‹ Contribution à l'étude de la septicémie méningococcique et de son traitementChapitre 41 sur 44 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

(Hôpital Trousseau. Thèse Lutor.)

Enfant P..., à ans, soigné à l'hôpital Trousseau depuis le 20 janvier pour méningite cérébro-spinale à méningocoque B. Malgré l'injection d’une quantité totale de 200 em. de sérum par voie rachidienne et de 800 em° par voie souscutanée aucune amélioration n'était constatée. L'état général s’aggravait progressivement ; l'enfant maigrissait ; indépendamment des signes méningés très accusés (raideur, Kernig), il présentait des réflexes exagérés surtout du côté gauche aïnsi qu’un signe de Babinski du même côté.

Constamment, depuis le début de la maladie, le liquide céphalo-rachidien était resté purulent et à chaque ponction

lombaire on avait constaté la présence, à l'examen direct et

. à la culture, de méningocoques.

6 février. — On voit l'enfant pour la 1'e fois, très abattu,

«presque inerte, amaigri. Signe Kernig et raideur vertébrale

très intenses. Signes Babinski du côté gauche.

Liquide céphalo-rachidien purulent et s'écoulant difficilement, l'aiguille se bouchant lors du passage de véritables glaires purulentes ; à l'examen, très nombreux méningocoques extra-cellulaires. Pas de phagocytose. Pendant la ponction lombaire la raideur s’accentue et l'on craint l'apparition d’une crise convulsive.

Injection intra-rachidienne de 1/10 de centimètre cube d'endoprotéine et injection intra-musculaire de 2/10 de centimètre cube.

Après la ponction l'enfant paraît très fatigué.

Le soir la température s'élève et atteint 390.

7 février. — La température descend, l’état de l’enfant est toujours aussi grave.

Une ponction lombaire donne un liquide aussi purulent.

8 février. — Même état : aucune amélioration, souffle et râles sous-crépitants à la base gauche.L'’enfant est mourant ; on répète l'injection intra-rachidienne.

Le liquide céphalo-rachidien reste purulent, mais les méningocoques semblent un peu moins nombreux et quelquesuns sont phagocytés.

9 février. — Même état : l'enfant boit un peu mieux.

Dans la soirée : crises convulsives.

Décès le 10 février.

Autopsie : cerveau, énorme placard purulent recouvrant la partie interne et postérieure du cerveau s'étendant sur la base où il recouvre le chiasma, la protubérance, lebulbe. Sur la convexité, petits placards purulents autour des vaisseaux.

La corne postérieure du ventricule gauche contient du pus

glaireux ; les plexus choroïdes sont rétractés. Congestion de

la paroi ventriculaire.

Le ventricule droit ne contient pas de pus, la paroi est seulement congestionnée ; à la coupe des hémisphères : piqueté congestif généralisé,

Moelle : méningite purulente commençant au-dessous du renflement cervical et se prolongeant jusqu’à la queue de cheval.

Poumon: congestion du lobe inférieur droit avec foyer

de broncho-pneumonie. Même constatation du côté gauche.

En résumé, méningite cérébro-spinale ayant résisté à la sérothérapie, traitée tardivement par l’endoprotéine. Broncho-pneumonie. Mort.

Cette observation nous montre, une fois de plus, l’échec de Ja sérothérapie au cours d’une méningite cérébro-spinale ; le sérum a été injecté constamment par voie rachidienne et, -à aucun moment, une atténuation des symptômes ne s’est produite ; la sérothérapie rachidienne n’a aucune action sur la méningite spinale, puisqu'à l’autopsie la moelle rachidienne était recouverte d’un exsudat purulent s'étendant sur toute sa hauteur.

La sérothérapie intra-ventriculaire aurait-elle mieux agi sur les lésions ?

Nous nous permettons d'en douter puisqu'aucun effet favorable ne s'était produit sur les lésions situées au point de l'injection du sérum.

La protéine thérapeutique n’a été pratiquée ici que tardivement (16 jours après le début du traitement) alors que les lésions étaient déjà organisées ;

elle n’a paru à aucun moment avoir une action favo-

rable. Mais les doses injectées étaient peut-être insuffisantes ; nous nous sommes basés pour les établir sur le poids de l'enfant par rapport à celui de l’adulte : or il ne s’agit pas ici d’une médication toxique déterminant un effet physique.

De plus, on sait combien les jeunes enfants supportent sans aucune réaction l'injection de protéines. Il est vraisemblable que les doses étaient insuffi-

santes.

OBSERVATION XX (Hôpital Trousseau. Thèse P. Lutor.)

G... Robert, 20 mois, entre le 13 février à l’hôpital Trousseau parce qu'il a depuis 3 semaines des vomissements, de la constipation, de l’anorexie et parce qu'il maigrit.

Les signes méningés n'apparaissent que le 15 février : raideur de la nuque, signe de Kernig, Vomissements fréquents. Température normale. Pouls un peu ralenti.

