‹ Contribution à l'étude de la syphilide pigmentaire du couChapitre 11 sur 21 · AA PISE · texte numérisé non relu

AA PISE

Le /5 mars, bon nombre de ces macules ont disparu laissant des îlots décolorés; on remet le calque en place, et on constate que ces macules leucodermiques correspondent exacterment aux macules roséoliques dont les unes ont totalement disparu, tandis que certaines autres présentent encore une tache brune centrale, Tout autour, quelques ilots décolorés, provenant sans doute d'éléments omis par le calque.

Le 28 mars, toute éruption a disparu; la malade présente un collier de Vénus type entourant le cou en entier, sans

empiéter sur les régions voisines,

Cette observation, et nous pourrions en ajouter bien d’autres que nous réservons pour un chapitre spécial, montre parfaitement l’évolution des lésions, et confirme

‘ce que nous avons avancé plus haut.

Lorsqu'il s’agit de lésions plus fortement organisées, telles que les papules et les gros éléments papulo-

squam®ux, qu? lon rencontre fréquemment au niveau

de la région cervicale, l’évolution est identique mais

plus longue.

Ces éléments dont le centre déprimé est entouré par des bords saillants plus ou moins squameux persistent plus longtmps. Puis à un moment donné, les -squames

tombent, laissant une surface liss®, luisante, plus ou

moins violacé*. La saillie des bords s’affaisse ensuite,

s’efface progressivement mais lentement. À mesure que l’infiltration disparaît leur couleur change, et de rouge chair musculaire au début, plus tard rouge violacé,

elle devient brune, noirâtre, lorsque l’élément éruptif

. ne forme plus aucun relief appréciable.

SRE Il se produit également un plissé épidermique beaucoup plus accusé, qui donne à la tache brune un aspect cicatriciel et réduit ses dimensions. Puis insensiblement les contours s’estompent, deviennent plus clairs, grisâtres et se décolorent ainsi que les macules de roséole, envahis par une zone de dépigmentation qui pâlit de plus en plus, devient blanche d’un blanc parfois éclatant, et se substitue à l’ancienne papule.

Pendant que se produit ce travail de raréfaction de la matière colorante, les zones voisines se pigmentent progressivement et parallèlement à la dépigmentation des éléments, atteignant son maximum d'intensité lorsque ceux-ci ont totalement disparu.

Finalement, il reste un mélange d'ilots clairs et de marbrures pigmentées dont la largeur varie suivant le nombre et l'étendue des anneaux blanes, et qui reproduit exactement l’aspect de la syphilide pigmentaire.

C’est ainsi qu'évoluèrent les lésions chez Marthe B.

Observation IT (Personnelle)

Marthe B... 22 ans, bonne, entre le 13 février 1904, salle Goupil, n° 6, pour une blennorrhagie datant de quelques jours, et une syphilis dont le début a passé inaperçu.

Elle présente sur la face interne des cuisses, des plaques syphilitiques de la peau, formant de chaque côté un groupe irrégulier. Tout autour, quelques macules de roséole, bronzées,

en voie de résolution.

Sur la poitrine et le dos, roséole discrète formée de taches

cuivrées, peu nombreuses, Çà et là, quelques plaques cuta-

nées, psoriasiformes,dont les bords saillants etinfiltrés pâlissent

-et commencent à s’atténuer.

Sur le cou, on remarque un certain nombre de plaques cutanées d’assez fortes dimensions, ainsi que des éléments de

roséole, Sur le côté droit, ces plaques sont plus ou moins régu-

lièrement arrondies à bords saillants squameux, d’un rouge

sombre, l’une d'elles a les dimensions d'une prèce de 50 cen-

times, les autres sont plus petites et commencent à s’effacer. Trois ou quatre ne forment déjà plus aucun relief: elles sont

bronzées au centre, présentent un fin plissé épidermique et sont

entourées par une zone de { à 2 millimètres d’un blanc gri- P 8

satre.

