HISTORIQUE
C’est Jean Astruc, médecin de Louis XV, auteur de lexpression « phtisie vérolique » demeurée classique, qui le premier, à tort ou à raison, posa un diagnostic de syphilis pulmonaire. C’était d’ailleurs un diagnostic d'impression étayé sur de bien fragiles arguments.
Mais c’est à Brambilla que revient l’honneur d’avoir le premier publié une observation de syphilis pulmonaire dont le diagnostic fut précédé du traitement d’ailleurs involontaire.
Cette observation que M. le professeur E. Sérgent rapporte dans son ouvrage Syphilis et Tuberculose, est tiré du Traité du Phlegmon que Brambilla fit paraître en 1777.
« On ordonna un électuaire pour un phtisique qui était dans une situation désespérée; par une méprise d’apothicaire, l’électuaire fut donné à un malade vénérien pour s’en frotter, et le phtisique reçut l’onguent mercuriel au lieu de lélectuaire pour le prendre à l’intérieur. Celui-ci, ne se doudant pas de la méprise, prit de cet onguent la
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grosseur d’une noix-muscade deux à trois fois par jour, et il fut radicalement guéri de sa maladie au grand étonnement du médecin, qui apprit ensuite, par hasard de l’apothicaire, comment la chose s'était faite. »
Cependant l’existence de la syphilis pulmonaire reste fort discutée jusqu’au milieu du xix° siècle. Les travaux de Laennec avivent la méfiance vis-àvis des interprétations antérieures trop hâtives. Lui-même ne croit pas à la syphilis pulmonaire, et pourtant, on peut se demander si les observations XIX et XX de son Traité d'auscultation rattachées à la tuberculose ne pourraient pas l'être à la syphilis. Et, en effet, les malades dont il s’agit présentaient certainement des lésions syphilitiques du foie.
Il faut bien reconnaître que, jusqu’à la découverte du bacille tuberculeux par Robert Koch en 1882, le diagnostic de syphilis pulmonaire était et ne pouvait être qu'un diagnostic d'impression, et la preuve en est que le nombre des cas de syphilis pulmonaire publiés avant la découverte du bacille de Koch, surtout au milieu du xix° siècle, est considérable, alors qu’àpartir de la découverte du bacille les observations .deviennent de plus en. plus rares. Par contre, le diagnostic de syphilis pulmo-
naire peut à partir de ce moment s’étayer d’arguments beaucoup plus solides.
La découverte du tréponème pâle, en 1905, par Schaudinn n’apporte pas d'éléments nouveaux à la solution du problème de la syphilis pulmonaire, du moins quant au diagnostic sur le vivant. En effet, le tréponème de la syphilis est un parasite de coloration délicate, et il existe de nombreux spirochètes pathologiques ou même saprophytes de l'arbre broncho-pulmonaire et de la bouche qui rendent fort difficile son identification certaine.
Le développement de l’anatomie pathologique apporte ici peu de lumières, car de l’avis de tous les histologistes aucune lésion n’est strictement caractéristique de la syphilis. Malgré ces difficultés, A. Fourier, Mauriac, Landrieux, Gamberini, Potain, Dieulafoy s’attachent par la clinique et l'anatomie pathologique à mettre en lumière les différents aspects de la syphilis pulmonaire.
A partir de 1905, le professeur E. Sergent, par de nombreux travaux, ne cesse d’attirer l’attention sur la fréquence des pneumopathies syphilitiques.
A l'étranger, Spangenberg en 1916, Paturo Mayer en:1917, Elizalde en 1920, Carrera en 1920 publient des observations de syphilis pulmonaire.
En: France, Mirande publie en 1921 un mémoire sur la question. En 1923, le professeur Letulle étu-
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die minutieusement des cas de syphilis pulmonaire et de sclérose systématique. Enfin, à partir de cette date, de nombreuses communications sont faites par P. Jacob, Léon Bernard, Besançon et M.-P. Weill.
Et cependant, malgré l’abondance et la qualité de ces travaux, malgré les précisions qu’ils nous
ont apportées dans tous les domaines, tant cliniques que radiologiques ou anatomiques, la syphilis pulmonaire reste impossible à caractériser par quelques symptômes qui lui soient vraiment particuliers, et son diagnostic est toujours un problème hérissé de difficultés.
M. René Benda a remarquablement mis en évidence les causes de ces difficultés :
1° La syphilis pulmonaire est rarement cantonnée en un seul segment de l’appareil respiratoire; elle est généralement intriquée à toute une série de manifestations bronchiques, pleurales et même médiastinales qui en rendent la schématisation fort
mal aisée.
2° Comme nous l'avons déjà vu, la syphilis pulmonaire ne présente pas, au point de vue anatomopathologique, de lésions caractéristiques permettant dincriminer la syphilis plutôt que la tuberculose ou telle autre maladie susceptible de pro-
voquer des lésions anatomiques de même ordre. D'ailleurs, la possibilité d’une association syphilistuberculose ne fait qu’augmenter la difficulté.
3° Les autopsies concernant les cas authentiques de syphilis pulmonaire sont rares.
4° Le spirochète .est difficile à mettre en évidence et peut être confondu avec des types morphologiquement voisins mais d’aspect banal.
° 5° L’absence de bacilles de Koch, ou la présence de lésions spécifiques dans d’autres viscères n’apporte qu’une probabilité à la cause de la syphilis
pulmonaire. Inversement la présence du bacille de Koch ne permet pas d’éliminér la syphilis puisque
syphilis et tuberculose peuvent s’associer.
Nous avons vu les multiples difficultés auxquelles se sont heurtés et auxquelles se heurtent encore actuellement les auteurs qui se sont attachés à l'étude de la syphilis pulmonaire. Le polymorphisme des lésions pulmonaires spécifiques rend très ardue la classification de ces lésions, aussi bien au point de vue clinique qu’au point de vue
anatomique.
Nous tenterons cependant de résumer 1 con-
PO es naissances actuelles sur la syphilis puliionairé à la lumière des travaux parus ces dernières années.
Nous étudierons séparément la syphilis pulmofaire héréditaire et acquise.
Dans le cas de la syphilis acquise nous aurons à distinguer la syphilis pulmonaire secondaire et la syphilis pulmonaire tertiaire. Dans chacüne de ces éventualités nous joindrons à l’étude clinique ünè courte étude anatomo-pathologique.
Enfin nous confronterons à cette étude théorique deux observations de malades que nous avons pu examiner personnellement et une troisième déjà publiée par M:le professeur René Moreau et qu’il a bien voulu! nous permettre de reproduire ici;