‹ Contribution à l'étude de la Syphilis Cornéenne: Gomme de la cornéeChapitre 20 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Étiologie. — Symptomatologie. Diagnostic. — Pronostic. — Traitement.

Dans ce chapitre nous avons cherché à constituer l’histoire clinique des gommes de la cornée, d’après ce que nous avons pu observer nous-même, et d’après les renseignements qui nous ont été fournis par les diverses observations que nous avons étudiées dans les chapitres précédents.

Il est bien évident que nous n'avons pas la prétention de donner une description complète et absolue des tumeurs gommeuses de la membrane transparente. Notre seul but, est d'attirer l’attention des chirurgiens, afin que, lorsqu'ils se trouveront en présence d’une lésion cornéenne semblableàla nôtre,

LEE 53 se dé”eloppant chez un syphilitique à la période tertiaire, ils puissent se demander s’il n’ont pas à faire à une gomme de la cornée, et diriger dans ce sens leur examen et leur traitement.

ÉTIOLOGIE

La gomme de la cornée apparaît à la même époque que les autres gommes, c’est-à-dire à partir de trois ou quatre ans après l'apparition de l’accident primitif. Chez notre malade elle s’est développée au bout de la dixième année: c’est à peu près l’époque moyenne de l'apparition des accidents tertiaires.

C'est une affection peu fréquente. Fournier déclare que la cornée n’est que rarement affectée par la syphilis, et il en a vue la kératite interstitielle syphilitique. Les gommes cornéennes, qui nesont pour ainsi dire qu'une variété de kératite syphilitique, sont, à plus forte raison, rares, et c’est ce qui explique Ie silence des auteurs à leur égard.

SYMPTOMATOLOGIE

Les gommes de la cornée se rapprochent beaucoup par leurs symptômes de la kératite suppurative.

Symptômes objectifs. — On constate sur la cornée un trouble grisâtre, une infiltration qui devient chaque jour plus opaque, plus apparente.

À un moment donné cette infiltration présente un caractère qui, comme nous l'avons vu, a frappé plu-

SANTE sieurs observateurs : elle simule un abcès profond de la cornée. Cette comparaison est très exacte et rend compte non seulement de l'aspect, mais aussi du siège de la lésion. En effet, l’opacité se développe profondément, presque immédiatement au-dessous de la membrane de Descemet, comme nous avons pu le voir sur notre pièce anatomique, et comme on peut le constater sur la figure que nous avons jointe à ce travail.

Cette infiltration des couches profondes ne se développe pas sans provoquer quelques accidents inflammatoires : Outre les symptômes douloureux que nous étudierons plus loin en même temps que les signes fonctionnels, on voit apparaître une légère vascularisation, venant de la sclérotique, et qui converge à travers le parenchyme cornéen, vers l’infiltrat, au-devant duquel elle forme un fin réseau.

Le globe participe à l'injection, qui est surtout intense dans la région périkératique ; les vaisseaux de la conjonctive sont également injectés.

Enfin, un caractère particulier, qui a été signalé par Fournier, à propos de ce qu'il appelle la kératite syphilitique diffuse, et que nous avons retrouvé chez notre malade, c’est l’apparition à la circonférence de la cornée de petites papules ou papulo-vésicules, de coloration jaunâtre, et du volume d’une demi-tête d’épingle environ.

Si on examine la cornée au moyen de l'éclairage oblique, on constate qu’elle a conservé le brillant et le poli qu’elle présente à l’état physiologique. Ce moyen d'exploration permettra en même temps de se rendre compte de la profondeur de l'infiltrat.

Signes fonctionnels. — La maladie se révèle au patient par un trouble progressif de la vue qui va chaque jour en augmentant, à mesure que l’opacité devient plus forte. Ce trouble de Ia vision n’est pas dû seulement à la tache cornéenne, mais aussi à un léger degré d’iritis, qui, comme nous le verrons, accompagne le plus souvent l'affection de la cornée.

Outrele trouble visuel, le malade a de fa photophobie, du larmoiement, et des douleurs périorbitaires. Ces derniers symptômes, qui n’ont pas un caractère très aigu, peuvent, comme chez notre malade, être d’abord intermittents et devenir ensuite continuels.

Complications. — La gomme de la cornée s’accompagne le plus souvent d’iritis, cependant nous croyons que cette complication peut manquer comme dans les observations II, V, VI, IX. L'iritis, jointe aux autres symptômes inflammatoires, peut, jusqu’à un certain point obscurcir le diagnostic et faire ressembler l'affection à un abcès de la cornée, dont elle se rapproche un peu par les symptômes physiques. Cependant, nous croyons que l'affection irienne n’a pas les symptômes aigus.qu’elle présente lorsqu’elle vient compliquer une kératite suppurative ; par son allure subaiguë, par le peu d'intensité des névralgies qu'elle provoque, relativement aux symptômes inflammatoires, elle se rapproche plutôt de l'iritis syphilitique. Enfin, lorsque, comme dans l’observation X, on a affaire à une iritis condylomateuse, nous croyons que le diagnostic de la gomme de la cornée n’en est que plus facile et plus certain.

Page 1