OBSERVATION XVII
Intoxication saturnine chronique (observation due à l'obligeance de mon excellent ami et collègue Lejard).
Le nommé X..., entre à l'hôpital Saint-Antoine en 1881, pour des accidents paralytiques consécutifs à l'intoxication saturnine. Il présente une atrophie généralisée de tous les muscles des membres et du tronc; il est réduit à l'état de squelette et succombe bientôt dans un état de cachexie profonde.
Autopsie. — Congestion des deux poumons aux bases, tubercules aux sommets. Cœur petit, dur, et résistant à la coupe. Orifices normaux, athérome de l'aorte et des gros vaisseaux ; on retrouve les plaques d'athérome dans les artères du cerveau. Rien d'anormal à l'œil nu dans le cerveau et la moelle. Foie petit, il pèse 1,030 gr. ; il est dur et résistant à la coupe surface lisse à la coupe sans granulations. Reins petits à surface granuleuse et offrant quelques kystes; la capsule est très adhérente. Rate petite et sclérosée.
Examen microscopique. — Cœur. — Les fibres musculaires sont en certains points en voie de dégénérescence graisseuse; c'est une véritable dégénérescence segmentaire, dans les autres points elles sont normales. Ces altérations des fibres musculaires sont localisées dans certaines parties, là où il y a prolifération conjonctive qui sépare et dissocie l'élément musculaire. Cette sclérose est assez considérable et elle est surtout développée autour des vaisseaux. Ces derniers ont leurs parois épaisses, fibreuses, et leur lumière est très retrécie par endartérile proliférante. Du pourtour de ces foyers vasculaires le tissu conjonctif rayonne dans tous les sens s'infiltre de noyaux embryonnaires et se répand entre les faisceaux musculaires.
Foie. — Les lobubes hépatiques sont nettement circonscrits par des bandes conjonctives infiltrées de noyaux ronds et qui se relient aux espaces interlobulaires où existe une abondante prolifération conjonctive. Cette circonscription des lobules n'existe que sur certains points seulement, mais partout la prolifération existe daus les espaces avec infiltration de quelques noyaux ronds. L'endo-périartérite est généralisée. Les cellules sont graisseuses, mais quelques-unes seulement dans certains lobules et presque toutes dans d'autres.
Reins. — Néphrite interstitielle ordinaire; le tissu conjonctif est aussi abondant autour des vaisseaux et des glomêrules qu'autour des tubuli ;
mais à ce niveau le processus est jeune, car on y trouve des noyaux ronds. Les cellules des tubuli sont en voie de dégénérescence graisseuse.
Dans la rate, dans l'intestin, dans le pancréas, même prolifération conjonctive et mêmes lésions vasculaires qui sont généralisées et le point de départ de la lésion scléreuse.
Moelle. — En dehors des altérations cellulaires dont nous ne parlons pas, on voit la substance blanche parsemée de nombreux tractus fibreux plus ou moins épais surtout au niveau des vaisseaux qui semblent commander le développement du tissu fibreux. Ces tractus sont très abondants en certains points, tantôt dans un cordon, tantôt dans un autre; les tubes nerveux sont ainsi compris dans des loges plus ou moins petites et ainsi comprimés en certains points où chaque tube est entouré d'une zone fibreuse. La névroglie est donc épaissie notablement entre chaque fibre nerveuse quelquefois, mais le plus souvent les travées fibreuses ne font que circonscrire des groupes de tubes nerveux. Cette disposition est très nette sur toutes les coupes, mais elle est aussi très variable suivant les points que l'on examine. Dans la substance grise on observe la même abondance de tissu conjonctif et les mêmes lésions vasculaires.
Mêmes lésions vasculaires dans le cerveau, aussi nettes que dans la moelle et aux travées conjonctives très considérables en certains points.