‹ Contribution à l'étude de la syringomyélieChapitre 41 sur 63 · Renaut. Archives de Physiologie · texte numérisé non relu

Renaut. Archives de Physiologie

puyant sur des recherches embryologiques et sur les données de l'anatomie comparée.

Cette dernière opinion nous paraît la plus vraisemblable. Lanévroglie, en effet, diffère du tissu conjonctif ordinaire par son origine ; en effet, tandis que le tissu conjonctif est un dérivé du mésoblaste, la névroglie est un produit d'origine ectodermiqiie ; elle se développe surtout dans la région qui deviendra le futur canal central : c'est là où on la trouve en plus grande quantité; mais elle existe également dans la substance grise et en moindre quantité dans la substance blanche. Elle se forme par une diflérenciation des cellules épithéliales de l'épendyme, et les fibrilles qui la constituent, comme nous aurons l'occasion de le décrire, sont en tout comparables au protoplasma filamenteux que M. Ranvier a décrit dans le corps muqueux de Malpighi. Ce rapprochement est légitime, puisque nous sommes en présence de deux produits d'origine ectodermique. Mais M. Renaut a poussé ses investigations encore plus loin; il a démontré et établi que les cellules de l'épendyme ne différaient pas sensiblement des cellules nerveuses ; considérées dans leur essence, ces deux variétés de cellules seraient même très voisines ; elles pourraient se transformer en cellules nerveuses, et dans de certaines conditions se substituer à ces cellules ; en un mot, pour employer l'expression de M. Renaut, elles ont la neurilité à ïétat latent. La névroglie n'est donc pas simplement du tissu conjonctif ; elle en diffère par son origine et par ses propriétés.

Cette opinion vient de trouver une nouvelle confirmation dans un travail, tout dernièrement paru , de M. Chaslin (1). M. Chaslin a eu l'occasion, dans des recherches surlagliose cérébrale, de démontrer que les réactions histo-chimiques permettaient également de différencier ces deux tissus : « En « effet, dit-il, ces éléments, sur des coupes faites après le « bichromate résistaient à l'action successive de la potasse à « 40 0/0 pendant dix minutes, du lavage à l'eau et de l'acide

\. Chaslin. Journal des connaissances médicales. N» 12. 1889.

« acétique concentré; ils restent colorés en rouge par le « picrocarmin qu'on a fuit agir après le lavage à l'eau et ils se « conservent aussi dans la glycérine i'ormique. Le tissu con- « jonctif traité de même se gonfle et se décolore. Enfin une « coupe de moelle traitée de la même façon montre la pie- « mère gonflée et décolorée, tandis que la névroglie reste « intacte. Ce n'est pas tout: après l'action de l'alcool au tiei-s « ces fibres restent colorées par le carmin, tandis que toutes « les autres sortes de tissu conjonctif du corps que nous avons « essayées se décolorent. »

Nous avons répété sur des coupes de syringomyélie gliomateuse la série des réactions chimiques, indiquées par M. Chaslin, et nous avons pu ainsi nous rendre compte de l'exactitude de ses observations ; la potasse à 40 0/0 n'altère pas le gliome, ne l'empêche pas de se colorer.

Si la névroglie est distincte du tissu conjonctif par son développement embryonnaire et par ses caractères histochimiques, il est aisé de concevoir qu'elle doive réagir autrement que ce tissu conjonctif : ses altérations pathologiques doivent être différentes.

La gliomatose doit donc être considérée, comme l'a d'ailleurs dit Schultze, comme une affection spéciale de la névroglie : c'est, sans doute, à la fois une hyperplasie et une hypertrophie de la névroglie. Dans une classification des tumeurs sa place serait bien plutôt à côté des épithéliomes que des sarcomes. Lorsqu'elle revêt la forme diffuse on pourrait croire qu'on se trouve en présence d'une sclérose, c'est-à-dire d'une inflammation chronique du tissu conjonctif : pour marquer l'analogie de cette altération avec les processus inflammatoires, Schultze lui a proposé le nom de gliose. Et de même que M. Chaslin établit dans son travail, que certaines scléroses cérébrales sont en réalité des glioses,nous croyons que certaines affections décrites sous le nom de scléroses centrales de la moelle dépendent en réalité de la gliomatose.

Structure du gliome

Lorsqu'on examine une coupe de moelle syringomyélique, traitée par le picrocarmin, on constate que le gliome, malgré son aspect uni, présente en réalité une structure fibrillaire ; si on dissocie un fragment, on voit qu'il est constitué par une série de fibrilles d'une ténuité extrême, s'entrecroisant dans divers sens et ayant pour point de départ des cellules.

