Caractères macroscopiques
A. Aspect extérieur de la moelle
Une moelle syringomyélique, vue sur la table d'amphithéâtre, avant toute incision, présente un aspect tellement caractéristique, que Ton pourrait faire le diagnostic de la lésion par la simple inspection. En effet, la forme delà moelle, au lieu d'être cylindrique, est aplatie, on dirait presque rubanée ; elle ressemble à un gros vaisseau distendu par une moyenne quantité de liquide ; on pourrait encore la comparer à un sac très allongé, un peu irrégulier, et tremblotant, taut la fluctuation est évidente.
Nous avons, de plus, pu constater sur la moelle que nous possédons (V. obs. 11) des cannelures^ c'est-à-dire de véritables sillons déterminant une légère dépression à la périphérie de l'organe ; ces cannelures sont verticales et rectilignes ; elles sont surtout manifestes sur la face antérieure, l'une occupe la place du sillon antérieur, de sorte que la moelle ressemble aux deux canons adossés d'un fusil de chasse. Cependant ces cannelures n'existent pas sur toute la hauteur de l'organe ; on ne les retrouve que lorsqu'il y a une cavité considérable.
Cette apparence de la moelle est donc très caractéristique. La forme peut toutefois subir quelques variations, dues aux modifications de volume de certaines parties de la moelle : le renflement cervical, siège de prédilection de la lésion, présente parfois une augmentation de volume considérable, au point de combler le canal rachidien ; au-dessus et au-dessous de ce renflement, la moelle parait étalée ; vers la partie inférieure de la région dorsale, la forme arrondie tend à reparaître ; d'ordinaire l'aspect de la moelle lombaire est normal.
Si on palpe une moelle atteinte de syringomyélie, on se rend compte de l'altération de sa consistance ; elle est molle,
et on constate une fluctuation des plus évidentes, indice du contenu liquide. Si la cavité est insigniiiante par rapport au volume du néoplasme, on perçoit un cordon ferme, dur, donnant la sensation d'une tige rigide implantée dans la moelle ; cette consistance spéciale appartient précisément au gliome, qui, dans ces cas, constitue une véritable tumeur.
B. Câvité
Lorsqu'on pratique une coupe transversale de la moelle on y constate la présence d'une cavité. Pour en étudier la forme etrétendue,ilfaut pratiquer une série de coupes transversales à des hauteurs différentes.
1° Nombre. La cavité est d'ordinaire unique ; généralement elle est assez volumineuse, et très facilement visible à l'œil nu. Assez souvent cependant il y a deux ou même trois cavités; elles peuvent toutes être indépendantes Tune par rapport à l'autre ou communiquer entre elles ; souvent elles sont situées à des hauteurs différentes. Nous laissons de côté ici les excavations rudimentaires, qui existent en plus ou moins grand nombre dans le gliome, et qui ne sont visibles qu'au microscope.
2° Forme. La forme de la cavité est également variable. A son origine, elle est tantôt arrondie, ressemblant par conséquent au canal central, tantôt et plus souvent elle représente une fente allongée, obliquement dirigée, qui s'élargit, se renfle progressivement, pour diminuer de même, et se termine comme elle avait commencé, après avoir parcouru une certaine étendue de la moelle.
La forme de la cavité, dans les régions oiî elle présente ses plus grandes dimensions, est d'ordinaire elhptique; le grand diamètre est parallèle au diamètre transversal de la moelle: Lorsque le liquide qu'elle contenait s'est échappé, elle est souvent tellement aplatie qu'elle se réduit à une simple fente : la partie antérieure vient presque en contact avec la paroi
postérieure ; dans ces cas, on a quelquefois signalé une sorte d'étranglement médian: la cavité afTccte alors la forme d'un huit de chiffre transversalement couché ou d'un sablier horizontal. Mais cette forme si régulière est exceptionnelle, et la cavité centrale peut présenter des prolongements, des diverticules sinueux ou angulaires, au nombre de trois ou quatre; quelques-uns de ces prolongements peuvent parcourir toute l'épaisseur de la moelle et même en atteindre la périphérie.
