‹ Contribution à l'étude de la stérilisation des anormauxChapitre 16 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arguments d'ordre moral et d’ordre religieux

La stérilisation, parce qu’elle touche à un domaine un peu spécial et intime, celui de la procréation, se heurte à des objections d’ordre moral et parfois même religieux.

Moralement, a-t-on dit, l’homme ne devrait pas intervenir dans ce domaine et modifier l’ordre des choses existantes qui doivent demeurer sacrées ; le droit à la procréation, et en particulier à la maternité, devrait demeurer intangible. Il y a là, à côté des sentiments très respectables, des préjugés exagérés et qui ne correspondent plus à la mentalité de notre époque.

Que l’on considère comme des abus la stérilisation des femmes mariées dont le mari est dégénéré ou alcoolique, de filles-mères ou de femmes chargées de nombreuses desceñndances, c’est parfaitement logique. Mais si les interventions se portent aux indications

d'hygiène sociale préventive et d’eugénique que nous avons considérées dans le chapitre II, il ne saurait en être de même. Entre enfermer à vie un sujet parce qu’il est ou peut être dangereux pour ses semblables et lui enlever la faculté de procréer tout en lui laissant la liberté et la possibilité de se rendre utile à la société, nous pensons que le dernier moyen est le meïlleur.

Schopenhauer fait « de l'instinct sexuel Ie cœur même de la volonté de vivre ». Galien trouve « le cœur utile pour vivre et les organes nécessaires pour bien vivre ». Devons-nous en conclure que nous devons respecter l’inestimable valeur de la vie humaine et la grandeur du privilège de pouvoir donner et reproduire cette vie en raison d'institutions séculaires ? Nous ne le croyons pas.

Aujourd’hui, l'intérêt de la collectivité prime tous les intérêts particuliers, la déesse « Liberté » s’efface de plus en plus devant ces dieux vulgaires qui sont l'utilité pratique et le bien-être commun.

La vie ne s’immobilise pas, elle marche, elle coule, elle roule, brisant les cadres trop étroits, déchirant les évangiles désuets, accomplissant au jour le jour son éternel travail d'évolution. A l’heure actuelle, le prodigieux essor de la grande industrie, la sensation plus nette du paupérisme, la nécessité de la division du travail et de la spécialisation à outrance rendent, dans notre société moderne extrêmement complexe, chacun solidaire des autres.

Il se crée ainsi un collectivisme de fait, une communauté d'intérêts qui unit par dés liens étroits tous

DE EEE

les membres de la société. Si l'individu se dérobe à son devoir social et à ses obligations morales, la société se doit de lui imposer des directives et des lois, au nom de la morale même.

Il est de toute évidence que l’Eglise catholique s'élève contre une morale aussi utilitaire et un matérialisme aussi positif.

Et pourtant, nous lisons dans saint Marc : « Si ton pied ou ta main sont une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi », et dans saint Mathieu: « Il y en a qui sont eunuques dès le ventre de leur mère. Il y en a qui ont été fait eunuques par les hommes, et il y en a qui se sont fait eunuques eux-mêmes pour le royaume des cieux ».

Il est vrai que saint Thomas défend la castration « etiam solvat corpus totum », que l'Eglise la défend même « ad servandam castitatem vel vincendas tentationes », et s’il est vrai qu’elle l’ait tolérée à certains moments « advocem in pueris conservandam », elle l’a, au début de ce siècle, par la voix de Pie X, sévèrement interdite, quel que puisse en être le but, sauf accidentellement, s’il s’agit d’une opération chirurgicale destinée à, selon l’expression de saint Thomas, « ad solvandum totum corpus ».

De plus, l'Eglise refuse d'admettre au service des autels les castrats et les candidats à la Papauté doivent être pourvus de tous leurs attributs corporels. Elle possède une doctrine sur le mariage et la continence, elle met en œuvre toutes ses ressources morales et religieuses pour obtenir des générations humaines corporellement et mentalement saines et heureuses.

Page 1