‹ Contribution à l'étude de la Syphilis Cornéenne: Gomme de la cornéeChapitre 9 sur 26 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Cette observation a été publiée dans la thèse du docteur Couzomb.

Me Pot.…., 37 ans, se présente à la clinique du docteur Parinaud, le 11 janvier 1883.

On constate dans l'œil gauche une infiltration parenchymateuse, se présentant sous la forme de taches blanches, dont cinq ont le volume d’un grain de riz. Il y en a de plus

RÉ Dee

petites répandues dans toute l'épaisseur de la cornée, dont la substance n'offre pas l’opacification diffuse de la kératite interstitielle ordinaire. La plupart des taches occupent les parties profondes de la cornée, quelques-unes cependant sont assez superficielles, ainsi qu’on le constate à l'éclairage oblique.

Pas d’ulcération ni de desquamation trop prononcées de la surface cornéenne. L’iris se dilate bien par l’atropine, pas de synechies.

Injection périkératique insignifiante. Douleurs assez vives depuis huit jours.

Le trouble de la vue a débuté dans cet œil, il y a quatre mois.

On éclaire difficilement le fond de l'œil. L’œil droit présente une seule tache semblable à celle de l’œil gauche, sans iritis.

La syphilis est avérée ici : Le mari de la malade avoue avoir eu la syphilis il y a quelques années. Sa femme nous raconte que depuis deux ans elle a de grands maux de tête, surtout la nuit, des maux de gorge, qu’elle a perdu ses cheveux, qu’elle a eu des boutons sur le corps et principalement ur le ventre; elle se résigne à nous en montrer les cicatrices; elles sont typiques, déprimées, lissées, légèrement teintées sur les bords et arrangées en bouquet ou plutôt en croissant au-dessus du pubis. Elles témoignent d’une syphilis déjà ancienne.

M. Parinaud lui donne alternativement du sirop de Gibert et de l’iodure de potassium. Après deux mois de traitement, la kératite interstitielle a guéri sans laisser aucune trace.

Le 16 mai, la malade revient à la clinique pour de nouveaux troubles de la vue. Il ne s’agit plus de sa kératite qui est parfaitement guérie, mais d’une choroïdite spécifique double, très caractéristique de la diathèse et plus prononcée à gauche.

On la soumet à l’iodure de potassium etaux frictions mer

curielles.

RÉFLEXIONS

Cette observation nous montre une malade chez laquelle la syphilis est avérée et date de plusieurs années ; les accidents syphilitiques, qui sont décrits, dans l’observation, nous permettent de conclure que l'affection spécifique était dans la période tertiaire au moment où la malade fut atteinte de son affection cornéenne. Cette affection se manifeste par des symptômes tout à fait caractéristiques qui attirent l’attention du docteur Couzomb: voici ce qu'il dit à ce sujet: « Cette observation est intéressante à plusieurs titres, l'infiltration en grosses taches semblables à des abcès, — l'absence de vascularisation, — l’absence d'iritis. Elle nous montre aussi la syphilis attaquant sans merci l'organe de la vision. » Pour nous, cette observation est concluante: ces grosses taches ressemblant à des abcès, survenant chez un syphilitique à la période tertiaire ne sont autre chose que des gommes de la cornée. |

Page 1