PRO
externe de la jambe droite à 5 cm. au-dessus des malléoles. Une ecchymose apparut, et le malade demeura 15 jours au lit; à ce moment, il vit survenir sur la région traumatisée, une grosseur du volume d’une noix, dure, ne roulant pas sous le doigt et recouverte de téguments noirâtres. Cette tuméfaction arriva peu à peu aux dimensions d’un œuf, tout en restant indolore.
En septembre 1923, 6 mois après le traumatisme, cette grosseur finit par s’ulcérer par son sommet, laissant s’échapper un liquide sirupeux, louche, sans odeur. La tuméfaction primitive disparut rapidement et fit place à une ulcération rebelle à toute cicatristion depuis un an.
A l’entrée, cette ulcération siège sur la partie inférieure de la face antéro-externe de la jambe droite, à 5 cm. au-dessus du dos du pied. Elle est ovalaire, à grand axe vertical, mesurant 5 cm. de long sur 2 de large; le fond présente des bourgeons charnus rouge vif, les bords sont saillants, non décollés et surmontent le fond de l’ulcération de quelques millimètres. A la périphérie, les téguments sont souples, sans pigmentation particulière; pas de cellulite douloureuse. Assez loin de l’ulcération, sur la moitié inférieure de la jambe, on note quelques îlots de dermite pigmentée.
L'examen général ne révèle aucun signe pathologique.
Note du Docteur Favre: 17 décembre 1924.— L’ulcère présenté par D... a été remarquable par son extrême ténacité et son étendue. Si la notion d’un traumatisme peut être relevé au début de ces accidents, elle n’explique guère le développement d’une tuméfaction lentement évolutive, indolore, ayant atteint le volume de la moitié d’un œuf de poule en quelques mois. Il en est sorti spontanément très peu de pus et cette grosseur s’est ensuite affaissée pour se transformer en un ulcère présenté par le malade à son entrée.
L’extrème résistance aux thérapeutiques communes, la notion de cette tuméfaction anormale précédant l’évolution des lésions cutanées nous fit rechercher attentivement s’il n'existait pas une infection générale susceptible d’expliquer la curieuse évolution de l’ulcère. La radiographie pratiquée donna des résultats inattendus. Du côté gauche, pas d’altération osseuse. Par contre, à la jambe droite, les altérations osseuses sont très accentuées; sur toute la hauteur du tibia et du péroné, des périostites bossèlent l’osl’engaînent de coulées très étendues qui remontent au-dessus de la lésion cutanée, dans le tiers supérieur de l'os.
On ne trouve en faveur d’une hypothèse de syphilis aucun autre argument que ces réactions osseuses et des troubles de l’évolution dentaire (microodontisme, écart des incisives médianes supérieures). La réaction de Wassermann est négative.
On institue néanmoins le traitement antisyphilitique: 4 gr. d’iodure de potassium et 2 pilules bleues par jour. En plus, le malade a reçu 5 injections de novarsenobenzol et 2 de quinby.
Le malade quitte le service le 7 décembre : après un mois de traitement antisyphilitique, cette ulcération qui avait résisté pendant plus d’un an au repos et aux thérapeutiques locales, est complètement cicatrisée.