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à ce moment, la maladie existait depuis neuf mois ; la malade s'était traitée elle-même pendant quelque temps. La conjonctive de l'œil droit était congestionnée dans toute son étendue, mais avec plus d'intensité dans les deux tiers externes de cet œil. Là étaient trois larges tumeurs; la plus volumineuse sié- -geait au niveau de l’insertion du muscle droit externe; quant aux deux autres, elles étaient placées l’une au-dessus de l’autre, la supérieure étant la plus étendue. Le tout ressemblait à un staphylome siégeant aux environs de l'équateur. Il y avaitun peu d’iriuis; la vision était légèrement diminuée; la tumeur du globe normale. Le diagnostic porté fut « Tumeur. » On prescrivitle traitement suivant: instillation d’atropine, iodure de potassium, vésicatoire à la tempe.
Le 22 juin, les tumeurs avaient grossi; on ordonna une pilule de mercure et d’opium trois fois par jour.
Le 25, la malade éprouva dans l’œil une violente douleur qui l’empêcha de dormir la nuit : on lui prescrivit unepilule d'opium à prendre au moment de se coucher.
Le 6 juillet, la tumeur la plus élevée avait disparu et les ‘autres avaient diminué; les gencives étaient irritées.
Le 20 juillet, pas d'amélioration : les gencives étaient encore très douloureuses ; le mercure fut suspendu.
Le 23, on ordonne de nouveau l’iodure de potassium.
Le 3 août, l’iodure est suspendu : la malade ne peut le supporter. On ordonne à la place du fer dyalisé.
Le 6 août, les tumeurs avaient augmenté d’étendue. La plus inférieure fut ponctionnée, mais il ne s’écoula que du sang.
Le 10 août, la tumeur que l’on avait ouverte était plus étendue que les autres ; quelques jours après, un ulcère s'était formé au niveau de la ponction.
Le 20, les tumeurs avaient acquis un volume considérable, et la douleur était si forte que la malade réclamait avec instance une intervention; la vue n'avait pas baissé. Il fut convenu qu’on l’anesthésierait et qu’on enlèverait les tumeurs.
Le 30 août, on pratique l’anesthésie (mélange de chloroforme et d’éther). Mais la malade opposa une si vive résistance à la première inhalation qu’elle fut congédiée.
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On la perdit de vue jusqu’au 10 septembre; à ce moment, elle souffrait beaucoup et les tumeurs étaient plus étendues que jamais : on ordonna de l’iodure de potassium, des sangsues à la tempe et de l’opium pour la nuit.
Le 14 septembre, le docteur Brailey ordonne un purgatif mercuriel ; l'œil fut bandé avec un linge trempé dans une solution dé belladone, et on fit des frictions belladonées autour du front. On continue l’iodure.
Quinze jours après, amélioration marquée, et au bout de trois autres semaines, guérison. Trois mois après, le rer janvier 1881, la malade revint pour une kératite interstitielle de l'œil droit. En mai, l’œil gauche se prit à son tour. Elle fut soumise au même traitement pendant plusieurs mois et guérit complètement.
RÉFLEXIONS
À première vue, cette observation ne paraît pas se rattacher à la question que nous traitons. Le cas fut publié par M. Higgens sous le nom de gomme dela sclérotique, et voici du reste ce qu'il dit à ce sujet dans son article: « Le premier cas (c’est celui que nous relatons) a déjà été publié (British medical jour-nal, 23 oct. 1880); mais au moment de cette publication, je n'avais pas reconnu la véritable nature de la maladie, et je l'avais appelée — un cas inusité d’épisclérite; —je suis redevable à M.Nettleship quiavait traité la malade avant moi, de l'exactitude du diagnostic. » Plus loin il ajoute : « Sous l'influence d’un traitement par l’iodure de potassium, les yeux s’améliorèrent, et vers le milieu d'octobre ils étaient entièrement guéris. La vision était normale; plus tard, en janvier 1881, la malade reprit le même traitement
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pour une kératite interstitielle intense des deux yeux, qui guérirent définitivement avec un léger nuage sur la cornée. »
La malade quia faitle sujet del’observation, a donc présenté une gomme de la sclérotique ; le diagnostic est avéré, ou du moins nous devons le considérer commetel, d’après l'affirmation du chirurgien anglais. Or, cette malade présente plus tard une affection de la cornée, décrite sous le nom de kératite interstitielle et quise développe d’abord sur le même œil qui, quelque temps avant.était atteint de tumeur gommeuse de la sclérotique. Cette affection de la cornée guérit définitivement sous l’influence d’un traitement spécifique; les détails de symptomatologie manquent malheureusement, etnousempêchent defaire un diagnostic rétrospectif certain. Cependant, malgré cette lacune, n’est-on pas en droit de supposer, sans trop de témérité, que cette kératite interstitielle intense survenant chez une malade qui avait déjà présenté des gommes de la sclérotique, qui est la continuation anatomique dela cornée, n’est autre chose qu'une gomme de cette dernière membrane.