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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Dans les cas de mort prématurée du fœtus, nous l'avons dit, on trouve rarement des lésions anatomo-pathologiques. Chez les enfants mort-nés, au contraire, ces lésions sont presque constantes et affectent un grand nombre d'organes : tels sont l'hypertrophie du foie et de la rate, les abcès du thymus, les.

lésions osseuses, celles du cœuret des vaisseaux, enfin, celles du testicule.

A côté de ces altérations plus ou moins prononcées, on peut en trouver de moins fréquentes, localisées au système nerveux, aux reins, au tube digestif. Bien que la nature spécifique des altérations anatomiques des viscères ne soit pas toujours évidente, on doit les ranger parmi les lésions syphilitiques chez les enfants.

Nous allons reprendre l'étude de ces lésions dans chaque organe en particulier.

A. — Lésions syphilitiques du foie

Ces lésions sont très fréquentes et se produisent parfois dès les premiers mois de la vie fœtale.

La syphilis hépatique du fœtus où de l'enfant nouveau-né n'est pas comparable à celle de l'adulte. Cette différence anatomique provient, bien entendu, du mode de l'infection, qui

n'est point le même dans les deux cas. Les manifestations syphilitiques chez l’adulte sont disséminées dans le foie ; elles aboutissent plus où moins rapidement à la formation d'un tissu scléro-gommeux. Chez le fœtus, au contraire, le foie est infecté uniformément et en tatalité par suite de la circulation utéroplacentaire.

La syphilis hépatique qui se manifeste pendant la vie intrautérine, fait obstacle à la circulation veineuse du foie, et l’hydramnios ne tarde pas à apparaître. Par suite de l’augmentation de la pression veineuse intra-ombilicale, « une véritable ascite exlra-fœtale se produit : c'est l’hydramnios. Le volume du ventre de la mère peut alors prendre des proportions énormes (jusqu'à ! mètre 24 au niveau de l’ombilic). Les mouvements du fœtus sont obscurs, mal perçus ; l'utérus forme une vaste collection liquide, où l’on peut constater la sensation de flot. En même temps, surtout dans les cas d’hydramnios aigu, ou la sanglée abdominale ne s’est pas peu à peu laissé distendre, des troubles fonctionnels graves se montrent chez la mère : compression des organes abdominaux, des uretères, dyspnée croissante, vomissements, cyanose, douleurs lomboabdominales » (Chauffard) (1). Dans ces cas, le fœtus syphilitique succombe généralement avant le seplième mois, dans la proportion de 25 pour 100 (Bar). |

Chez le nouveau-né Ja syphilis hépatique est la forme la plus avancée de la syphilis fœtale. Habituellement, elle est accompagnée de bien d’autres manifestations de la syphilis héréditaire précoce : coryza, syphilides, plaques muqueuses, etc.

C'est Gubler qui, le premier, en 1852, a décrit d’une manière très satisfaisante les lésions syphilitiques du foie chez l'enfant.

(1) Chauffard, /raité de médecine, t. III, p. 898.

2" 60 = Chez le nouveau-né syphilitique, mort-né ou mort peu de temps après la vie extra-utérine, et atteint de syphilide hépatique, la première chose qui nous frappe à l’autopsie, c’est la périhépatile, qui établit des adhérences très résistantes entre le foie et le diàphragme.

De forme régulière et d’aspect lisse, le foie syphilitique est ferme et résistant. Il est plus volumineux qu'à l'état normal, et sa teinte habituelle rouge-brun a fait place à une teinte gris-jaunâtre comme le silex. Le tissu hépatique est dur, lisse, brillant, demi-transparent. Ses parties altértes ont une couleur que Gubler a comparée si justement à celle de la pierre à fusil (1). En outre, il est parsemé de petites granulations, qu’on a comparées à des graines de semoule et constituées par des amas de cellules embryonnaires. Cet aspect particulier du tissu hépatique a fait dire à Parrot que le foie syphilitique est un foie granuleux. Ces petites granulations occupent les espaces qui séparent les lobules hépatiques, et sont surtout disposées au pourtour des ramuscules de la veine porte. C’est l’hépatile interstitielle diffuse de Gubler.

