III. — Stomatite grave
C'est la forme la plus rare, on la rencontre dans 2 p. 100 des cas environ. Elle est en général l’apanage des bouches en très mauvais état, cependant nous rapportons deux obser-
PS en
vations où elle apparut dans des bouches entretenues soigneusement. Elle peut succéder à la forme ulcéreuse et n'être dans ce cas que la complication de cette dernière, ou au contraire apparaître d'emblée; cette seconde éventualité est la plus fréquente.
Les symptômes sont les mêmes que dans la forme précédente mais avec une intensité plus grande, et les phénomènes généraux sont ici beaucoup plus marqués.
LA
Le liséré est large, noirâtre, la muqueuse gingivale est boursouflée, rouge, saignante, son bord supérieur est sphacélé et met à nu le collet des dents, la pression fait sourdre, à ce niveau, quelques gouttes de pus ou de sérosité. La muqueuse buccale est également très œdématiée, souvent pigmentée; elle présente une tendance très nette aux hémorragies. Des ulcérations multiples siègent sur cette muqueuse, elles sont en général plus profondes et plus étendues que dans la forme précédente. L’enduil crémeux ou pseudo-membraneux qui les recouvre est plus épais, gris ardoise, plus adhérent, il déborde de beaucoup les limites des ulcérations et s'étend même parfois à toute la bouche. Il est assez adhérent aux zones ulcérées, et son ablation, même prudente, entraîne des hémorragies en nappe.
La langue participe souvent de l’inflammation; elle est saburrale, très œdématiée; on a rapporté des cas où elle ne pouvait plus contenir dans la bouche (M. Maginel) et (obs. XX). Les amygdales, le voile du palais, les piliers peuvent être le siège d’un tuméfaction importante.
L’haleine est très fétide. Le trismus est marqué, et la salivalion est généralement augmentée.
La douleur violente, à type varié, occasionne de la céphalée et des névralgies tenaces.
L'adénopathie parotidienne, sous-maxillaire, est habituelle, parfois même les ganglions carotidiens sont intéressés.
Ces ganglions sont augmentés de volume, douloureux, durs; à leur niveau la peau est parfois rouge et œdématiée.
La fièvre est constante, souvent peu élevée (37°2, 37°5), elle peut dans certains cas atteindre 38° et 38°5.
L'état général du malade est touché, il présente de l’anorexie, de l’insomnie, de la fatigue générale, des courbatures.
À la place de la polyurie habituelle provoquée par les sels de bismuth on peut observer de l’oligurie avec une urine albumineuse. Le rein est dans ce cas souvent intéressé.
Cette stomatite; même après interruption du traitement, n’a nulle tendance à guérir spontanément; elle évolue au contraire vers la nécrose des tissus enflammés; nécrose qui peut aller profondément et déterminer l'élimination d’esquilles osseuses, parfois même très importantes. Nous rapportons dans nos observations un cas où le morceau d’os éliminé mesurait 2 cm. 4 de long sur À cm. de large et O0 cm. 07 d'épaisseur (obs. XX). :
Le traitement ne peut que partiellement arrêter cette nécrose, il la limite plutôt qu'il ne l'empêche. Ces pertes de substances se réparent en général fort bien et ne laissent que peu de traces.
Cette forme de stomatite demande en moyenne trois semaines à un mois pour une guérison complète.