‹ Contribution à l'étude de la syphilis larvée du nourrissonChapitre 11 sur 25 · POV AE · texte numérisé non relu

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La gnifie rien. Il semble exister, en effet, de multiples cas d’hérédo-syphilis ne pouvant être mis nettement en évidence par le Bordet-Wassermann, qui reste négatif, ou ne franchit pas la limite des constatations indécises. En 1908, Bar et Daunay ont montré que la présence de pigments biliaires, dans le sang des nouveau-nés, explique le retard de l’hémolyse et masque une réaction de Wassermann qui pourrait être légèrement positive. Ils mettent aussi en évidence que des nourrissons, ayant des lésions sûrement spéciliques, peuvent avoir une réact'on négative. Tout le monde admet maintenant ces conclusions, même avec le concours du Hetch et du Desmoulië-

res, plus sensibles. « L'examen du sérum, difficile chez le nourrisson, et qui aboutit si souvent à un résultat négatif, est toujours insuffisant. » (Leredde.)

Une statistique de Leroux et Labbé (1911) nous apprend que la réaction de Bordet-Wassermann est positive seulement 33 p. 100 des cas dans les syphilis héréditaires frustes et latentes, dans 68 p. 100 des cas d’hérédo-syphilis, avec rachitisme précoce. Enfin on la recherchera dans le liquide céphalo-rachidien et dans le liquide des épanchements des séreuses articulaires ou viscérales.

Parfois la réaction de Bordet-Wassermann est positive chez le nourrisson, négative chez la mère; l'inverse peut se rencontrer assez souvent. De nombreux cas ont été publiés. Bar et Daunay ont démontré qu’il n’y a pas une concordance absolue entre le sérum des enfants et celui des mères. D’après eux, la réaction de Wassermann est moins souvent positive avec le sérum des enfants qu'avec celui des mères, et inversement dans les cas où la syphilis maternelle est seulement probable ou suspectée, la proportion des résultats positifs est plus grande avec le sérum des enfants qu'avec celui des mères.

Leredde montre le parti que l’on peut tirer des altérations hématologiques. D’après ses recherches, sur 71 cas, 9 se rapportent à des enfants de moins d’un an et 10 à des enfants de 1 à 2 ans. Il ne trouva pas un seul « état hématologique »

normal. Les lésions essentielles sont l’hypoglobulie, associée souvent à une hypochromie, et l’augmentation du pourcentage des mononucléaires et des lymphocytes. Ces altérations sont communes aux infections chroniques. Chez le nourrisson, cependant, elle doit conduire à la recherche de l’infection spécifique, mais ici le pourcentage des éléments mononucléés est plus élevé que chez l’adulte. Pour Leredde, la coexistence chez plusieurs frères ou sœurs est un indice de syphilis. « Lorsque, sous l'influence d’un traitement, le nombre des hématies augmente, le taux de l’hémoglobine s'élève, tandis que la mononueléose s’atténue, le diagnostic étiologique se confirme. Les modifications peuvent être rapides. » (Leredde.)

Cette opinion n’est pas admise par tous les auteurs, et en

particulier à la dernière conférence de la syphilis héréditaire (7 octobre 1925), plusieurs pédiatres se sont élevés contre les conclusions de M. Leredde, en faisant remarquer que les altérations sanguines décrites sont banales chez le nourrisson.

Souvent, en l'absence de séro-réaction positive du liquide céphalo-rachidien on constate de l'hypertension, une leucocytose, en général légère, un excès d’albumine et la présence de globulines. Enfin, on peut trouver des spirochètes dans le liquide céphalo-rachidien (Benda, Dupérié, Rech).

Le traitement d’épreuve peut-il nous aider à établir le diagnostic ? Sous son influence on peut observer la réactivation de la séro-réaction, l’atténuation des altérations hématologiques et des altérations du liquide céphalo-rachidien. Pour Leredde ces éléments ont une certaine valeur.

Mais il faut un traitement intensif. Et chez certains petits êtres à foie déficient, une telle médication ne va pas sans entraîner quelques dangers. Il en est même chez qui, dès le deuxième ou le troisième jour on constate de l’anorexie, un amaigrissement rapide, une pâleur accentuée, des vomisse-

ments, une diarrhée profuse, de l’albuminurie, quelquefois de

l’ictère, en somme tous les signes d'une intolérance redoutable si l’on n'interrompt pas le traitement. Ces faits sont ce-

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pendant très rares et, en général, la médication instituée est bien supportée. Ainsi nous n'avons jamais observé de tels accidents dans le service du docteur Rocaz où nous sommes chargé des traitements spécifiques.

A côté de l’action tréponémicide des arsenicaux organiques, nous savons que ces mêmes médicaments peuvent avoir une action eutrophique améliorant tous les phénomènes de la nutrition générale. Le bienfait de leur administration peut donc ne pas être dû à leur action spécifique, et surtout dans les cas d’hypotrophie du nourrisson; nous voyons là une cause d’er-

reur de diagnostic. Cependant, nous notons que l'action spé-

cifique des arsénicaux est en général plus rapide que l’action entrophique.