Cornil et Ranvier (2) ont vu dans plusieurs cas ces granulations embryonnaires pénétrer au centre même des lobules du foie, en suivant les capillaires entre les cellules hépatiques.

Sous l'influence de la prolifération cellulaire, la veine porte peut être oblitérée dans son trajet intra-hépatique. C'est ainsi que P. Bar explique l’hypertrophie de la rate et l’épanchement séreux, quelquefois mêlé de sang, dans le péritoine.

(1) Gubler. Mém. de la Soc. de Biologie, 1859, t. IV, p. 25. (2) Cornil et Ranvier. — Manuel d'histologie pathologique. Paris, p. 912.

AE

Observation V (Personnelle)

Prise dans le service de M. le professeur Baumel

G... GC... âgé de 3 mois, né à Béziers. Filsde parents syphilitiques, entre dans le service clinique des maladies des enfants de M. le professeur Baumel, le 15 mai 1901. (Pour plus de détails, voir l'observation IV, page 54).

Couvert de manifestations spécifiques sur tout le corps, le petit G... meurt d’une broncho-pneumonie le 10 juin 1901, à 9 heures du soir.

Autopsie le 11 juin. — A l'auplosie que nous avons faite avec M. le docteur Blanchard, interne du service, nous avons trouvé des lésions des viscères thoraciques et abdominaux. La lésion la plus caractéristique qui nous a le plus frappé et qui fait l'objet de cette observation est celle du foie.

A l’ouverture del’abdomen, nous avons trouvé une légère périhépatite qui établit des adhérences peu prononcées entre le foie et le diaphragme.

Le foie augmenté de volume pèse 160 grammes. Sa surface dépolie est parsemée de jaune et de brun qui donne ainsi un aspect caractéristique du foie. Sur la face postéro-inférieure du foie et en particulier sur la zône latérale droite on voit une surface ayant la dimension d'une pièce de 5 francs, qui présente une coloration rouge-brun, teinte habituelle du foie.

A la coupe le lobe gauche qui paraît le plus atteint est d'une consistance dure et homogène. Il présente de petits points blanchâtres que Gubler a comparés à des graines de semoule. Vers le milieu du bord tranchant du foie ces granulations sont plus nombreuses et plus distinctes.

Le lobe droit, d'une coloration rouge-brun et d'une consistance ferme, est très friable. Il se laisse déchirer avec la plus grande facilité.

L'enfant ayant présenté au cours de sa maladie une contracture prononcée des membres inférieurs, nous avons prié M. le professeur

— 62 — | Bosc, d'examiner la moelle au point de vue anatomo-pathologique. A l'examen microscopique, on ne constate aucune altération de

la moelle.

B. — Lésions de l’estomac et de l'intestin

[est bien probable que la syphilis exerce des affections spécifiques sur l'estomac, mais il est difficile de savoir en quoi elles consistent. Oscr(1) a remarqué dans la tunique musculeuse de cet organe de petits nodules blanchâtres, de nature gommeuse, rappelant les grains de la semoule. Ces nodules, qui se trouvent encore dans la même tunique de l'intestin altéré, aussi bien que dans le foie, les capsules surrénales, ele., sont caractéristiques de la syphilis héréditaire, et sont constitués par des amas de cellules embryonnaires.

Comme celles de l'estomac, les allérations de l'intestin ne présentent pas une grande certitude. Nous avons déjà cité quelques particularités remarquees par Oser. Ce même auteur a vu aussi de petites ulcérations qui couvraient la muqueuse intestinale au niveau des plaques de Peyer. La paroi intestinale est épaissie et Forster (2) et Schott ont observé une tuméfaction des plaques de Peyer.