3° Dimensions: a) tî^ansversales . La cavité a des dimensions très variables: tantôt elle ne mesure pas plus d'un demi-millimètre de diamètre, tantôt elle pourrait contenir une aiguille à tricoter; d'autres fois on y ferait pénétrer l'extrémité d'une sonde; parfois on pourrait facilement y introduire un crayon, comme c'était le cas dans no tre observation II, ou même l'extrémité du petit doigt. Le plus souvent les dimensions transversales l'emportent ; ainsi le diamètre transversal peut mesurer 6 à 8 millimètres, et même un centimètre, tandis que le diamètre antéro-postérieur ne mesure que deux ou trois millimètres. La cavité présente ses plus grandes dimensions au niveau de la région cervico-dorsale.
b) verticales. Elles sont encore plus variables que les dimensions transversales. La cavité peut dans certains cas être suivie sur presque toute la hauteur de la moelle : elle peut même se continuer jusque dans la moelle allongée, s'insi nuer sous le plancher du quatrième ventricule, ou s'ouvrit dans ce ventricule ; elle peut, d'autre part, descendre jusque dans le filum terminale. Mais il est exceptionnel de voir la cavité occuper une si grande hauteur; le plus souvent elle se limite, et son siège de prédilection est le renflement cervical, d'où elle s'étend au tiers inférieur de la moelle cervicale et aux deux tiers supérieurs de la moelle dorsale. Dans quelques observations, la cavité s'était limitée au renflement lombaire.
Lorsque la tumeur est visible à l*œil nu, ce qui arrive très souvent, on peut se rendre compte des dimensions réciproques de la cavité et dugliome. Dans un certain nombre
de cas, ils présentent la même longueur; mais dans le plus grand nombre de cas, il n'en est pas ainsi ; la cavité est plus courte que la tumeur; Wichmann a remarqué que lorsqu'il s'agit d'une tumeur cervicale, la cavité se prolonge uniquement en bas ; s'il s'agit de tumeur dorsale la cavité se dirige en haut ; dans certains cas enfin, elle se dirige à la fois en haut et en bas.
4" Diverticiiles. Chemin faisant, la cavité peut donner naissance à des diverticules, qui se recourbent, s'allongent, finissent par devenir parallèles à la direction de la cavité primitive^ et suivent un trajet ascendant ou descendant; on pourra ainsi, sur des coupes pratiquées à diverses hauteurs trouver deux ou même trois cavités distinctes,
5° Siège. La cavité occupe surtout la substance grise centrale de la moelle, qui, à ce niveau, peut avoir totalement disparu ; elle peut refouler la substance blanche ou bien empiéter sur elle, atteindre môme la périphérie de la moelle et venir au contact de la pie-mère : il ne reste qu'un peu de substance médullaire pour former une paroi à la cavité.
Son siège primitif presque constant est le voisinage du canal central, c'est-à-dire, le tissu périépendymaire ; le plus souvent la cavité se trouve derrière ce canal central, prenant la place de la commissure grise et envahissant ensuite les cornes posrieutéreset la partie antérieure des cordons postérieurs^ s'étendant en avant du côté des cornes antérieures. La commissure antérieure et les cordons antérieurs sont d'ordinaire respectés. Nous reviendrons un peu plus loin, avec plus de détails sur la topographie de la lésion.
6° Contenu. Le contenu de la cavité est généralement un liquide clair, limpide, rappelant par ses caractères physiques le liquide céphalo-rachidien. Sa quantité doit être variable, et varie sans doute d'un jour à l'autre, de sorte que la pression exercée par le contenu liquide sur les éléments ambiants doit être soumise à de grandes différences de tension. Quelquefois le liquide au lieu d'être clair est plus ou moins louche, parfois même il est brun-rougeâtre, mélangé d'ime cer-
taine quantité de sang. Sa consistance ordinaire est séreuse ; quelquefois elle devient visqueuse^ pâteuse ; on a même décrit des masses gôlatiniformes remplissant la cavité ou la future cavité, comme cela avait lieu dans le cas de Strumpell, qui a signalé ces masses mollasses, gélatini formes, au centre d'un gliome non encore excavé.
7" Paroi. Même à l'œil nu, on voit que la cavité est tapissée par une membrane assez épaisse, nettement limitée, d'apparence libreuso, se distinguant souvent de la façon la plus manifeste du tissu médullaire. Dans certains cas, comme nous le verrons, cette paroi est la coupe même de la tumeur, qui est un véritable néoplasme. L'épaisseur de la paroi paraît en raison inverse des dimensions de la cavité : lorsque la cavité est très considérable, la paroi est mince, elle est réduite à une simple bordure ; le reste de la substance médullaire subit une sorte de tassement ; lorsque la cavité estrudimentaire. le gliome est plus volumineux ; dans ces cas, la membrane limitante peut faire défaut et être remplacée par le gliome luimême. Cette paroi donne souvent naissance à des papilles qui font saillie dans la cavité,
8° Gliome. Le gliome est également très nettement visible à l'œil nu ; le plus souvent, il a l'aspect d'un corps étranger, d'une tumeur allongée, située dans le centre de la moelle, et se distinguant aisément du tissu médullaire par sa couleur et sa consistance. Nous Tétudierons avec plus de profit avec l'aide du microscope.