‹ Contribution à l'Étude de la Simulation et de l'Interprétation des Accidents du TravailChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la simulation en général. Importance de son étude médico-légale.

Au cours de ce travail notre intention n’est pas de faire l’histoire de ia simulation, d’en énumérer tous les caractères et tous les signes, d’en faire le diagnostic différentiel complet, ni de faire une étude sur les différentes espèces de simulation dans tous les genres de maladies. D’autres avant nous ont d’une plume plus autorisée traité cette vaste question. Nos intentions sont plus modestes. Nous avons simplement le désir de faire connaître quelques observations d'expertise d’accidents du travail, intéressantes, que M. le professeur agrégé Balthazard a bien voulu nous autoriser à publier, et qui caractérisent à notre avis de la façon la plus nette les différents types de simulation que le médecin est appelé à rencontrer au cours de sa pratique.

La simulation des maladies qui fut de tous les temps, puisqu'on en trouve des exemples dans l’antiquité la

plus reculée et dont on peut citer des cas historiques

CD

dans toutes les ciasses de la société, a trouvé un vaste : champ d'activité le jour où furent appliquées les lois accordant des indemnités aux victimes des accidents du travail.

Songer que par la seule simulation d’un état morbide, on allait pouvoir vivre quelque temps sans rien , faire, obtenir une indemnité, voire même une rente, c’était là évidemment une bien douce perspective pour beaucoup d'éléments peu scrupuleux de la classe ouvrière. On ne saurait leur faire un grand crime d’avoir mis à exécution de pareils projets, si l’on pense que ces gens ont souvent reçu une éducation morale des plus négligées, qu’ils sont, surtout depuis quelques années, parfois bien ‘mal conseillés, qu'on ne cesse de leur faire sentir cruellement les côtés pénibles de leur existence comparée à celle des bourgeois aisés, des patrons qui les emploient. On comprend également comment peuvent naître des idées de simulation chez un ouvrier victime d’un réel accident de travail. Les suites du traumatisme qu'il a subi l’ont immobilisé quelque temps au lit ; on lui a accordé une convalescence quelquefois assez longue, pendant laquelle il a pu contracter des habitudes de repos, pour ne pas dire de paresse qu'il va lui coûter d'abandonner. Petit à petit naît dans son esprit cette pensée que ce serait vraiment un bien pour lui si les suites du traumatisme ne disparaissaient pas tout à fait ; alors il va s'étudier lui-même, se « tâter » pour voir s'il ne lui reste pas quelque symptôme qu’il pourra faire valoir auprès de son

médecin. S'il le trouve, ce symptôme, il va chercher à lui

donner toute l'importance possible afin de bien convaincre le médecin qu'il n’est pas guéri et qu'il a droit à une indemnité. S'il ne se découvre rien qui soit susceptible de le faire considérer comme un « diminué professionnel », sinous pouvons employer cetteexpression, il sera tenté de simuler quelque état morbide. Le pas nest pas grand à franchir, et il l’est souvent: les rapports des médecins experts depuis. une dizaine d’années en font foi.

Telle est la genèse ordinaire de la simulation à propos des accidents du travail, mais on a constaté et dépisté des simulateurs encore plus dénués de scrupules, qui essayaient d'obtenir une indemnité, les uns en faisant constater des lésions qu’ils s'étaient volontairement données et qu'ils attribuaient à un accident de travail imaginaire, les autres en rendant un accident réel responsable d'états morbides antérieurs où concomitants:

La loi de 1898, bien qu’elle soit tout en faveur de l’élément ouvrier, n’entend cependant pas que les patrons et les compagnies d'assurances indemnisent les ouvriers simulateurs. Aussi n’a-t-elle refusé en aucune façon aux patrons et aux assureurs les moyens de faire la preuve de l’inanité des allégations de pareils demandeurs. Dans chaque litige les expertises médicales viennent éclairer les juges, et c’est aux médecins que revient la tâche quelquefois très délicate de diagnostiquer la simulation. |

Cette tâche réservée autrefois aux médecins légistes rentre maintenant dans les attributions de tous les praticiens, et l’importance de leur intervention dans la

plupart des cas leur impose une lourde responsabilité, qui nécessite une étude soigneuse des questions nombreuses et variées qui leur sont soumises.

Un triple point de vue doit déterminer les médecins à apporter tous leurs soins au diagnostic de la simulation : a) Ils doivent d’abord avoir à cœur de faire faire aux magistrats œuvre de bonne justice en défendant les compagnies d’assurance et partant l’industrie tout entière contre le parasitisme de la simulation. b).— De plus c'est une question d'amour-propre pour le médecin expert que de ne pas se laisser tromper par un simulateur; ce n’est qu’en arrivant à un diagnostic exact que son intervention aura toute l'autorité nécessaire ; il ne faut pas que l'expert soit dupe d’un ouvrier retors. “0 c) Enfin il doit songer qu'il y a en jeu une question de moralisation de la classe ouvrière ; il importe au plus haut point que l’ouvrier simulateur, une fois obtenue une indemnité à laquelle il n’a aucun droit, ne puisse pas aller raconter à ses anciens camarades d'atelier qu'il s’est gaussé du médecin expert, et qu’il n’y a pas besoin, pour obtenir gain de cause, d’être malade, mais simplement malin: |

Le médecin expert devra donc apporter tous ses soins aux examens des accidentés qui lui seront confiés. Mais

il ne faudra pas non plus que, dépassant le but, il commence l’interrogatoire de ses malades avec l’idée préconçue qu'il a affaire à des simulateurs. En effet ce serait

une grave erreur de croire que la simulation est aussi

fréquente que certains le pensent, ou surtout l’ont pensé.

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