ACT A
nous avons vu que M. le professeur Carrieu avait supposé un instant que la vomique aurait pu être la conséquence de l'infection de la cavité laissée libre par la fonte de la zone splénisée. Mais nous savons également que l'absence de gargouillements et le fait de ne plus trouver de pneumocoques comme au début de laffection, lui avaient fait rejeter cette hypothèse pour s'en tenir plutôt au diagnostic de pleurésie méta-spléno-pneumonique interlobaire.
Le fait ne serait au reste pas isolé et nous allons rapporter, en le résumant, un cas à peu près analogue publié par le D' Faisans dans le Palletin Médical du 6 juillet 1892:
Observation VI
(Faisans)
Il s'agit d'un jeune homme de 21 ans, atteint de spléno-pneum )nie grippale. Vers le vinglième jour de l'affection, la courbe thermométrique présente une forme particulière. Le malin, la température étail normale et le malade se sentait bien; au contraire, le soir, le thermomètre marquait 39° où 3995.
S'agissait-il de tuberculose ou de suppuration?
La spléno-pneumonie est souvent, d'après Grancher, la première manifestation de la tuberculose. En outre, le malade avait eu antèrieurement une pleurésie.
Mais jamais la tuberculose confirmée ne succède directement à la spléno-pneumonie sans un intervalle plus ou moins long de santé parfaite en apparence. De plus, la température était franchement intermittente. Il n'y avail point de sueurs vraies, el Île côté droit du thorax étail dilaté; énfin, on constata bien!ôt un abaissement notable du foie et un léger œdème de la paroi. Une ponclion pratiquée sur le septième espace donna issue à un demi-litre de pus et fut suivie d'une injection composée de 20 grammes de
ou Ur
liqueur de Van Swieten et 40 grammes d'eau bouillie qu'on laissa dans la poitrine.
Le pus contenait le-streptocoque à l'état pur.
Huit jours après, les signes avaient reparu. la température s'était relevée ; on résolut de pratiquer l'empyème.
Incision dans la hiitième espace. Mais à ce niveau le poumon fut trouvé adhérent à la paroi et on n'en retira aucun liquide. Pensant trouver la collection puruleute plus haut, au niveau du septième espace ou entre les lobes pulmonaires, M. Faisans traversa avec une sonde cannelée le parenchyme de l'organe dans d vers sens; l'instrument s'enfoncait facilement, sans aucune résistance ; le tissu avait tout à fait la consistance d'une rate de typhique. Par une goutte de pus ne sortit. Il s'était écoulé au contraire
pendant ce Lemps 300 gr. de sang. Les suites de cette intervention furent cependant excellentes.
D'importantes modifications locales et générales s’établirent bientôt et le malade finit par guérir. M. Faisans pense que l'épanchement ne s'étail pas reproduit après les ponctions, mais que tous ces symptômes étaient dus à une nouvelle poussée de spléno-pneumonie.
Nous coneluons donc avec, Faisans que la spléno-pneumonie peut s'accompagner d'un épanchement méta- ‘Sp'éno-pneumonique, qui, dans les deux cas observés, était le fait du streptocoque.
Mais, dans l'observation de M. Faisans, ilétait facile de constater tous les signes d'une pleurésie purulente : non seulement d’après le mauvais état général du malade, et la courbe thermique à grandes oscillations faisant pressentir déjà la présence du streptocoque ; mais nous avions encore de l’æœdème de la paroi, plaidant en faveur d’un épanchement suspect. La dilatation exagérée du thorax et l'abaissement notable du foie nous indiquaient qu'il devait être abondant. Aussi y avait:il indication absolue
pro à la ponction évacuatrice tout d'abord, à la pleurotomie ensuite. P
Par contre, chez notre malade, nous avons une évolution on ne peut plus silencieuse. A peine constatons-nous du 10 au 13 avril une légère élévation thermique, mais qui ne se maintient que quelques jours et descend à la normale le 25. Nous constatons aussi que l'expectoration devient plus abondante et muco-purulente. Mais l'état du malade s'améliore ; l'abattement diminue, 1} engraisse même ; et brusquement, le 28, se produit, sans angoisse et sans effort, une vomique qui est le prélude d'une guéson définitive. |
Ces deux observations, qui peuvent être rapprochées par la nature de l'épanchement et la présence du même agent pathogène, sont donc profondément dissemblables, tant par leur symptomatologie que par leur évolution.
Mais comment expliquer la coïncidence de la splénopneumonie et de ces divers épanchements ? Est-ce la spléno-pneumonie qui se complique d'une partipation de la plèvre au processus congestif? Serait-ce au contraire cette dernière qui provoque à son voisinage l'apparition du syndrome spléno-pneumonique, ou bien n'y a-t-ilsimplement qu'une coïncidence fortuite? On ne sait. La seule constatation que l’on puisse faire, c'est que, dans tous les cas qui ont été signalés, les signes de l'épanchement n'ont été remarqués qu'après ceux de la spléno-pneumonie.
On pourrait admettre cependant, et c'est là l'opinion formulée par M. le D' Gallois, que ces deux affections sont l'une et l’autre le résultat d’une infection différente. Notre observation tendrait à confirmer celte hypothèse, le pneumocoque ayant déterminé tout d'abord la spléni-
OO sation pulmonaire, le streptocoque paraissant avoir été plus tard l'agent de la pleurésie purulente.
On conçoit facilement, d'autre part, qu'au cas où l'épanchement est interlobaire, la spléno-pneumonie, qui est plus superticielle, apparaît plus tôt à l'examen physique, masquant, par ses signes propres, ceux plus difficilement constatables de la pleurésie.
En résumé, et c’est là le fait important à retenir, il peut se produire que la spléno-pneumonie, si elle ne l'engendre pas, peut tout au moins coexisler avec un épanchement pleural, dont nous pouvons retrouver les principales formés connues, et qui, dans les deux cas sur lesquels nous avons insisté tout particulièrement au cours de ce travail, fut une pleurésie méta-spléno-pneumonique à streptocoques.