OBSERVATION XVI
Intoxication saturnine chronique (observation due à l'obligeance de mon collègue et ami Barbe).
Le nommé X..., peintre, entre le 12 juin 1882 dans le service de M. Legroux à l'hôpital Laënnec, salle Grisolle n° 4.
Il a eu plusieurs coliques de plomb et il entre en proie à une nouvelle attaque qui est excessivement douloureuse. La constipation résiste pendant plusieurs jours à tous les moyens, on a recours à l'électrisation et à des lavements d'eau de Seltz qui amènent des évacuations copieuses. Les jours suivants le malade présente des attaques convulsives et son urine contient beaucoup d'albumine. On lui donne du chloral, mais les accidents se poursuivirent et il succombe le 18 juin.
Autopsie. — L'intestin ne présente rien d'anormal. Le foie est petit, dur à la coupe, les reins sont petits, semés de kystes à leur surface et très granuleux. Le cœur est hypertrophiésanslésionsvalvulaires. OEdème cérébral.
Examen microscopique. — Cœur. Sur des coupes de piliers du cœur des bandes fibreuses les unes très épaisses, les autres très minces qui sont distribuées d'une façon irrégulière ,'dans la coupe et qui sont surtout épaisses au niveau des vaisseaux qui sont devenus fibreux et dont les lumières sont plus ou moins diminuées. Les fibres musculaires sont en partie en voie de dégénérescence graisseuse et pigmentaire.
Reins. — La néphrite interstitielle est très avancée et le tissu coîijonctif est très abondant et absolument scléreux dans tous les points du lobule rénal. Les cellules sont également envoie de dégénérescence graisseuse, quel que soit le point examiné. Quelques noyaux ronds s'observent entre les fibrilles conjonctives qui séparent les tubuli.
Foie. — Dégénérescence graisseuse avancée des cellules hépatiques. Les espaces interlobulaires et les fissures présentent une prolifération conjonctive manifeste; les noyaux ronds existent surtout dans les fissures et autour des canaux biliaires. L'endo-périartérite est généralisée à toutes les artérioles des espaces.
Moelle. — Les vaisseaux ont leurs parois épaissies par la prolifération conjonctive et leur calibre presque effacé. De grandes travées conjonctives s'en détachent et envoient de nombreux prolongements entre les tubes nerveux. La névroglie est notablement épaissie et semble comprimer les tubes nerveux dans un réseau à mailles serrées, mais très irrégulier d'aspect suivant les points étudiés.