OBSERVATION IV
La nommée Hélène G... entre à la clinique, le 10 août 1882, Elle est âgée de vingt-neuf ans etexerce la profession de marchande de poisson. L'histoire pathologique de cette malade se résume ainsi: Commeantécédentselle nie lasyphilis; maiselle
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a eu deux fausses couches, l’une survenue au deuxième mois de la grossesse, l’autre au troisième mois, puis deux enfants morts en bas âge, l’un, à trois mois, l’autre, à dix-huit mois.
Au mois de mars dernier, elle fut atteinte d’une affection de l’œil gauche qui dura environ sept semaines, et qui consista en un trouble de la vue s’accompagnant de rougeur et de larmoiement.
L'affection actuelle a débuté il y a un mois par un trouble progressif de la vue. Les yeux sont devenus rouges, larmoyants. La malade éprouve de temps en temps des douleurs lancinantes dans la région temporale, surtout à gauche ; un peu de photophobie.
Au moment de l'entrée on constate : Les conjonctives palpébrales sont injectées, surtout la droite; l’œil de ce côté est larmoyant.
Le globe de l’œil droit présente une injection intense surtout autour de la cornée : cette membrane est envahie par des vaisseaux à la partie supérieure. L’œil gauche présente à peu près les mêmes symptômes, mais à un degré bien moindre.
Les deux cornées présentent un trouble grisâtre, avec quelques points plus foncés; celle de l'œil droit est plus trouble, surtout dans sa moitié supérieure.
Les pupilles paraissent normalement dilatées.
L’acuité visuelle n’est que de 2/50.
On porte le diagnostic de kératite parenchymateuse double.
12 août. — Pommade au précipité jaune — Iodure de potassium,1 gramme — Atropine dans ja journée.
15 août. — Iodure de potassium, 1 gramme 50.
16 août. — [odure de potassium,3 grammes — Atropine. 2 septembre. — La malade sort en voie de guérison : le
traitement sera continué à la consultation gratuite.
RÉFLEXIONS
On peut dire que la malade a présenté tous les symptômes que nous attribuons aux gommes de la
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cornée. Un seul point reste obscur : c’est l’origine syphilitique ; cependant, n’est-on pas autorisé à l’admettre? Il est vrai que la femme Hélène G... nie la syphilis ; mais on sait combien il est difficile d'obtenir des réponses exactes de la part des malades que l’on interroge, surtout lorsque l’interrogatoire porte sur ces questions si délicates qui ont trait aux affections vénériennes. Nous avons vu pour notre part des personnes opposer les dénégations les plus formelles, alors que les faits étaient absolument évidents. Il est certain qu’en clinique, on doit le plus souvent se contenter de preuves qui ne sont pas toujours aussi concluantes que celles qui, chez notre malade, plaident en faveur de la syphilis. Nous voulons parler des faits presque pathognomoniques qui ont été signalés au début de l'observation : deux avortements successifs et deux enfants morts en bas âge.