HISTORIQUE
L'histoire de la syphilis héréditaire se confond avec celle de la syphilis acquise. Pendant longtemps on méconnut son origine, et Gaspard Torella (1498) crut que la syphilis héréditaire venait des nourrices et de leur lait.
C'est Georges Villa, en 1529, qui a soupçonné la transmission de la syphilis par hérédité et à ce sujet il s'exprime en ces termes : Quare parentes non generant polem infectam, cum materia quæ subjicitur pro generalione spermati sit infecta ? Cependant, ces doutes ont, plus tard, cédé la place à laffirmation de Paracelse, cité par Diday, à qui revient l'honneur d’avoir nettement affirmé la transmission héréditaire de la syphilis. Fit morbus hereditarium et transit a patre ad filium. « Le mal français naît seulement de Vénus, éerit-1l, ou 1l se transmet par hérédité ».
Plusieurs contemporains acceptèrent cette manière de voir, et en 1559, Pietro Rostinio devient encore plus explicite. « Quelques uns disent que la vérole est envoyée par Dieu pour punir la luxure. Si cela est vrai, pourquoi ne frappe t-il pas de maux plus graves encore ceux qui sont voleurs ou assassins ? Et les enfants qui, dans le ventre de leur mère, prennent le mal français, qu'ont-ils fait, eux ? »
Augier, Haschardius, Ferrier, admettent la transmission de la syphilis aux enfants. Ce dernier auteur précise même Îles trois manières dont peut s’opérer l'infection dans le sein de la mère.
Toutes ces opinions des auteurs remarquables du XVF siècle étaient bien vagues. L’affirmation que la syphilis pouvait être héréditaire ne reposait sur aucun fait sérieux.
La première observation clinique a été produite par Rondelet, en 1560.
Ambroise Paré a fait preuve d'une sagacité remarquable dans cette question des plus ardues. Il accepte, à l’exemple de Ferrier, les trois modes de transmission héréditaire de la syphilis. À partir de cette époque il fut généralement admis que la syphilis pouvait être transmise par hérédité. Moriceau, un des premiers, a défendu cette doctrine, et sous son influence, elle ne tarda pas à devenir presque générale.
Mais là s'arrêtent nos connaissances sur la syphilis héréditaire, car, plus tard, Astruc, Sauchez, n’ont rien ajouté à ce sujet et finalement Hunter nia catégoriquement l’hérédosyphilis. I n’admettait l'infection vénérienne des nouveau-nés qu'au moment du passage.
Plus tard, un fait purement administratif devint le point de départ d'un progrès considérable dans la connaissance de la syphilis héréditaire. Ce fut la réunion des enfants syphilitiques en un lieu unique, où on pouvait les observer longtemps
et régulièrement. C'est ainsi qu'à Paris les nouveau-nés syphilitiques étaient portés à Bicêtre et à la Salpétrière.
En 1780, fut créé l'hôpital de Vaugirard pour les femmes enceintes et les nourrices affectées de syphilis, où furent réunis aussi les enfants syphilitiques. C'est à partir de ce moment que la question de la syphilis héréditaire, d’une importance si considérable, fut de nouveau reprise et étudiée par Doublet, Faguer, Mahon. Cette époque reste remarquable par l’ensemble de faits et observations cliniques. Nous citerons le mémoire de Doublet sur les symptômes et le traitement de la maladie vénérienne dans les enfants nouveau-nés lu à l'assemblée particulière de la Faculté de médecine en 1781. Ce travail présentait un nombre considérable de faits et jetait sur les points les plus obscurs, les lumières d’une discussion vraiment scientifique.
Quelques années après, en 1810, paraît le célèbre Traité de la maladie vénérienne chez les nouveau-nés, les femmes enceintes et les nourrices, de Bertin. Rien d'aussi complet n'avait été fait jusque-là ; on y trouve de nombreuses observations ; mais l'analyse des manifestations syphilitiques des viscères fait complètement défaut et la provenance de l’hérédosyphilis soufre beaucoup dans sa clarté.
Plus tard, la question de la syphilis héréditaire fut portée à la tribune de l’Académie de Médecine, et Ricord, Trousseau, Lasègue, Gazeaux, etc., agitèrent ces difficiles problèmes avec une science vraiment remarquable.
En 1854, la Société de Médecine de Bordeaux couronna le travail de Diday, intitulé: Traité de la syphilis des nouveaunés et des enfants à la mamelle. Avec cet auteur, le problème de l’hérédo-syphilis semble tranché et son ouvrage reste classique de nos Jours.
C'est Gubler qui, le premier, attira l'attention sur les lésions
(ee
syphilitiques des viscères, et Gosselin, le premier en France, présenta quelques années après, en 1858, à la Société de chirurgie de Paris, un enfant de 10 mois syphilitique, atteint de fongus bénin du testicule.
Bryant, North, Wilks, médecins anglais, ont également signalé la syphilis viscérale chez l'enfant.
Citons les travaux de Profeta en Italie, ceux de Hutchinson et Carpenter en Angleterre et les recherches remarquables de Taylor en Amérique. Ajoutons, pour termiaer l'historique de l’hérédo-syphilis, que la question a été étudiée de nos jours plus particulièrement par Parrot, Fournier, pour ne citer que les plus célèbres, et qu'aux observations cliniques, si variées, si nombreuses, le microscope et l'anatomie pathologique sont venus, ces derniers temps, prendre la place qui leur convient.