On trouve parfois des organismes qui ont une résistance très manifeste pour certains médicaments, d'où nécessité, en cas d'échec, de changer la médication jusqu'au jour où l’on obtiendra des résultats satisfaisants.

Enfin, il est des cas qui ne sont nullement influencés par le traitement : une séquelle d’une lésion spécifique : l’encéphalite syphilitique par exemple.

Le diagnostic de la syphilis héréditaire « larvée » est, nous le voyons, bien difficile à établir. La clinique ne conduit pas toujours à une certitude puisque nous sommes presque toujours en présence d'une infection dégradée, atténuée, grave cependant par les affections locales qu’elle détermine. La réaction de Wassermann, trop inconstante, on ne peut compter sur elle. Enfin, nous savons les erreurs que peut entrainer, sur la confirmation du diagnostic étiologique, les résultats d’un traitement d’épreuve.

Sur quoi se baser ? Chaque signe qui fait partie de la liste des manifestations « larvées » de l’hérédo-syphilis n'ayant pas en lui-même une valeur diagnostique, nous nous baserons sur l’ensemble des signes. Plus les stigmates sont nombreux, plus on se rapproche de la vérité étiologique, surtout quand ces stigmates portent sur des appareils différents. L'his-

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toire du petit malade depuis sa naissance peut nous apporter quelques données renforçant notre présomption.

L'ensemble de ces signes doit conduire le médecin à l'interrogatoire discret des parents, à leur examen et aux recherches sérologiques. De cette seconde recherche peut naître une conviction qui aura la valeur d’un vrai critère. Que découvret-on souvent ? Une syphilis certaine, révélée par des aveux formels, ou par l'existence d’une manifestation évidente, qui ne laisse pas de doute (tabès, P. G. P.).

Parfois, antérieurement à la naissance du petit malade, la mère a eu plusieurs avortements, après le troisième, quatrième mois de la grossesse; parfois, dans une fausse-couche elle a expulsé un fœtus macéré; parfois, sans antécédents connus, sans fausse-couche antérieure, sans excès de liquide, elle accouche prématurément, sans cause appréciable, d’un enfant petit, débile, pesant un poids dérisoire. Détré a montré dans sa thèse (4912) que beaucoup de prématurés sont des syphilitiques méconnus. Aussi est-il bon, chaque fois qu’on se trouve en présence d’un prématuré, en dehors de toute cause accidentelle connue, ne présentant aucun symptôme spécifique, mais ne poussant pas franchement, de le soumettre au traitement. Parfois la mère nous signalera que l’accoucheur a constaté chez elle de l'hydramnios. C’est un cas où il est classique, sûr, de trouver la syphilis.

Il en est de même de ceux où, avec ou sans excès de liquide, il y a hypertrophie placentaire. Chaque fois que le placenta, au lieu d’être le sixième du poids du corps du nouveauné, en est le cinquième, le quart ou le tiers, il faut craindre la syphilis. Plus la disproportion est grande, plus l'enfant doit paraître suspect. Donc nécessité de peser toujours le placenta.

Dans certaines familles on relève une grande fréquence de gestations gémellaires. MM. Hutinel, Bar, Couvelaire, Marfan, ont signalé ce fait que les grossesses gémellaires sont fréquentes dans les mariages de syphilitiques — grossesse généralement univitelline, en relation très souvent avec la spécificité

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des géniteurs, « spécificité non acquise par les procréateurs, mais par les ascendants de ces procréateurs » (Bar, Couve laire).

La polyléthalité infantile est aussi intéressante à connaître. Le nouveau-né meurt dans les premières minutes ou les premières heures de la vie, même après un accouchement normal et spontané. Il crie faiblement, présente parfois des accès de cyanose et meurt. On essaie en vain de le ranimer par des

irictions, des bains chauds, rien n’y fait. Cependant on ne

constate rien d’évident. « Ils ont de l’inaptitude à la vie », comme disait A. Fournier. |

L'enquête familiale nous est en général d’un secours précieux, elle nous apporte souvent un concours très utile dans l'établissement du diagnostic; cependant, il ne faut pas oublier qu'elle peut parfois rester infructueuse ou être impossible (enfants abandonnés).

En résumé, nous voyons combien le diagnostic de la syphilis congénitale « larvée » est délicat. Nous la soupçonnerons toutes les fois que nous nous trouverons en présence d’une affection douteuse dont on ne peut trouver l’étiologie. Il faudra alors la rechercher par tous les moyens, et le laboratoire étant, dans ces cas-là, d’un secours minime, nous ferons souvent dans le doute un « diagnostic de sentiment » (Ribadeau, Dumas). Quoi qu'il en soit, même si les examens cliniques, si

les antécédents, si les examens biologiques sont négatifs en présence de symptômes ou syndromes douteux, où les thérapeutiques diverses ont échoué, il est indiqué de faire un traitement d’épreuve, et on obtient parfois une amélioration inespérée. Et si les résultats favorables du traitement n'’établissent . pas toujours la nature syphilitique de la lésion, ils fournissent néanmoins un signe de quelque valeur.

Observations prises dans le Service de M. le docteur Rocaz.

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