Le liquide céphalo-rachidien est légèrement trouble, contient des polynucléaires altérés, quelques mononucléaires et de nombreux diplocoques ne prenant pas le Gram. Ceux-ci sont ultérieurement identifiés : ce sont les méningocoques B.

La sérothérapie intra-rachidienne est commencée et poursuivie pendant trois jours consécutifs.

Malgré cela l'aspect clinique ne varie pas ; on ne constate aucune amélioration ; le liquide céphalo-rachidien reste trouble, les polynucléaires paraissent moins altérés, mais on constale toujours de nombreux méningocoques intra-

cellulaires,

19 février. © L'état du liquide céphalo-rachidien n'ayant pas changé, on injecte par voie lombaire 1/10 de centimètre cube d’endoprotéine et 3/10 de centimètre cube sous la peau. Aucune réaction locale ou générale. Les vomissements cessent mais les signes méningés persistent.

20 février, — Injection intra-rachidienne de 1/2 centimètre cube d’endoprotéine et de la même dose sous la peau.

Les méningocoques existent toujours dans le liquide céphalo-rachidien et les signes méningés s’exagèrent.

21 février. — Même traitement.

23 février. — On répète les injections intra-rachidiennes et sous-cutanées de 1/2 centimètre cube d’endoprotéine. Aucune réaction générale, le liquide céphalo-rachidien paraît un peu moins louche et les méningocoques moins nombreux.

24 février. — Nouvelle injection intra-rachidienne, aucune réaction ; on ne constate pas d'amélioration. On commence des injections d’auto-vaccin, la mort survient le 27 février.

L'autopsie n’a pas pu être pratiquée.

Dans cette observation, l’échec de la méthode est complet : les injections d’endoprotéine n’ont eu aucun effet utile. A quoi faut-il attribuer cet échec? Les doses nous paraissent avoir été insuffisantes puisqu'elles n’ont pas déterminé de réaction générale. Nous nous étions basé pour les fixer sur le poids de l'enfant par rapport à celui de l'adulte. Nous nous rendons compte qu'en matière de protéinothérapie cette règle ne peut être appliquée, car l'enfant supporte en général les injections de pro-

téine beaucoup mieux que l'adulte.

— 120 — sn

OBSERVATION XXI (inédite).

(Hôpital Claude-Bernard).

B... Albert, âgé de 48 ans, employé au chemin de fer, entre à l'Hôpital Claude-Bernard le 1°° février 1927, pour une méningite cérébro-spinale.

Début il y afquinze jours environ par céphalée persistante. Rachialgie intense ; en même temps une atteinte marquée de l’état général. Abattement profond. Température 39°.

Pas de vomissements, pas de constipation, ni d'hémorragies.

Rapidement il est obligé de s’aliter. Injection de sérum polyvalent : 20 ce.

2 février. — Malade plutôt agité. Respiration rapide, coupée de hoquet. Pouls 84. T. A. 15-8. Température 38° ; la céphalée persiste, la raideur de la nuque persiste, et même s'accuse, de même que le signe de Kernig.Réflexes tendineux faibles. Les réflexes cutanés et abdominaux sont abolis. Babinski négatif.

Injection sérum D B intra-rachidien 4o cc. et injection sérum D B intra-musculaire 4o ce.

3 février. — Température à type oscillant, liquide céphalorachidien louche. Raideur très nette, 4o cc. sérum intra-rachidien et 4o ce. sérum par voie intra-musculaire .

4 février. — La température persiste à type oscillant, le liquide céphalo-rachidien légèrement louche : 4o cc. injection sérum D B par voie intra-rachidienne et 60 ce. par voie

intra-musculaire.

5février — Raideur, température persiste, liquide cé-

— 121 — £ phalo-rachidien légèrement louche, température oscillant, pouls 116.

Injection intra-rachidienne sérum 4o ce. et injection intramusculaire sérum 60 cc.

6 février. — Le liquide céphalo-rachidien est légèrement louche. La température persiste toujours à type oscillant ; raideur.

Injection sérum Antim. B D int.-rach. 4o cc.

Injection sérum intra-musculaire 20 cc.

9 février. — Liquide céphalo-rachidien légèrement louche. Température en plateau.

Injection sérum B D intra-rachidienne 4o cc.

Injection sérum B D intra-musculaire4o ce.

8 février. — Température en plateau toujours entre 3708-

Aucune médication.

9 février. — La température persiste à type oscillant Les phénomènes de raideurs sont réapparus et persistent.

10 février. — Les raideurs et la température persistent, l’amaigrissement s’accentue ; on injecte2 cc.intra-musculaire endoprotéine. .

11 février. — 2 cc. endoprotéine sous-cutanée.

19 février — La température régresse nettement.

13 février. — La raideur de la nuque est en décroissance.

14 février. — Ponction lombaire,liquide clair, absolument normal.La température monte de 370 matin (14-2-27) à 39°6. Frisson qui dure 2 h., la température dure 1h. après injection d’endoprotéine de 2 cc.

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