CHAPITRE PREMIER
Définition, considérations générales et historique
Sous la dénomination de « SYPHILIS POST-TRAUMA- TIQUE », nous n’entendons désigner que les manifes-' tations syphilitiques ayant pour point de départ un traumatisme, chez des sujets déjà en puissance de syphilis, héréditaire ou acquise.
Nous écartons donc de ce travail les cas d’infection syphilitique à l’occasion d’une solution de continuité : tégumentaire ou muqueuse. Le fait est d'observation bien connue et, à lui seul, renferme presque toutes les circonstances étiologiques de la contamination syphilitique, la pénétration du tréponème se faisant à la faveur d’une effraction traumatique souvent infime.
Devant l’extension prise par la notion du traumatisme dans la terminologie médicale, nous croyons devoir préciser quelles en sont les variétés que
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nous voulons envisager. Le syphilitique peut, en effet, comme quiconque, présenter des plaies par instruments piquants ou tranchants, des plaies contuses, des brûlures, subir des fractures et des luxations, etc, en somme, des traumatismes externes. Il peut aussi subir des {raumaltismes internes, comprenant tous les « chocs » résultant d’un accès fébrile, d’une hypertension subite, de l'introduction dans l’organisme de substances diverses, etc Ces traumatismes d’un genre particulier, seraient susceptibles, chez des syphilitiques, de provoquer des manifestations spécifiques au niveau des organes intéressés, et, ainsi compris, le terme de Syphilis post-traumatique serait considérablement étendu.
Quelles sont, en effet, les manifestations syphilitique qui ne reconnaîtraient pas, à leur origine, un traumatisme au sens très général du mot ? En poussant aussi loin les choses, certains auteurs ont montré que les atteintes viscérales de la syphilis sont, d'ordinaire, provoquées par un agent traumatique physique, chimique ou même physiologique, et en donnent quelques exemples : la néphrite syphilitique apparaît fréquemment à la suite d’un coup de froid ; la cirrhose alcoolique du foie, dans les cas où elle est de nature syphilitique, serait consécutive à ce traumatisme si particulier, l’ingestion d’alcool (Milian). FL
La notion du traumatisme physiologique étend encore la syphilis post-traumatique à toute une autre série de lésions. La plupart de nos organes sont, en effet, soumis, au cours de leur fonctionnement nor-
mal, à des actions traumatiques d’ailleurs difficiles à définir, auxquelles il faudrait attribuer les différentes localisations de l'infection. Nous devrions donc, pour n’en donner qu’un exemple, ranger dans ce cadre les manifestations si fréquentes de la syphilis au niveau des veines des membres inférieurs, décrites par notre Maître, M. le Docteur Favre, sous prétexte que la paroi veineuse est soumise là au traumatisme incessant réalisé par le poids, la stase du sang et les contractions des muscles de la région.
On voit immédiatement quels immenses horizons seraient ouverts à la question et aussi la fatale exasération où l’on pourrait tomber. Seule, à notre avis, mérite de rentrer dans le cadre de la Syphilis posttraumatique une catégorie très spéciale de traumatismes physiologiques : nous voulons parler de ceux qui surviennent à l’occasion de la marche. Incontestablement, celle-ci peut provoquer au niveau du pied, des manifestations syphilitiques et des cas très caractéristiques en ont été publiés, notamment celui de Giacardy et Lodeon (Soc. Dermat. et Syphil., 10 juin 1926 : il s’agit d’un sujet syphilitique qui avait entrepris à pied le tour du monde). M. le Docteur Favre, a lui-même observé un cas analogue chez un chemineau, avec apparition à la plante du pied d’une ulcération et de lésions syphilitiques d’ostéo-périostite des métatarsiens.
Néanmoins, les objections sont faciles à opposer : on conçoit aisément, en ce qui concerne ces traumatismes internes et physiologiques, la trop grande part laissée à l’interprétation et la difficulté d'établir