Ces cellules, dans le gliome, peuvent revêtir les formes les plus diverses ; souvent elles sont arrondies avec un noyau très évident ; d'autres fois elles ont une forme irrégulièrement triangulaire ou polyédrique ; le corps cellulaire présente un protoplasma rare et finement grenu. Le plus souvent elles présentent tous les caractères des cellules araignées^ donnent naissance à de nombreux prolongements. Le centre est occupé par un noyau arrondi, volumineux, présentant quelquefois un nucléole dans son intérieur; le noyau peut aussi être double. Il est aisé de reconnaître que ces cellules sont analogues à celles qui existent dans la névroglie, avec cette différence qu'elles sont beaucoup plus nombreuses que dans la névroglie normale. Quant aux filaments, qui partent de ces cellules, ils sont en nombre très variable; leur longueur n'est pas fixe non plus, et on peut parfois dans une préparation suivre ces fibrilles sur une grande étendue ; leur trajet est tantôt rectiligne, tantôt ondulé, parfois rétrograde. D'après M. Ranvier (1) ces fibrilles ne se ramifient pas et ne s'anastomosent pas; elles sont d'origine protoplasmique, et prennent naissance dans une cellule; M. Ranvier les compare au protoplasma filamenteux qu'il a décrit dans la peau. Ces fibrilles, considérées en masse, décrivent des réseaux inextricables ; elles s'entre-croisent de temps en temps, et an point de jonction de deux fibrilles, on observe de petites nodosités,

1. Ranvier. Bulletins de l'Académie des sciences. 5 juin 1882.

ou points nodaux; ce sont peut-être des cellules réduites à leur noyau, de véritables corps nucléaires.

A côté de ces fibrilles extrêmement ténues, qui sont de beaucoup les plus nombreuses, nous avons rencontré sur un certain nombre de coupes des fibrilles beaucoup plus épaisses, puisqu'on pouvait les distinguer à un faible grossissement; ces fibres, qui ne nous ont pas paru occuper de régions spéciales, sont disséminées dans la néoplasie; elles peuvent même se rencontrer dans le voisinage de la lacune centrale. Ces grosses fibres, mesurant au moins quatre ou cinq fois le diamètre des fibrilles ténues, formaient des paquets allongés, sinueux, irrégulièrement tordus sur leur axe; elles ressemblent tout à fait à des fragments d'étoupes tordus sur euxmêmes.

Toutes ces fibrilles laissent entre elles de petits espaces allongés, fentes rudimentaires, renfermant du liquide, des détritus granuleux, et quelquefois des fibrilles isolées très ténues.

A côté de ces éléments propres au gliome, il y a des vaisseaux qui ont pour origine les vaisseaux importants qui existent normalement au voisinage du canal central. D'après M"" Baumler, il existerait dans le gliome une artériole principale à direction longitudinale, qui donnerait naissance à des rameaux et finalement à des capillaires qui seraient placés dans un plan horizontal ; ceux-ci se ramifieraient et s'anastomoseraient entre eux, de façon à former un riche réseau dans la tumeur. Dans un certain nombre de cas, ces vaisseaux étaient absolument sains, com-me l'a observé M"" Baumler. Mais dans un grand nombre de cas ils étaient altérés, et présentaient un épaississement considérable de la paroi, surtout de la tunique externe. Les auteurs ne font pas mention d'oblitération vasculaire. Les vaisseaux paraissent moins nombreux près des bords de la cavité ; par contre, ils sont très abondants à la périphérie du gliome.

On a décrit plusieurs variétés de gliome, suivant la prédominance de tel ou tel élément: ainsi lorsque l'élément

fibrillaire domine, on appelle la néoplasie rjliome ou neurogliome; lorsque, au contraire, la prolifération porte surtout sur les cellules, on a la variété gliosarcome; lorsqu'il y a un développement anormal des vaisseaux, le gliome devient télangiectasique ; enfin dans certains cas, on peut y trouver des masses en voie de ramollissement; d'où myxogliome. Ces diverses variétés peuvent d'ailleurs se trouver réunies dans une même moelle.

Schultze (1) a décrit deux formes principales de glioma-

tose.

Dans la première, forme infiltrée ou diffuse, il y a bien liyperplasie des éléments de la névroglie, mais il n'y a pas de tassement ; et si on considère combien la névroglie se rapproche du tissu conjonctif, ou comprendra que certains auteurs aient pu prendre pour de la sclérose cette prolifération spécifique de la névroglie. Schultze pour bien marquer les analogies de cette forme avec les lésions d'origine inflammatoire lui a proposé le nom de gliose. En même temps il a montré les différences histologiques qui existent entre la sclérose des centres nerveux et la gliose; en effet, dans la sclérose, il y a multiplication moindre des éléments cellulaires ; la multiplication des fibres domine ; de plus on constate la présence de nombreux corps granuleux et amyloïdes; enfin les phénomènes d'envahissement et de refoulement des éléments nerveux et la tendance à la mortification et à la formation de cavités font défaut.

Si on relit la description que M. Hallopeau (2) donne de la sclérose périépendymaire, on est étonné des analogies de structure de cette sclérose avec la gliose ; il s'agit « d'un tissu « de néoformalion^ dit M. Hallopeau^ analogue par sa struc- « ture à celui qui se trouve normalement autour du canal de « l'épendyme; il est formé de tractus fibrillaires extrême- « ment fins, qui s'entre-croisent en diverses directions. Le

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