....... 025 Le 29 janvier le n° 4 GN\INJECLION. 0 ,30 — le n° Ÿ en INngestion.…. 0,39 Le 2 février le n° 4 enNiN)eC tion... 0 ,35 — le n° 2 CDANTESUONE EE 0235

Nous nous arrêtons à cette dose énorme qui correspond à 67 gr. pour un homme de poids moyen.

Nous pesons de nouveau nos cobayes :

Le cobaye n° 1 ne pèse plus que 320 gr.

Le cobaye n° 2 ne pèse plus que 400 gr.

Le cobaye n° 3 pèse toujours 470 gr.

Comme dans le premier cas, les deux animaux soumis au régime de la saccharine ont perdu de leurs poids.

Laissés en repos pendant huit jours, le premier meurt d'un abcès survenu à l'endroit où l'on a fait la dernière injection. À l’autopsie nous n'avons rien de particulier à signaler sinon que le foie est augmenté de volume.

Le second reprend rapidement ce qu'il avait perdu de son poids et pèse 405 gr.

En résumé, nous ne pouvons pas attribuer au hasard seulement, les faits que nous venons de constater et qui l'ont été déjà par MM. Brouardel et Hozé, à savoir la diminution du poids des animaux, à qui

l'on donne de la saccharine. Ces phénomènes peuvent s'expliquer fort bien si l’on se rapporte à ce que nous avons dit de l’action de la saccharine sur les sucs gastriques, pancréatiques et autres, car du moment ou la digestion se fait peu ou pas, l'animal se nourrit d’une manière insuffisante et maigrit.

Nous ne pouvons donc admettre les conclusions de MM. Aducco et Mosso en ce qui concerne l’innocuité absolue de la saccharine chez tous les animaux.

Recherche de l’action de la saccharine chez l’homme sain

Après avoir expérimenté sur des animaux et constaté l’innocuité absolue de l’ingestion de la saccharine chez ces derniers, MM. Aducco et U. Mosso prirent eux-mêmes cette substance, d'abord à la dose de 1 à 2 gr. puis de 5 gr. Is n’en furent nullement incommodés, la digestion se fit naturellement et l’appétit n’en souffrit pas.

Les résultats de ces recherches furent les suivants (1) :

1° La saccharine prise même à doses de cinq grammes à la fois ne produit aucun dérangement ;

2° La saccharine ne passe pas dans la salive ;

3° La saccharine ne passe pas dans le lait. (Une accouchée ayant pris de la saccharine, on ne trouva dans le lait aucune trace de cette substance) ;

4° Une demi heure après l'ingestion de la saccharine dans l'estomac, les urines ont déjà une forte saveur douce ;

5° Vingt-quatre heures après avoir pris Cinq grammes de saccharine, il n’y a plus de saveur douce des urines.

(4) Aducco et Mosso, an Arch. italiennes de Biologie, 1886.

En oo

Les expériences de Stutzer, de Salkowski, Stadelmann, Levden et Mercier en France confirment ces résultats.

Ce dernier a pu prendre cinq grammes de saccharine par jour, sans en être incommodé.

M. Bruylants est allé jusqu'à dix grammes.

M. le professeur Leyden de Berlin, a dans sa clinique remplacé le sucre ordinaire par de la saccharine dont il se sert pour édulcorer, médicaments, boissons et aliments sans que jamais il ait observé aucun accident.

A ce propos, M. Worms dans une communication à l’Académie de médecine dit qu'il a observé chez des hommes bien portants des accidents, tels que de la dyspepsie et de la perte d'appétit et ne voit dans la tentative de M. Leyden qu'une réclame commerciale. cite à l’appui de ses assertions de nombreux cas pris dans la pratique du docteur Dawy, de Londres qui n'administre la saccharine qu'à petites doses et dans certains cas seulement, lorsqu'il est sûr de l’intégrité des reins de chaque malade,

Applications thérapeutiques de la saccha- rine de Fahlberg (1)

D'après ce que nous avons dit, la saccharine n'est pas un aliment et ne peut remplacer le sucre ordinaire puisqu'elle n’est pas assimilée et passe entièrement dans les urines. Elle ne peut être qu'un médicament.

Depuis sa découverte par Fahlberg de New-York, de nombreuses tentatives ont èté faites pour l’introduire dans la pratique médicale, à cause de ses diverses propriétés sucrante et antiseptique.

Depuis longtemps on s’ingéniait à procurer aux diabétiques une substance édulcorante qui pût remplacer le sucre ordinaire dont l’usage leur est absolument interdit.

A ce titre on a voulu considérer l'usage de la saccharine comme une sorte de bienfait humanitaire, parce qu’elle permet d’atténuer les sévérités du régime diabétique.

M. Desjardin-Beaumetz est personnellement convaincu que la saccharine rend des services chez le petit nombre de malades qui peuvent se priver de sucre. Les cas où on l’a administrée sont nombreux.

(4) Voir Archives italiennes de Bologne, 1887. Tome VII.

MM. Worms et Constantin Paul en France, Hadelmann et Leyden en Allemagne, Hédley en Angleterre, donnent des résultats qui diffèrent; les uns n’ont jamais trouvé de contre-indications à son admninistration, et recommandent son emploi même dans l'usage journalier.

D'autres ont remarqué que dès le début tout était pour le mieux, le malade était enchanté de trouver une substance qui pour lui remplaçait le sucre, puis soudain arrivaient au bout de 7 à 8 jours des symptomes de dyspepsie, de l’inappétence, des perturbations digestives toujours redoutables avec une maladie de déchéance.

Dans onze observations citées par Hedley, Stadelmann et Worms, six fois on dut interrompre le médicament, en raison des troubles digestifs qui disparurent rapidement d’ailleurs.

Nous devons à l’obligeance de M. le professeur Poincaré, notre président de thèse, d’avoir pu administrer la saccharine à quelques diabétiques de sa nombreuse clientèle.

D'un autre côté MM. les professeurs Bernheim et Spillmann nous ont autorisé à publier deux observations prises dans leurs services à l'hôpital civil.

Nous allons donner un résumé des résultats que nous avons trouvés. Il est certain que dans le prenier Cas nous ne pouvions surveiller les malades comme on le fait dans un service hospitalier où l’on exige une obéissance absolue aux prescriptions du professeur. Aussi nous sommes-nous contentés de rechercher : 1Si administration dela saccharine dimi-

nuait la quantité de glucose trouvée dans les urines

des diabétiques et si par conséquent elle enravait la maladie.

2° Si elle déterminait des troubles dyspeptiques. OBSERVATION I.

M. X... âgé d'environ 60 ans, 1" rechute.

Quantité de glucose avant l'administration de la saccharine : 70 gr. 67 au litre. Le 27 décembre 1888 on donne O0 gr. 50 de saccharine à prendre tous les jours.

Examen des urines :

31 décembre 1888. . .. . ..... 378r,54 au litre DATANT SSP TEE Ce L6 ,67 — 16 ne nd ER A LE D 34 ,67 — 2% Et ne Tone à 0e OR ISA (ET 29 CR PT nn 40 ,81 — DOSFÉNEL CE MR er ae 42 95 —

Reïnarque. — Le malade se plaint d’inappétence et de maux d'estomac pendant quelques jours. — Gangrène du pied guérie au bout de 15 jours. — Urines toujours abondantes. — Soif non diminuée.

Page 1