CG. — Thymus et pancréas

D'après Paul Dubois, le thymus présente très souvent des lésions syphilitiques. Il a trouvé dans cet organe un sue demiliquide, d’un blanc jaunâtre. Cependant, Parrot ne croit pas à

(4) Oser. — Arch. für Dermat. und Syph., 1871. (2) Forster. — Wurlzburg. med. Zeitschr., t. IV.

la fréquence de cette altération, car d'une part, la sécrétion normale de cette glande a l'aspect du pus et, d'autre part, une inflammation simple du thymus peut déterminer du pus. Ce sont deux éléments qui ont été à tort considérés de nature syphilitique.

Lehmann a constaté une fois l'existence de nodosités dans cet organe. Il rapporte leur présence à la syphilis, mais «elle paraît bien plutôt devoir être considérée comme une des modalités atrophiques que subit inévitablement le viseère » (Parrot (1).

En résumé, l’action de la syphilis sur le thymus est excessivement rare.

Cette même action est aussi rare dans le pancréas. Birch- Hirschfeld à trouvé sur 25 enfants atteints de syphilis 13 fois une sclérose de cet organe, qui avait plus ou moins détruit le tissu glandulaire.

D. — Lésions syphilitiques du cœur

La syphilis atteint beaucoup moins l'appareil circulatoire que l'appareil respiratoire.

Rosen parle de gommes congénitales du cœur; Wagner et Virchow ont observé la myocardite sur des fœtus mort-nés dont les mères étaient atteintes de syphilis. Kartow a observé de véritables foyers syphilitimateux dans les parois des ventricules du cœur chez les nouveau-nés et Coupland a trouvé que le cœur d’un enfant mort à 3 mois était hypertrophié, sur-

(4) Parrot. — La syphilis héréditaire et rachitis. Paris, 1886, p. 76.

HR HSTUEE tout du côté gauche et présentait de petites tumeurs gommenses. Forster a cité également une endocardite syphilitique.

Parrot a observé que les foyers de l’altération disséminés à la surface ou dans les profondeurs de l'organe présentent une grande analogie avec ceux du poumon. Dans le centre du cœur altéré il a constaté des noyaux arrondis de couleur jaune, tandis que les mêmes éléments à la périphérie présentaient une leinte rouge. Le muscle était fragmenté et converti en une substance réfringente.

En résumé, l'hérédo-syphilis atteint très peu le cœuretencore moins les vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques. Cepen- Cant les vaisseaux du cerveau sont plus souvent atteints.

E. — Lésions de la rate.

L’altération de la rate se rencontre dans la plupart des cas de syphilis héréditaire. Pour Samuel Gée, cette altération existe dans le quart des cas. Barlow l'a observée 22 fois sur 28 nouveau-nés syphilitiques.

Pour Parrot, elle est à peu près constante chez les enfants syphilitiques d’un mois.

La rate allérée est généralement augmentée de volume et de poids. Cette hypertrophie a été signalée par Cruveilhier, Friedrich, Vidal, Lancereaux et surtout Barenspring.

Parrot, qui a bien étudié la question, a constaté que chez les enfants de 5 à 10 jours, le poids de la rate est augmenté de 7.1 gr., qu'elle pèse, à l’état normal, 38 gr.; chez les enfants de 10 à 20 jours, au lieu de 9.3 gr. à l'état normal, la rate pèse 34.18 gr.. et enfin, la rate altérée d’un enfant de 45 jours pèse 11.30 gr.

Il ressort de ces chiffres que l'augmentation du poids de

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la rate altérée est d'autant plus forte, que la période est plus rapprochée de la naissance. Cette hypertrophie n'existe plus à partir de 3 ou de 6 mois ; elle diminue avec les progrès de l’âge.

