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II. — Le père seul est syphilitique

Les observations où le père étant syphilitique, la mère saine et les descendants restés indemnes, sont nombreuses; mais elles ne doivent pas être considérées comme opposées à la transmission de la maladie par voie paternelle. Ces cas ne constituent qu'un ensemble de faits négatifs.

Ceux qui prétendent la non-hérédité paternelle de la syphilis s'appuient encore sur le fait suivant : le sperme des sujets syphilitiques inoculé à des sujets sains ne leur transmet pas la syphilis. On conclut de ce fait que la syphilis ne peut pas être transmise à l’ovule, et, par suite, à l'enfant. Cependant, la fécondation et l'inoculation sont deux termes tout différents, el si le sperme ne peut pas conférer la syphilis par simple ino-

NO G ve culation, il peut être apte à la conférer à l’ovule par imprégnation génératrice. Cette objection ne constitue done pas un fait sérieux pour nier l'influence paternelle.

La doctrine de l’hérédité paternelle repose sur les observations nombreuses de Diday, Trousseau, Ricord, Fournier, Bazin, Boerespung, Hardy, Hutchinson, Bassereau, Parrot, Lancereaux, Kassovitch, Riocreux et bien d’autres, où un père nettement syphilitique et une mère saine ont procréé des enfants criblés d'accidents syphilitiques.

Ilest done universellement admis que l’hérédité paternelle existe cliniquement, qu’elle peut s'exercer sur l'enfant, et cette hérédité, comme toutes les autres, n’est point fatale; elle est, au contraire, celle qui se traduit le plus souvent par la naissance d'un enfant indemne de manifestations syphilitiques. Elle se traduit bien plus souvent par la mort du fœtus que par la transmission de la syphilis en espèce à l'enfant.

La transmission de la syphilis paternelle se fait dans des conditions différentes.

A. — Le père, porteur d'accidents syphilitiques, infecte et féconde la femme tout à la fois. Dans ce cas, il est fort difficile, dans les accidents fœtaux, de faire la part de l’influence paternelle et celle de l'influence maternelle.

B. — Au moment du coït fécondant, le père ne présente plus de manifestations syphilitiques. Un tel homme peut-il engendrer un ‘enfant spécifique ? Des observations peu nombreuses mais probantes, signalées par Didier, Fournier, sont en état de nous faire accepter même cette influence paternelle, sur le produit de la conception. C’est la syphilis par conception.

«€ Une femme devient enceinte à la suite de rapports sexuels avec son mari, qui à présenté, il y a dix ans, des accidents

OT ER -syphilitiques, mais n’en a pas depuis plusieurs années. Il a été autorisé à se marier par le médecin qui le soigne habituellement. À aucun moment de la grossesse, cet homme n'a de lésions susceptibles de contaminer sa femme.

« Dans certains faits, bien observés, il n’y a presque pas eu de rapports sexuels après la conception. Et cependant, la femme (à l’abri de tout soupçon au point de vue des rapports sexuels extra-conjugaux) présente au cours ou à la fin de la grossesse, généralement vers le quatrième où cinquième mois, des lésions manifestes de syphilis secondaire, sans avoir jamais eu l'accident initial, le chancre. C'est la syphilis décapitée de Fournier ». (Ribemont-Dessaignes et G. Lepage) (1).

C'est donc l'enfant en puissance de syphilis de par son père qui transmet la maladie à sa mère.

Dans le plus grand nombre des cas d’hérédité paternelle, la mère parait rester saine. D’après certains auteurs, et Riocreux (2) en particulier, la mère a contracté une syphilis conceptionnelle très atténuée, -qui reste silencieuse, mais peut donner cependant, après quelque temps, des accidents souvent peu importants, mais parfois très graves.

La transmission héréditaire de la syphilis du père à l’enfant, la mère paraissant saine, est donc un fait accepté en l’état actuel de la science.

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