OBSERVATION IV
J.., 50 ans, manœuvre, entre à l’Hôtel-Dieu le 15 mars 1926, pour une cicatrice de phlegmon au bras droit, qui ne guérit pas.
Rien à signaler dans les antécédents héréditaires et collatéraux. Marié, deux de ses enfants sont morts à 7 et 11 ans de méningite; depuis, sa femme a eu deux
fausses couches.
ON
Nie la spécificité, mais sa femme présente un nez à squelette effondré, odeur ozéneuse; perforation du voile du palais.
En octobre 1925, le malade se brûle l’avant-bras droit; celui-ci enfle, devient douloureux, et J..… entre à l’Hôtel-Dieu à Saint-Sacerdos où on l’opère. Il en sort en décembre : sa plaie n’est pas cicatrisée et il souffre du poignet et du coude.
A l'entrée dans le service du Docteur Favre, le malade présente sur le bras droit 2 longues cicatrices opératoires : l’une à la face antéro-externe du bras, mesure 25 cm. et de la partie supérieure du membre se termine à 4 cm. environ au-dessous de l’olécrane:; l’autre sur la partie postérieure et moyenne de l’avantbras, mesure 12 cm.; elle est bordée d’ilots de pigmentation, réalisant par places des macules leucodermiques.
La cicatrise supérieure, au niveau de la région latéroolécranienne, s’ouvre pour donner naissance à une ulcération ovalaire de 5 cm. environ de hauteur sur 1 de largeur. Elle est rouge, bourgeonnante, sans décollement des bords, suppure peu, adhère aux plans profonds.
Le malade accuse une impotence absolue du bras : léger œdème de la main; les doigts sont demi-fléchis. L’immobilisation du poignet est à peu près complète ; cette articulation est tuméfiée. La douleur existe non seulement au niveau de l’interligne, mais aussi sur le dos de la main.
La palpation permet de sentir, sur les deux os de P’avant-bras, particulièrement sur le cubitus, des périostites étendues, dont on apprécie facilement les saillies par comparaison avec le côté opposé.
L'examen général ne révèle aucun signe pathologique; les réflexes existent. La pupille gauche réagit paresseusement à la lumière.
Note du Docteur Favre, 15 mars 1926. — Il s’agit d’un malade qui, à la suite d’une brûlure assez légère, a présenté un phlegmon très étendu, puis des ulcérations chroniques, enfin des accidents ostéo-articulaires d’une gravité telle qu’il était, à son entrée dans le service, privé de l’usage de son bras droit. Le point de départ de ces accidents a été insignifiant par rapport à ce qui l’a suivi.
Le chirurgien qui a opéré ce malade, nous dit qu’il s’est agi d’une suppuration étendue, mais non profonde et qu’il ne s'explique pas les accidents ostéo-articulaires qui se sont développés, ni la persistance d’ulcérations cutanées rebelles que rien ne parvenait à modifier.
La radiographie pratiquée montra l'existence, constatée déjà à l’examen clinique, de périostites nettes du radius et du cubitus, particulièrement dans leur partie moyenne et sur leur bord interne.
La cause d’accidents aussi étranges et disproportionnés avec le traumatisme initial nous eût certainement échappé sans la circonstance fortuite qui fit accompagner le malade par sa femme. Celle-ci était atteinte de lésions étendues du squelette nasal ; elle était affligée d’un ozène d’une repoussante odeur et présentait une perforation du voile du palais. Ce ménage avait eu deux enfants morts en bas âge de méningite, puis la femme avait fait deux fausses couches.
L’idée d’une relation possible entre l’existence d’une infection syphilitique et les accidents divers jusqu'ici inexpliqués, vint à notre esprit. Une réaction de Wassermann pratiquée chez le mari montra par son résultat très positif que nous étions dans la bonne voie. Le traitement d’épreuve allait le montrer bien mieux encore.
Dès les premiers jours du traitement, un changement frappant put être constaté. Les ulcérations cutanées qui duraient depuis des mois, se rétrécissent à vue