HISTORIQUE
Le bismuth, dont les propriétés comme corps simple furent découvertes et étudiées par Stahl et Dufay (commencement du xvim° siècle), fut d’abord utilisé comme fard par les comédiens pour se blanchir le visage. La coquetterie féminine l’utilisa ensuite, et pendant longtemps le « blanc de fard » (sous-nitrate de bismuth) resta employé uniquement à l'extérieur comme produit de beauté.
En 1739, Pott parla du sous-nitrate de bismuth comme remède interne. En 1786, Odier le signala comme antidiarrhéique et l’employa dans les troubles gastralgiques.
En 1821, sont signalés les premiers accidents dus au nouveau médicament : « Il occasionne, écrit Orfila, des nausées, des vomissements, des coliques, des diarrhées, la constipation, les vertiges, la cardialgie, l’assoupissement, les anxiétés, etc. »
Il ne parle pas de la stomatite qui devait certainement accompagner ces signes d'intoxication bismuthique. Nous avons l'impression qu’à cette époque-là, la stomatite survenant chez un malade intoxiqué n’était pas rattachée au médicament, mais à des « phénomènes scorbutiques ».
En 1829, Kerner rapporte l'observation d’un homme qui, après l’absorption de 8 g. de sous-nitrate de bismuth, présenta vers le sixième jour « des accidents singuliers : nausées, vomissements noirs, selles liquides, inflammation de la bouche et de la luette, œdème et anurie ».
Serres (de Dax), en 1835, décrit quatre cas d'intoxication par le sous-nitrate de bismuth et note parmi les symptômes, la stomatite et du ptyalisme.
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En 1867, Lussana écrit encore « l’usage prolongé du, médicament (le sous-nitrate de bismuth) entraîne des phénomènes scorbutiques.. la respiration est fétide, les gencives se gonflent, demeurent fongueuses et fournissent une sanie sanglante. » ‘
En 1882, Kocher emploie le sous-nitrate en pansements sur les plaies et il compte au nombre des accidents consécutifs à cette méthode « la stomatite gangréneuse aiguë, s’accompagnant de gonflement et pigmentation des gencives ».
Une année plus tard, Pétersen, après application locale de
bismuth sur une tumeur blanche, voit survenir une stomatite qu'il attribue au bismuth et signale « une coloration bleuâtre de la muqueuse buccale ».
Luchsinger, en 1883, étudie le premier la toxicité du bismuth chez les animaux; il utilise la voie intramusculaire; il note une inflammation locale de toutes les muqueuses du tube digestif.
Steinfeld et Meyer, en 1886, décrivent, chez l’animal, les lésions buccales consécutives à l'injection de tartrate double de bismuth et de sodium. La même année, Dalché rapporte à la Société de médecine légale de France des cas de stomatites par pansements au sous-nitrate de bismuth.
En 1887, avec Villejean, il entreprend des recherches expérimentales sur la toxicité du bismuth et donne une étude assez complète de la stomatite bismuthique. Deux ans plus tard, en 1889, Balzer reprend les expériences de Dalché et Villejean, « dans le but d'étudier les effets locaux et généraux des préparations solubles et insolubles de bismuth avant de les employer dans le traitement interne des maladies et notamment de la syphilis » (Comptes rendus de la Soc. de biologie, juillet 1889). Il avait été poussé à cette étude par une communication, faite en 1880 par Massucci, sur les bons effets du proto-iodure de bismuth en application locale sur les lésions syphilitiques ulcérées et les plaques muqueuses.
Balzer employa le citrate de bismuth et la solution hui-
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leuse d’oxyde de bismuth, injectant des doses quotidiennes relativement fortes (jusqu'à 0 g. 03 par kilo d'animal); des stomatites, graves le plus souvent, apparurent régulièrement chez les chiens en expérience; aussi, nous a-t-il laissé une étude remarquable sur la stomatite bismuthique expérimentale chez le chien; recommandant la plus grande prudence dans l’emploi du bismuth en injection « non seulement à cause des accidents locaux que produisent les injections souscutanées de citrate de bismuth et d’ammoniaque, mais à cause de la soudaineté brutale des phénomènes d'intoxication et plus spécialement de la stomatite ».
Ces recherches n’aboutirent à aucun résultat pratique et le bismuth, médicament antisyphilitique, tomba dans l’oubli.
L'ère des arsenicaux vint ensuite. De 1905 à 1909, les expériences sur les animaux permettent les plus grands espoirs. En 1910, Balzer et Hallopeau présentent l’hectine. La même année, Erlich lance le 606, le dioxydo-amino arsénobenzol, sa « therapia sterilisans magna ». Deux ans plus tard, il présente Le 914, le 606 s'étant révélé trop toxique. Pendant cette période de gloire des arsénobenzènes, les recherches sur le bismuth sont partiellement abandonnées.
En 1916, Sauton et Robert montrent l’action curative du bismuth sur la spirillose des poules (Annales de l’Institut Pasteur, 1916). « L'étude de la spirillose des poules ne présente qu'un intérêt théorique, écrivent-ils, nous espérons pouvoir une fois exposer le résultat de nos expériences concernant l’action du bismuth sur la fièvre récurrente et sur la syphilis. » La glorieuse mort de B. Sauton, au cours de la guerre, vint arrêter ses recherches.
En 1917, M. Bideaux rapporte dans sa thèse des cas de stomatites consécutives à l'emploi de sels de bismuth en application locale sur des plaies. Il montre que la rapidité d'apparition de la stomatite correspond avec la plus ou moins grande surface de la plaie en contact avec le bismuth.
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MM. Levaditi et Sazerac, en 1921, présentent les heureux résultats obtenus sur la syphilis du lapin par les injections de tartro-bismuthate de potasse et de soude.
De là, à introduire le bismuth dans la thérapeutique antisyphilitique chez l’homme, il n’y avait qu’un pas. Il fut rapidement fait.
MM. Louis Fournier et Guénot rapportèrent à la séance de l’Académie des sciences du 17 octobre 1921 les premiers résultats obtenus dans la syphilis humaine. « Le seul accident assez fréquent, déclarent-ils, est la stomatite. »
MM. Levaditi et Sazerac sur les cinq premiers malades traités observèrent deux stomatites. Le bismuth fut cependant rapidement adopté par les syphiligraphes et il devint l’objet de nombreuses recherches.
La stomatite, fréquente avec le tartro-bismuthate, fut étudiée d’abord par MM. Fournier et Guénot (1921), puis par MM. Azoulay (1922), Hudelo, Bordet et Boulanger (1922), Milian et Perrin (1922), Levy Bing (1922), il convient de signaler ensuite les thèses de Cayla (Toulouse, 1922), Wallon (Paris,. 1922), Lanta (Bordeaux, 1923), Magimel (Bordeaux, 1926), les communications de MM. Dubreuilh et Joulia (14923), de Sabrazès et de Grailly (1923), de Watrin (1924), de Spillmann et Weiss (1928), de Gérard Maurel (1930).
La réunion dermatologique de Strasbourg de juin 1930, consacrée à la bismuthothérapie, parla relativement peu de la stomatite bismuthique. (Communications de MM. Rabut et Hudelo, et de MM. Emery, Rasis, Morin).
Elle n’en reste pas moins à l’heure actuelle l'incident le plus fréquent du traitement par le bismuth; aussi est-il utile au médecin de la bien connaître pour l’éviter, car elle est évitable dans bien des cas.
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