VARIATIONS PATHOLOGIQUES DE LA V. S
Puisque nous nous sommes proposé d'étudier la sédimentation chez les cancéreux, il nous faudra éviter de rapporter au cancer des variations qui seraient dues à un état pathologique surajouté,
Toute infection aiguë, bénigne ou grave, accélère considérablement la sédimentation, aussi nous sommes-nous abstenu de pratiquer la réaction chez les sujets qui en étaient atteints. Un simple coryza, une angine légère suffisent à fausser les résultats.
Mais il est d’autres affections chroniques qui ne s’imposent pas toujours à première vue et qu’il faut savoir rechercher.
La syphilis coexiste souvent avec le cancer. Il s’agit le plus souvent de syphilis tertiaire; nous avons vu qu’elle accélérait la S. G. d'autant plus qu’elle était plus évolutive. D’après les recherches de Raponsky, la V. S. suit assez bien les réactions sérologiques. Aussi, dans les cas où la syphilis pouvait être suspectée, avons-nous fait pratiquer la réaction de B.-W.
La tuberculose, elle aussi, accélère la V. S. dans la mesure de son évolutivité, les formes fibreuses, fixées, modifiant peu la réaction.
Il faut aussi se méfier de certaines arthrites subaiguës et surtout chroniques, si fréquentes, et que l’on rapporte trop souvent à des troubles dyscrasiques étiquetés rhumatisme, alors qu’il s’agit parfois d’arthrites infectieuses pouvant modifier la V.S.
Il faut tenir compte enfin de lélément infectieux qui se surajoute à la plupart des lésions néoplasiques ulcérées. C’est un gros reproche que l’on peut faire à la méthode, et il y aura lieu de distinguer nettement entre cancer infecté et cancer non infecté. C’est ainsi que dans les néoplasmes digestifs, des organes génitaux de la femme, et dans ceux des voies respiratoires, la V. S. est souvent difficile à interpréter. Weil, dans sa thèse sur la sédimentation au cours du cancer, n’a peut-être pas assez marqué cette distinction.
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Signalons encore une fois ici que l'insuffisance hépatique grave, lorsqu'elle s’accompagne de rétention des sels biliaires, comme ce peut être le cas dans une métastase hépatique d’un néoplasme, ralentit la S. G.
Nous nous sommes adressés, pour nos recherches cliniques, au Centre de lutte contre le Cancer, qui a mis à notre disposition avec beaucoup de bienveillance ses malades et sa parfaite organisation, Nous avons ainsi bénéficié de diagnostics précis et sûrs, tous appuyés sur des biopsies, pour la plupart signées du professeur Sabrazès.
Les observations que nous rapportons ici sont des résumés des observations du service du professeur Réchou, où nous avons cherché à mettre en évidence les divers éléments susceptibles d’influencer la V. S., qui sont aussi ceux qui permettent de juger de l’évolutivité du mal :
L'aspect, le siège et l’étendue de la tumeur, les réactions de voisinage, en particulier les réactions ganglionnaires, et, pour les cancers génitaux de la femme, l’atteinte de ce vaste système lymphatique que constituent les paramètres ; enfin, le retentissement de la tumeur sur lPétat général, traduisant le bouleversement plus ou moins profond de l’état humoral.
D'autre part, c’est un fait acquis aujourd’hui que toute infection accélère la S. G. Dans ces conditions, nous estimons que l'infection, si fréquente, des lésions cancéreuses ulcérées doit avoir sa part dans les modifications de la V. S. observées au cours du cancer. C’est pourquoi nous avons distingué les cancers infectés et les cancers non infectés. Distinction arbitraire, dira-t-on.
Certains cas sont indiscutables ; ce sont les tumeurs non ulcérées.
Pour les autres, nous nous sommes basés surtout, pour faire la distinction, sur l'aspect clinique des lésions; il en est de manifestement infectées, avec leurs bords enflammés, et le liquide séro-purulent ou purulent qui s’en échappe. D’autres cas sont moins nets, et la biopsie permet parfois de révéler une infection qui n'apparaît pas cliniquement.
