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I. — Hérédo-syphilis des centres nerveux

L'hérédo-syphilis de l'axe cérébro-spinal est très souvent méconnue par le médecin, soit parce que les parents la cachent où l’ignorent, soit parce que ces accidents nerveux ne coexistent pas avec aucune autre manifestation de nature syphilitique. Certains auteurs refusent même son existence, et Parrot considère que les altérations syphilitiques des centres nerveux sont fort rares. Cependant, si la syphilis acquise atteint le système nerveux, pourquoi admettre que la syphilis héréditaire ne l’atteigne qu’exceptionneHement? Ainsi, notre ami le docteur Martin, qui a bien voulu laisser à notre disposition son travail récent sur l’hérédo-syphilis des centres nerveux (1) a démontré que la syphilis héréditaire se localise assez souvent sur l'axe cérébro-spinal.

Ces lésions peuvent porter tantôt sur l’encéphale, tantôt sur la moelle, mais fe plus souvent ces deux parties sont atteintes simultanément.

Les altérations de la syphilis héréditaire des centres nerveux comportent une étude toute spéciale, qui dépasse le cadre de notre travail.

La méningite et l’hydrocéphalie étant l'expression clinique

(4) J.-N. Martin. — Hérédo-sypbhilis des centres nerveux et diplégie spasmodique de l'enfance. Thèse de Montpellier 1901.

KO IE la plus importante de la syphilis héréditaire cérébrale, et celle que nous avons pu observer plus directement, nous allons brièvement exposer leur étude.

[. — Méningite syphhtique

Le virus syphilitique peut atteindre le cerveau comme il atteint tous les autres viscères. Cette altération est le plus souvent accompagnée d'autres lésions viscérales de nature spécifique. Mais élle peut être isolée. La méningite syphilitique n’est pas douteuse et les cas de méningites guéries par le traitement anti-syphilitique en estune preuve éloquente. Drayfous, Barthélemy, Millard, Vallin, Blanch et bien d'autres ont vu des méningites d'enfants provenant de parents syphilitiques. Il existe de nombreuses autopsies dans lesquelles on a trouvé des altérations non douteuses de la dure-mère. Jurgens, cité dans la thèse de notre ami le docteur Martin, rapporte une autopsie avec les lésions suivantes : «un épaississement considérable de la dure-mère au niveau de la base du crâne, laquelle était le siège d’une légère hypérostose. Dans la zone de transilion céphalo-rachidienne, la dure-mère était très vasculaire; sa face interne dépolie est soudée à l'arachnoïde ». Les autopsies de ce genre ne sont pas rares. Dans le service des maladies des enfants, nous avons eu l’occasion de voir un Cas typique et des plus intéressants, qui a fait l'objet de la leçon d'ouverture du mois de novembre en 1900, de notre maître M. le professeur Baumel (1). Ayant suivi de

(4) Baumel. — Hérédo-syphilis à forme viscérale, principalement cérébrale chez l'enfant. Nouveau Montpellier Médical, A7 février 4904, p. 193.

SRE TER

près ce cas particulier, nous le résumons dans notre travail.

La méningite, même lorsqu'elle est de nature syphilitique, n'est pas toujours guérie par le traitement spécifique. Et en eflet, dans l'observation que nous citons plus bas, on peut voir que, malgré les apparences d'une amélioration assez considérable présentée au mois d'octobre par la jeune malade, elle ne tarda pas à succomber deux mois après. « À l'heure actuelle, nous ne Savons pas jusqu'où ira celte réduction déjà considérable », disait M. le professeur Baumel, dans sa leçon de clinique, quand il parlait de cette amélioration.

OBsERVATION VI (Résumée) (Recueillie dans le service de M. le professeur Baumel par M. Coustan externe, et publiée dans le Nouveau Montpellier Médical.)

(Méningite syphilitique.)

B... (Juliette), âgée de onze mois, entre le 18 octobre 1900, à l'hôpital Suburbain, crèche lit n° 2.

Née à terme, son allaitement est mixte ; elle a mis sa première dent à huit mois, sa deuxième, quelques jours après (incisives inférieures). Quinze jours plus tard, elle met les incisives supérieures.

Antécédents personnels. — Deux semaines après sa naissance, la petite Juliette présente du pemphigus, plus prononcé au talon gauche

Antécédents héréditaires. — Mère faible, anémique. Elle dit avoir de la leucorrhée dans l'intervalle des menstrues et souffrir de névral-

gies dentaires réitérées. Accuse de la céphalée nocturne. Elle à un premier enfant qui a huit ans aujourd'hui et qui se porte bien ; sa seconde grossesse se lermine par un avortement, à trois mois. Enfin, son troisième enfant est venue à terme, c’est celle qui nous occupe dans cette observation.

Pas le moindre aveu au point de vue syphilis. Mais les deux

re avortements et la céphalée nocturne doivent déjà nous mettre sur la voie. Quant au père, qui a fait son service militaire dans les colonies, la mère nous déclare qu'il serait bien portant.

Début de la maladie, il y a cinq mois, par une fièvre intense, par des vomissements de temps à autre, et une constipation presque continuelle. La malade a perdu la vue à huit mois. En même temps, elle a présenté cinq convulsions successives ; de la dernière il en est résulté un opisthotonos très prononcé. Depuis trois mois, raideur dans tous les membres.

Le 18 octobre, jour de son entrée dans la clinique, M. le professeur Baumel constate de l'extension forcée des pieds et découvre sur la langue et dans l’arrière-gorge du muguet très abondant. Faiblesse extrême ; facies pâle et amaigri; diarrhée verte. Quant au traitement suivi par la malade avant son entrée à l'hôpital, il consiste en friclions mercurielles et en l'administration d'iodure de potassium ; le traitement lui fit recouvrer la vue.

Diagnostic. — Méningite syphilitique et athrepsie tardive.

Traitement : 1° Borate de soude Miel rosat .

2° Eau de chaux Eau de laitue

âà 10 grammes.

à 30 grammes.

Sirop simple. . 60 — Teinture de musc V gouttes.

3° Iodure de potassium 0 gr. 20 Eau distillée. . 40 —

En 4 fois, dans du lait sucré.

28 octobre. — Amélioration, souplesse des membres qui revient d'abord au bras gauche et à la jambe droite, puis aux deux bras et aux deux jambes-simultanément.

La courbe des pesées effectuées depuis le 20 octobre jusqu'au 20 novembre, tous les quatre jours, nous montre,le 27 octobre et le 3 novembre, une diminution de poids ; à partir de cette date, une augmentation sensible.

19 décembre. — La mère retire son enfant, sensiblement amélivrée. Quelques semaines plus tard, nous apprenons que l'enfant est morte en état de fièvre, vomissements.

RE

- «On voit donc, par ce début de la maladie, que la fièvre, les vomissements et la constipation forment déjà le tableau de la méningite ; de plus, cette raideur de tous les membres ne prouve-t-elle pas l'envahissement de la base de l’encéphale? » (Baumel) (1).

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