OBSERVATION IX
Prise dans le service de M. le professeur Baumel et publiée dans la thèse de M. le docteur Fornari. Thèse de Montpellier 1900.
Le 22 janvier 1900, entrait dans le service de M. le professeur Baumel un enfant né à terme, le 21 décembre 1899, sans présenter aucune manifestation pathologique. Quinze jours environ après sa naissance, la mère s’aperçut que l'enfant ne remuait plus les bras ; il n'existait aucune contracture, les membres étaient au contraire comme disloqués et les mouvements douloureux.
A son entrée dans le service M. le professeur Baumel observe que les membres supérieurs sont atteints d'impotence fonctionnelle et que les mouvements provoqués sont douloureux.
Ces mouvements produisent au voisinage du coude gauche une crépitation fine ; il remarque de plus au niveau du cartilage juxtaépiphysaire supérieurde l'humérus gauche, une petite tumeur dure (exostose).
L'enfant présente un coryza très intense gênant la respiration, des exostoses au niveau de la face interne des tibias et une plaque d'alopécie au niveau du pariétal gauche. M. le professeur Baumel porte le diagnostic de maladie de Parrot.
I n'y a pas de syphilis avérée, mais la mère a présenté une violente céphalée survenant le soir vers quatre heures et disparaissant le matin ; céphalée, qu'elle aurait eue, il ÿ a sept ans, lors de la gestation d'une sœur aînée du petit malade.
La mère a eu d'autres grossesses el nous notons : un premier enfant mort à dix-huit mois, de rougeole; elle a eu sept enfants avant son mariage, et d’un père autre que celui de ses enfants ultérieurs. Après son mariage, elle a eu un second enfant mort à cinq ans de tuberculose mésentérique ; un troisième mort à huit ans de méningite; un quatrième, mort-né sans lésions apparentes et à terme.
Deux ans après cet accouchement, cette femme a une nouvelle grossesse, au cours de laquelle elle présente la céphalée dont nous avons parlé plus haut et accouche à terme d'un enfant du sexe féminin qui, vers l’âge de quatre ans, a présenté une ophtalmie sur la nature de laquelle nous ne sommes nullement fixés et qui aujourd'hui, âgée de sept ans, nous offre une déformation en lame de sabre des tibias avec hyperostose au niveau de leur face interne.
Une sixième grossesse se lermine par la naissance d'un enfant qui meurt au dix-huitième jour ; une septième grossesse survient et l'enfant, né à sept mois, présente, au dire de la mère, une inertie des deux membres inférieurs et meurt au dix-neuvième jour. C’est deux ans environ après celle dernière grossesse, qu'est survenue, le 21 décembre 1899, la naissance de l'enfant dont nous nous occupons.
D'après les renseignements donnés par la mère, tous les enfants seraient nés sans manifestation cutanée aucune,
M. le professeur Baumel soumet l'enfant, à sou entrée à l'hôpital, au traitement antisyphilitique : XX gouttes de liqueur de Van
— DD — -Swielen par jour, diluées dans 20 grammes d’eau distillée à prendre par cuillerées à café, une toutes les six heures, immédiatement avant chaque tétée. Il joint à celle médication pathogénique un traitement reconstituant, surtout au point de vue du développement osseux par le sirop de lactophosphate de chaux, qu'il prescrit à la dose de 10 grammes par jour.
Le 12 février, après vingt jours de traitement, l'enfant n’a plus de coryza, les fonctions des membres ont reparu, les mouvements ne provoquent plus aucune douleur et le bras droit a presque recouvré l'intégrité de ses fonctions ; on perçoit toujours l'induration juxta-épiphysaire du bras gauche et les hyperostoses des tibias.
Le 17 février, l'enfant sort complètement guéri de sa pseudoparalysie et on ordonne à la mère de continuer à faire suivre à l'enfant le traitement par le sirop de lacto-phosphate de chaux.
La mère, ayant très peu de lait, faisait prendre à son enfant, avant son entrée à l'hôpital, une certaine quantité de lait en plus de celui qu'elle lui fournissait elle-même. La suppression de cette nourriture complémentaire fit que l'enfant maigrit et M. le professeur Baumel crut devoir suspendre le traitement spécifique. Ce n'est qu'après la découverte de la cause du dépérissement de l'enfant que du lait lui fut de nouveau administré et le poids de l'enfant augmenta très rapidement.
b) A/tération des os du crâne. — Les lésions syphilitiques du crâne sont très caractéristiques et très communes. Cependant, M. Sevestre fait remarquer que les altérations sont moins caractéristiques que ne l'avait dit Parrot, qu'elles manquent ou sont peu appréciables, que leur présence n'est même pas un signe absolu de la syphilis.
Les manifestalions syphilitiques du crâne sont de Geux ordres :
a) Lésions ulcéreuses.
b) Lésions ostéophytiques.
Les ulcérations siègent en général au niveau des sutures.
Dear Re
Ce sont le plus souvent de simples érosions de la table externe, circonscrites, taillées à l’emporte-pièce et remplies d’un tissu mou, gélatiniforme. Plus rarement, ces altérations sont diffuses et aboutissent à une exagération de l’état poreux de l'os, qui semble rongé par les mites. Ces lésions se produisent toujours de dehors en dedans et sur le côté du crâne opposé au décubitus.
Les ostéophytes ne s’observent que plus tardivement. Ils sont généralement considérés comme une manifestation tardive de la syphilis héréditaire. |
Les ostéophytes se traduisent par des bosselures qui occupent les portions frontales et pariétales du crâne. Si la saillie frontale est double, on a le front dit olympien. La saillie médiane frontale présente le front en carène. Si les saillies pariétales sont exagérées, les sutures paraissent creusées en véritables sillons, et l’ensemble des mamelons postérieurs séparés par un sillon profond, ressemble à des fesses, d’où le nom de crâne naliforme donné par Parrot.
Le développement exagéré de toutes les parties des os du crâne donne l’Aydrocéphalie.
Si, au contraire, la soudure des sutures se fait prématurément on à la microcéphalie ou l’idiotie.
c) Lésions des 0$ courts. — La syphilis héréditaire peut attaquer également les os courts. Ces dernières lésions sont bien plus rares et consistent en production de véritables daetyhites syphilitiques, analogues au spina vantosa, mais se locali sant surtout aux extrémités des doigts.
| ee = |