Il est bien évident toutefois que toute plaie est fatalement
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exposée à l'infection, aussi n’avons-nous en vue qu'une classification grossière et schématique, permettant néanmoins de faire la part des choses.
On trouvera, à la fin de chaque observation, les valeurs de la S. G. exprimées dans un. tableau où la première colonne représente le temps, la seconde les valeurs de la sédimentation en millimètres, et la troisième exprime la hauteur du sédiment du sang soumis au champ électrique,
Toutes les expériences ont été faites avec un champ électrique de 240 volts, soit 8 V/cm., le pôle positif étant placé à la partie inférieure du tube à sédimentation.
Ayant remarqué, au cours de nos premières expériences, que les variations intéressantes se produisaient surtout dans les deux premières heures, nous avons rapidement négligé la sédinentation totale, ou sédimentation de 24 heures.
Nous avons, d'autre part, étudié les variations de V. S. du sang au cours de sa conservation, 24 heures et 48 heures après le prélèvement. Les courbes obtenues montraient une tendance constante à la diminution de la V. S. au cours de la conservation. Ces courbes n’ont pas été reproduites ici.
Nous avons rassemblé dans trois tableaux les courbes obtenues à partir des valeurs de sédimentation incluses dans chaque observation. Le lecteur pourra se faire ainsi une idée plus rapide des modifications de la réaction.
Une courbe en trait plein figure la S. G. du sang non soumis au champ électrique. Une seconde courbe en pointillé indique la S. G. sous champ électrique; enfin, nous avons représenté, pour la comparaison, la S. G. considérée comme normale par une courbe en trait plein portant l'indication S. N.
Pour quelques malades, nous avons pratiqué deux réactions cherchant à établir l’influence du traitement par les rayons X sur la S. G. Les courbes correspondantes n’ont pas été reproduites ici.
On trouvera, par ailleurs, un tableau récapitulatif consignant les différents éléments de nos observations avec, en regard, les valeurs de sédimentation en une heure et en deux heures, et les
différences observées pour ces deux valeurs entre la sédimentation normale et la sédimentation sous champ électrique.
Nous reportons à la fin de l'ouvrage les réflexions que nous suggèrent de telles observations et les conclusions que l’on peut er tirer.
On verra qu’elles diffèrent sensiblement des conclusions adoptées par H. Weil! dans sa thèse inspirée par le professeur Achard. Nous ne pouvons faire mieux que de les rapporter ici, car elles représentent, à notre connaissance, les notions généralement admises aujourd’hui
« La réaction de sédimentation peut servir au diagnostic de la malignité d’une tumeur ; pour les tumeurs bénignes, elle se tient au voisinage de la normale, sauf s’il existe une complication locale inflammatoire ou des complications générales ; pour les tumeurs malignes, la S. G. est accélérée parfois dans des proportions considérables.
» L’accélération de la sédimentation croît, en général, avec la malignité de la tumeur, sans qu’il soit possible cependant d'établir une liaison certaine entre les résultats qu’elle fournit et la nature histologique de la tumeur. Elle semble plutôt offrir une notion sur les tendances évolutives et sur la gravité du néoplasme.
» Il y a assurément des cas où laccélération de la sédimentation, légèrement augmentée sans atteindre pourtant des chiffres considérables, n'apporte qu’un appoint discutable à la clinique. Il s’agit de sujets chez lesquels la suppuration de la lésion (fistule) ou une inflammation associée (salpingite) détermine l'accélération de la S. G., ce qui ne permet pas de conclure. »
Par ailleurs, Dubarry ? constate que les cancers cutanés, localisés, évoluent avec une V. S. normale,
1. H. Weil, Valeur de la réaction de sédimentation globulaire dans
les états cancéreux, thèse de Lyon, 1934. 9 je : 2, Dubarry, La sédimentation des hémalies en clinique, thèse de Bor-
deaux, 1934.