Sur la nuque trois autres éléments présentent le même aspect; sur le côté latéral gauche, quatre plaques cutanées identiques.

En ayant, plaque papulo-squameuse de forte taille, au niveau de la région hyoïdienne. Ces divers éléments sont entourés par des macules de roséole en voie de régression et d’aspect Jaune brun.

Le 26 février, l’éruption rétrograde lentement; l’infiltration

s’atténue, les bords s’effacent et se rétrécissent, tandis que la

zone grisâtre qui les entoure s’étend progressivement de la péri-

phérie vers le centre. Bon nombre de taches de roséole ont disparu et sont remplacées in silu par des îlots blancs de mêmes dimensions, où l’on retrouve encore, en y regardant de près, un petit point central brunûtre.

En même temps, le cou prend dans son ensemble un teint bistré très net, qui se fonce et augmente d'intensité, à mesure que l’éruption pâlit. On assiste ainsi à la formation progressive

d’un réseau à mailles irrégulières, entourant des îlots dont les

uns sont uniformément blancs, tandis que d’autres, plus volumineux, possèdent encore un reliquat d'éruption plus ou moins marqué.

Le 20 avril, la malade revient à la consultation : toute trace d'éruption a disparu. Elle présente un superbe collier de Vénus

surtout prononcé au niveau des parties latérales où les mailles

sont d’un brun crasse, La pigmentation est moins accentuée en

avant et se termine insensiblement au voisinage du sternum.

Telle est, sommairement résumée, l'installation de la syphilide pigmentaire que nous avons journellement observée dans les salles de l'hôpital Broca.

Nous en avons eu sous les yeux une soixantaine de cas que nous pouvons diviser en trois groupes. Dans un premier, il faut placer les cas, au nombre de 16 à 18, où le collier était à son complet développement, lorsque nous avons vu les malades pour la première fois.

Sur ces 16 à 18 cas, un certain nombre de femmes avaient été soignées déjà dans le service et nous avons pu voir dans leurs observations que certaines avaient eu une éruption particulièrement remarquable sur le cou. Pour d’autres, on notait la roséole, mais sans faire aucune mention de la région cervicale, ces observations n'ayant pas été. prises en vue d’un travail analogue. Deux de ces observations ont, du reste, été publiées par M. Hulleu. ;

Dans un deuxième groupe, nous placerons les cas où les malades présentaient à leur entrée, une ébauche de

syphilide pigmentaire, et dont une douzaine sont

NME

publiés dans nos observations. Chez toutes ces malades, en même temps que ce début de pigmentation, on constatait une éruption plus ou moins intense au niveau de la région cervicale, Il s'agissait tantôt de macules de roséole, tantôt d'éléments plus volumineux, papu- Jeux ou folliculaires, et occupant les espaces laissés libres par les zones pigmentées.

Enfin dans le troisième groupe, nous rangerons les cas où les malades présentaient un exanthème syphilitique au niveau du cou, sans aucune trace de pigmentation anormale. Nous les avons suivis tout particulièrement pour la plupart, et nous avons assisté à la transformation des éléments éruptifs en ilots blancs, pendant que les régions voisines se pigmentaient à leur tour.

Nous n’avons pas eu la bonne chänce de rencontrer un seul cas, où la syphilide pigmentaire soit apparue dans le service sans aucune éruption antérieure, si légère soit-elle. Nous avons cru pourtant en observer

un chez la malade qui fait le sujet-de l'observation XVIIT. À une distance de cinquante centimètres, on percevail mal les détails et l’on pouvait parfaitement considérer l'affection comme primitive. La malade a vite dissipé notre illusion, car elle avait remarqué des taches rouges sur son cou, et nous-même avons fini par y découvrir des macules centrales rosées et finement plissées.

A quoi tient cette mauvaise fortune ? Nous n’en savons rien ; peut-être, est-ce parce que notre attention portait tout particulièrement sur ce sujet, et que les plus légères éruptions étaient recherchées avec un

soin jaloux,

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