CHAPITRE IV
ÉTIOLOGIE
S'il est encore une question obscure et peu élucidée, c’est bien l'étiologie du sclérème. Evidemment, une maladie aussi curieuse et aussi bien tranchée dans son appareil symptomatique n’a pu être observée sans qu’on cherchât à la rattacher à des causes. Celles admises jusqu'ici sont non seulement banales pour la plupart, mais encore inconstantes et souvent passagères ; la pathogénie étant elle-même fort discutée, on ne peut, par l’étude du mode d'application des causes, vérifier l'exactitude de ces dernières. Néanmoins :l existe quelques points assez nettement. établis qui peuvent servir de jalons pour des recherches ultérieures.
Le seæe a évidemment une influence sur Ja production de la maladie. Pendant quelque temps on a eru que la sclérodermie était propre aux femmes, et Thirial, dans son premier mémoire de 1845, émet cette opinion. Un démenti a été donné à cette assertion trop absolue par les observations de Bouchut, Putégnat, Thirial (1847), etc. Cependant il reste établi ce fait que les hommes sont frappés en bien moindre proportion, et les statistiques sont venues le démontrer : Arning, sur vingt observations, note trois hommes et dix-sept femmes ; Horteloup, six hommes et vingt-sept femmes; Lamache, dans sa thèse, donne une proportion un peu plus considérable, qui porte le rapport au quart environ : sur quarante-six cas, le sexe masculin a été atteint onze fois. Les
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LAC deux observations que nous rapportons dans notre travail ont trait à des femmes.
L'âge paraît indifférent. Rilliet et Barthez ont observé un cas de sclérodermie chez un enfant de deux ans; les malades de Forget avaient quinze et vingt et un ans ; celles de Thirial, trente-trois et cinquante ans; enfin, la personne dont Auzillon (1) rapporte l’histoire était âgée de soixante-treize ans. On a donc observé tous les intermédiaires entre deux et soixante-treize ans (Viaud); mais dans le plus grand nombre des cas l’âge des malades a oscillé entre vingt et quarante ans ; la malade de M. Combal était âgée de trente-deux ans.
Les antécédents, tant héréditaires que personnels, ne semblent pas jouer un grand rôle ; dans le cas publié par MM. Apolinario et Grasset, le frère et la sœur ont été successivement atteints ; c’est un fait unique dans la science ; les deux jeunes gens étaient lymphatiques et scrofuleux, la jeune fille chlorotique.
La scrofule a été indiquée par Putégnat comme cause prédisposante ; la femme qui fait le sujet de notre observation était anémique, et des manifestations scrofuleuses s'étaient produites chez ses enfant.
La syphilis a été invoquée dans un cas par Hillairet.
Enfin, Grisolle signale, dans les antécédents de sa malade deux érysipèles ; ceci est intéressant et viendrait à l’appui d’une prédisposition spéciale à la réalisation d’altérations cutanées.
Pour en venir à des causes qui ont été mises en avant d’une façon plus directe, nous signalerons les éroubles menstruels. La menstruation s’est montrée plus abondante en durée et en quantité dans les observations de Thirial, Mirault (d'Angers),
(1) Auzillon, Montpellier médical, 1869, p. 305.
Casanova. Thirial (1) raconte que sa malade guérit quand le flux menstruel eut repris son cours régulier. Dans d’autres observations le début de la maladie a coïncidé avec la suppression des règles, suppression accidentelle ou en rapport avec l'âge critique (Forget, Grisolle). D’autres fois enfin, les malades, bien qu'ayant dépassé la période de la puberté, n’étaient pas encore menstruées. — Ces troubles divers de la fonction utérine, d’ailleurs inconstants, ne nous paraissent pas avoir de rapport pathogénique avec le développement de la sclérodermie ; ils ne sont autre chose que le retentissement souvent précoce de la perturbation apportée à l’ensemble de l'organisme par le même fond morbide qui donne naissance aux altérations cutanées.
L'influence du rhumatisme est aussi discutable ; des douleurs dites rhumatismales sont signalées au début de la maladie, dans les cas de Fantonetti, Forget, Arning, Putégnat, Gillette, Nordt, Fiedler, Mirault, Panas, Hébra, Rassmüssen, Ball, Siredey ; on les retrouve très intenses à l’origine des manifestations morbides dans notre observation. Mais est-ce bien là du rhumatisme ? L’hérédité est la plupart du temps muette sur cette diathèse, et les antécédents personnels de malades n’en révèlent aucune trace ; les douleurs ont immédiatement précédé les accidents scléreux et se sont, dans quelques cas, produites pour la première fois à une période avancée de la sclérodermie. Aussi croyons-nous pouvoir rejeter le rhumatisme du cadre étiologique de la maladie, pour ne voir dans les phénomènes observés que des douleurs rhumatoïdes, des manifestations articulaires d’un état général différent. « On ne peut, dit Hallopeau (2), s’arrêter à l’idée d’une affection arthritique, malgré l'existence de douleurs dans les membres et d’arthro-
(1) Thirial, Union méd., art. cit., 1847.
(2) Hallopeau, loc. cit., p. 92.