OBSERVATION
Le 30 septembre 1804, entrait aux pavillons d'isolement de l'Hospice général, où M. le docteur Monnier suppléait M. le docteur Attimont, un enfant de 9 ans, du nom de Le... Jean-Baptiste.
Le diagnostic inscrit sur la feuille d'admission était celui d'angine suspecte.
C'était un orphelin : ce qui expliquera, avec son jeune âge, l'absence de renseignements précis sur ses antécédents héréditaires.
Interrogé sur son histoire personnelle, le malade nous raconta qu'il avait eu quelques bronchites de courte durée. :
Voici, d'autre part, les détails qu'il put donner sur l'origine de l'affection qui l'amenait à lhôpital.
Le samedi 29 septembre, il était allé, comme de cou-
De : 2
NS tume, en classe à Orvault. Ce matin-là, cependant, il se sentait comme courbaturé. Dans le courant de la journée, il eut trois crises épileptoïdes avec morsure de la langue, si bien que l'instituteur le renvoya chez les personnes à qui l'Administration des Enfants- Assistés l'avait confié. Dans la nuit qui suivit, il eut une nouvelle crise ; il tomba même de son lit et se fit de légères contusions.
Il entre le 30 septembre dans la journée aux Baraquements (Pavillon des angines).
Lors de sa première visite, dans la matinée du 1% octobre, M. le docteur Monnier est frappé tout d'abord de la contracture de ses mâchoires. II demande au petit malade d'ouvrir la bouche, afin de se rendre compte de la nature de l’angine dont il est fait mention sur la carte d'admission : aussitôt un véritable trismus se produit et met obstacle à ses investigations. Néanmoins, après de nombreuses tentatives infructueuses, on parvient à voir le fond de la cavité buccopharyngienne et les amygdales. Celles-ci semblent quelque peu hypertrophiées et rouges ; la même coloration existe aussi sur le pharynx. Nulle part, d’ailleurs, il n'existe d’exsudats.
Poursuivant l'examen, on découvre le malade et on constate, avec surprise, une contracture des muscles sacro-lombaires, et surtout des muscles des membres inférieurs. Elle est tellement marquée aux pieds que ceux-ci sont en équinisme. Cette rigidité dure une à deux minutes; la plus légère chiquenaude de la peau la réveille. — Durant sa manifestation, la respiration
Tru est accélérée. C'était, en somme, dans toute leur pureté, les phénomènes tétaniques.
Et cependant, il n'existait aucune plaie du tégument cutané où muqueux pouvant donner quelque valeur à l'idée de tétanos.
L'oreille gauche présentait une contusion du premier degré, mais consécutive à la chute dont nous avons parlé et postérieure du reste aux premières crises épileptoïdes, semblables sans doute aux phénomènes dont nous étions le témoin. D'ailleurs, la température de tr veille,,379, et.celle du matin, 37%5,+étaiént. peu favorables à l'hypothèse d'une infection par le bacille de Nicolaïer. |
Le cœur ne présentait rien d'anormal ; l'examen du poumon montrait l'intégrité de cet organe ; les autres viscères étaient indemnes.
S'agissait-il de crises épileptiques avec contracture comme Lemoine (1) en a rapporté des exemples à la Société de Biologie ? Mais dans ce cas même, la contracture post-épileptique affectait les membres inférieurs seuls et d’ailleurs les parents nourriciers de l'enfant, et celui-ci lui-même, ont déclaré que jamais avant cette époque il ne s'était produit la moindre convulsion. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce point à propos du diagnostic différentiel avec l'épilepsie.
En présence de ce symptôme, il parut sage à M. le
(1) Lemoine. — Bul. Société de biologie, 1888, février, p. 111.
TO
docteur Monnier de suspendre et diagnostic et pronostic.
Il prescrivit : Potion bromurée, bouillon, lait.
Soir. — Le malade a eu dans l'après-midi trois crises paroxySstiques avec contracture.
He 105 0;
2 octobre. — La nuit a été marquée par l'apparition de cinq à six crises paroxystiques, lesquelles, au dire de la religieuse du service, auraient été précédées d'un cri. S'agit-il là du ceri épileptique vrai? Nous dirons plus loin ce qu'il faut en penser selon nous. Il est d’ailleurs de la même interprétation causale : nous voulons dire qu'il relève sans doute du spasme des muscles respiratoires et laryngés, d'une contracture en un mot semblable à celle que nous voyions se produire sur les divers muscles du corps.
Le visage est couvert de sueurs, ainsi que le reste du corps, notamment les membres inférieurs.