On trouve aussi des gommes dans la rate altérée ; elle est ferme, élastique, d’une coloration grisâtre à la périphérie. D'après Beau, l'hypertrophie de cette organe existe toutes les fois que la circulation est gênée dans le foie.

Pour Gubler, les lésions syphilitiques du foie gênent la circulation hépatique et déterminent l’hypertrophie de la rate qui est intimement liée à ce premier organe.

Parrot pense que c’est une hypertrophie diffuse.

Hasland (1), sur 15% autopsies d'enfants morts de la syphilis héréditaire, à trouvé cet organe 55 fois atteint d’hyperplasie.

F.--- Lésions des reins.

Les lésions syphilitiques atteignent rarement les reins, et comme dans les poumons et le cœur,ces altérations sont le plus souvent nodulaires. Plus ces nodules sont anciens, plus leur diamètre est grand. Ils peuvent atteindre jusqu'à un centimètre de diamèire.

Sur l'organe coupé on voit que toutes ses substances ont leur aspect normal. Mais on constate par places des foyers de dimension et de coloration différentes.

On constate aussi une accumulation d'éléments embryonnaires le long des artères, qui se rencontrent également dans

(4) Hasland.— Hospt.Tidende 1882, 2 R IX 2-3, et Arch. f. Kinderheilh 1883, IV, p. 297.

br les pyramides où ils peuvent déplacer et déprimer les tubes.

Les capsules rénales peuvent aussi présenter. diverses altérations dues à la syphilis héréditaire.

Virchow a noté l'augmentation de volume de cet organe. Huber a signalé que, par suite de la dégénérescence graisseuse, la substance corticale prend un aspect jaune crème de lait.

Pour Parrot, Ollivier et Ranvier, l’organe augmente de volume, prend une teinte grise ou gris-rosé. [ls ont signalé la présence de petits nodules à la périphérie, qai ont un millimètre environ de diamètre, et qui ressemblent à des graines de semoule Ce sont des nodules cellulaires, semblables à ceux du poil.

G. — Lésions du poumon

a) Hépalisation blanche de Virehow. — Cette pneumonie blanche, bien étudiée par Parrot en 1877, et plus tard par Cornil, chez les enfants qui ont vécu pendant quelques mois, est caractérisée par une cachexie syphihtique du nouveau-né, au même titre que le foie silex de Gubler. Elle a été nommée pneumonia alba par Virchow, car le tissu pulmonaire altéré est blanc, plus rarement grisâtre. Cette lésion est disséminée sous forme lobulaire. C’est une infiltration partielle des alvéoles du lissu pulmonaire par des cellules épithéliales disposées régulièrement. Elle est le plus souvent limitée à la surface du poumon et occupe de préférence les parties déclives des lobes supérieur et inférieur. À Ta coupe, le tissu pulmonaire se présente sous un aspect brillant, d’une coloration d’un gris-blanc. Les nodules hépatisés sont lisses, durs, denses et crient sous le scalpel. Les lobules du poumon sont très nettement circons-

‘crits par des cloisons d'apparence fibreuse. Les alvéoles pulmonaires sont remplis de cellules épithéliales, le plus souvent si abondantes, qu'elles forment des cylindres solides qui prennent la forme des canalicules du poumon, et les obstruent complètement.

b) Gommes du poumon. — Observées par Depaul (1) ces pettes gommes font quelquefois saillie sous la plèvre. Le tissu pulmonaire ainsi altéré se présente sous une coloration jaunâtre caractéristique. Souvent le centre de ces gommes est ramollh el laisse à la pression s'échapper une matière caséeuse.

c) Broncho-pneumonie. — La broncho-pneumonie syphilitique a été étudiée par Balzer et Grandhomme. Elle se présente sous les quatre formes suivantes :

1. Broncho-pneumonie syphilitique à forme de congestion pulmonaire.

2. Broncho-pneumonte syphilitique avec hépatisation blanche, sans lésions bronchiques.

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