CHAPITRE Vi
Les endogènes en Biologie
La séro-floculation du paludisme repose sur une hypothèse directrice, celle de l'existence des « endogènes » dont l'avenir dira définitivement quelle est la valeur en ce qui concerne la réaction, mais qui, du point de vue de la biologie générale, présente dès à présent une réelle importance.
Rappelons que, d’après Henry, « à côté des exoanti- « gènes, on peut envisager des antigènes produits dans « l'organisme même, à la faveur de divers processus, « infectieux ou autres. Ces antigènes, que nous appe- « lons endogènes, peuvent donner lieu à la formation « d'anticorps spéciaux, les « antiendogènes ». Dans le « présent chapitre, nous nous efforcerons de mettre en « évidence la réalité et l'intérêt de cette conception. »
Il est aujourd'hui bien établi que nos propres protéiques sont susceptibles de s’ « hétérogénéiser » sous
l'influence de divers facteurs : physiques, mécaniques, chimiques, biologiques, et de donner naissances à des accidents morbides, à des phénomènes de choc, comparables à ceux que provoque la pénétration par la voie parentérale d’une exoprotéine, le type de ces affections nous est donné par l'hémoglobinurie paroxystique, où, comme l'ont démontré le Professeur Widal et ses collaborateurs, un simple agent physique, le froid, suffit à disloquer le complexe protéique humoral qui devient un agent de choc. II est d’autres exemples aujourd'hui de ces chocs protéiques, survenant par introduction parentérale d'une albumine hétérogène. LE coup de CHALEUR à été considéré comme d'ordre humoral (Ch. Richet fils). L'inoculalion de sang chauffé à un animal neuf provoque expérimentalement des troubles identiques. Il y aurait une hémoclasie a calore comme il y a une hémoclasie a frigore. La.radio-cytolise, sous l'influence des rayons X, provoquerait également des phénomènes de choc par libération d'hétéro-protéines responsables du « mal des radiations pénétrantes » de Béclère (Mlle Giraud, G. Giraud et G. Paris). Les traumatismes enfin pourraient libérer des autolysats musculaires responsables en partie, en même temps que linhibilion nerveuse, du choc traumatique, si fréquemment observé pendant la guerre à la suite des broiements musculaires, particulièrement après les levées de garrot. (P. Delbet, P. Duval et Grigaut.)
Certains agents chimiques semblent provoquer l'apparition d'hétéroprotéines par l'intermédiaire desquelles elles se montrent aptes à provoquer des chocs. Nous
avons en vue surtout les arsénobenzènes, Jeanselme
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et Pomaret ont enregistré dans la crise nitritoïde les ‘ests du choc. Ils attribuent les accidents à la constitution d’une floculalion « protéino-arséno-phénolique » dont la formation intra-vasculaire lors de l’infection représente une rupture de l'équilibre des colloides du sang, se traduisant par des phénomènes physiologiques du même ordre que les chocs anaphylactiques vrai, peptonique et barytique.
L'existence d'hétéroprotéines prenant naissance aux dépens de nos propres tissus et susceptibles de provoquer des phénomènes morbides est aujourd'hui démontrée. Nous devons maintenant faire un pas de plus et envisager si ces hétéroprotéines peuvent être des « endogènes ». Nous devons démontrer que ces corps hétéroprotéiques sont susceptibles de provoquer à leur contact une sorte de sensibilisation et d'activation de nos humeurs et de nos tissus, de provoquer en un mot la formation d’ «anti-endogènes », (ou « endo-anticorps »), comparables aux anticorps qui jouent dans les phénomènes d'immunité et d’anaphylaxie liés aux exo-antigènes.
Il s'agit donc là d'un problème biologique général et qui dépasse les limites de la séro-floculation du paludisme. M. le Professeur agrégé Le Bourdellès, dans une note succincte, s’est efforcé récemment d’en tracer les lignes générales et d'en montrer l'intérêt.
Disons tout d’abord que si le terme heureux « d’endogène », créé par Henry, est venu fixer la réflexion sur cet intéressant problème, l’idée a déjà été émise par d’autres auteurs qui ont attribué le « pouvoir endogène » à des facteurs mécaniques, chimiques, biologiques.
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FACTEURS MÉCANIQUES ENDOGÉNIQUES. — Nous devons rappeler iei les travaux de Fenton Turck, de New-York (1922). Cet auteur a attribué les accidents du choc traumatique à une substance nommée « cytotte », substance intra-cellulaire, véritable endogène, susceptible de provoquer par injection intra-cellulaire la production d’anti-endogènes vaccinants.
FACTEURS CHIMIQUES. — On a beaucoup discuté pour savoir si l’anaphylaxie pouvait être provoquée par un antigène non protéique, s’il fallait par exemple rattacher à l’anaphylaxie les idiosyncrasies médicamenteuses. [1 semble bien, à la lumière des travaux récents, que l’antigène soit toujours protéique, les anaphylactogènes non protéiques agissant par l'intermédiaire d’un endogène. C’est ainsi que Wolff Eisner admet que les réactions médicamenteuses sont produites par les protéines du sang et de nos tissus, transformées par les produits chimiques en protéines étrangères à l'animal injecté. Landsteiner a montré que les protéines du sérum d’un animal peuvent être modifiées par addition de radicaux chimiques simples et que le composé artificiel obtenu provoque chez l'animal auquel on l'injecte la formation de précipitures pour ce composé protéique. L’hétéro-protéine en jeu dans la crise nitritoïde des arsénobenzènes se comporte elle-même à l'occasion comme un endogène, On sail, en effet, que ces accidents sont vraiment des accidents de réinjection et qu'il est des sujets hypersensibilisés. Tel était le cas du Docteur B... (Milian), chez lequel l’inhalation de l'émanation d'une
ampoule de 91%, et l'injection sous-cutanée et lente de
sa TNT 0 gr. 02 du même produit, suffisait à déclancher la crise nitritoïde. Il s’agit, évidemment, dans de tels cas, d’anaphylaxie, non plus de choc.
FAGTEURS ANIMÉS. — Il est à supposer qu'il est des agents animés doués de « pouvoir endogène », autres que l’hématozoaire de Laveran. Il convient de rappeler ici les travaux antérieurs et un peu tombés dans l’oubli d'Abderhalden. Cet auteur avait supposé toute pénétration dans le plasma sanguin d'éléments protéiques appartenant à l'organisme même, mais auquel l'accès du liquide circulant est normalement interdit, a pour conséquence, aussi bien que l'administration parentérale d’albumines de provenance étrangère, l'apparition dans le sang de ferments étroitement spécifiques. Cette conception purement chimique d'Abderhalden n'a pu être vérifiée sous cette forme. Peut-être est-elle destinée à ressuciler, si l’on admet que l’action des endogènes est plus physique et biologique que chimique, qu’elle se traduit hon par la production de ferments, et d'une fermentation, mais par l'apparition d’anti-endogènes et d’une floculalion spécifique.
Quoi qu’il en soit, M. le Professeur agrégé Le Bourdellès s’est particulièrement attaché à mettre en lumière le bénéfice que pouvait retirer de l'hypothèse endogénique la pathologie générale et l'étude des maladies infectieuse, El tout d’abord, il est une maladie chronique ou le rôle des endogènes est peut-être plus important que dans le paludisme, affection à « endogène labilé ». C’est la syphilis. Iei se pose le problème de la réaction de Wassermann et des réactions de floculation de la syphilis.