CHAPITRE III
Complications fébriles
Les nombreuses complications qui peuvent venir modifier le cours de la coqueluche sont, les unes apyrétiques, les autres accompagnées d’un mouvement fébrile plus ou moins considérable.
Ces dernières, les seules qui nous intéressent comprennent presque uniquement les phlegmasies de l’appareil repiratoire : bronchite, congestion pulmonaire, pneumonie franche et surtout broncho-pneumonie.
La bronchite, relevant du même processus morbide que la coqueluche elle-même, ne nous paraît pas devoir être classée, nous l’avons dit, parmi les complications. Elle ne peut être considérée comme telle que si elle devient très intense et se propage aux fines ramifications bronchiques, mais elle n’est alors que le début d’une broncho-pneumonie.
Les cas de congestion pulmonaire signalés par quelques auteurs rentrent dans les accès fébriles dont nous avons donné la description dans le chapitre précédent et nous n'avons pas à y revenir.
La pneumonie franche est rare : on en cite les cas. Elle débute brusquement, souvent par un frisson ou des con-
vulsions avec une fièvre intense. L'enfant est très agité ou très abattu ; il a des pommettes rouges, les veux brillants. On ne constate ni point de côté, ni expectoration spéciale, mais le pouls bat jusqu’à 180 et 200 fois par minute eton peut compter de 70 à 80 mouvements respiratoires. La date de l'apparition des signes physiques varie avec le siège de Phépatisation. Parfois, ce n’est que le que le quatrième ou même le cinquième, qu'on percoit du souffle et des râles fins dans un point plus où moins limité. La maladie suit en général sa marche caractéristique quel que soit le traitement employé: la fièvre reste aux environs de 40° avec des rémissions matutinales inférieures à un demi degré et la défervescence se produit subitement du sixièmeau neuvième jour. Gette complication qui apparaît surtout au début de la coqueluche n'agorave donc pas notablement le pronostic. Lorsqu'elle se montre vers la fin, elle semble même restreindre la durée de la période convulsive, puisque sa défervescence coïncide avec la disparition des quintes. Cest ce qui a permis à Roger de dire: « il v a dans la coqueluche des pneumonies innocentes, il en est même de salutaires. »
La broncho-pneumomie est la complication la plus fréquente comme la plus meurtrière. Elle apparaît ordinairement à la période d’acmé, lorsque les quintes sont déjà établies depuis plusieurs semaines ; quelquefois aussi à une époque très rapprochée du début, surtout si la coqueluche est entée sur la rougeole (Rilliet et Barthez).
Son début est très souvent insidieux : « nulle part, d’après M. C. de Gassicourt, les complications pulmonaires ne revêtent plus fréquemment la forme latente. »
Pendant un temps assez long, les seuls signes peuvent être, une augmentation de la fièvre et de la dyspnée avec de Pinappétence et un peu d'agitation. La température souvent modérée est parfois considérable, Jusqu'à 40° et quelques dixièmes, mais elle est irrégulière et présente bientôt d'assez fortes rémissions matutinales. La peau devient sèche et chaude, la figure rouge et animée. Entre les quintes on constate une toux grasse, comme dans la bronc ho-pneumonie ordinaire, et le pouls conserveune grande fréqueuce. La dyspnée est notable, bien qu’il n'existe rarement plus de 40 inspirations par minute, excepté toutefois dans la forme suffocante (bronchite capillaire de Fauvel).
Quant aux signes physiques, ils sont souvent à peu près nuls au début. Les premiers qu’on perçoive, sont des ràles sous-crépitants plus fins et plus nombreux que dans la bronchite simple et persistant en certains points lorsque la quinte est terminée. « C’est la preuve, dit Roger, que la congestion a gagné le parenchyme luimême et que les mucosités, comme emprisonnées dans les cellules, ne peuvent plus être évacuées librement ». Peu à peu il se produit des foyers d’induration ; la respiration s’affaiblit, devient rude, puis nettement soufflante, tantôt d’un seul côté, tantôt des deux côtés à la fois. La percussion donne peu de résultats.
Tous ces signes sont en somme très variables, ce qu'explique la muabilité des lésions pathologiques (Roger). Dans certains cas, les quintes deviennent plus rares ou sont modifiées dans leurs caractères, et l’ancien adage hippocratique admis par Trousseau (Febris accedens spasmos solvit) se trouve en partie vérifié. Mais comme
ap 40 =
l’a fait remarquer avec raison M. C. de Gassicourt, leur affaiblissement est d'un pronostic fâcheux, parce qu'il témoigne de l’affaiblissement progressif du malade et si les quintes cessent complètement pendant plusieursjours, la terminaison fatale est proche. Cette terminaison est, il est vrai la plus ordinaire ; elle serait même la règle chez les enfants de moins de deux ans et chez ceux qui ont eu auparavant la rougeole. L'évolution de la maladie est aiguë ou subaiguë avec rémissions pendant lesquelles tous les symptômes s’atténuent pour reparaître ensuite avec plus d'intensité. Dans tous les cas, c’est la bronchopneumonie seule qui influe sur la fièvre et la coqueluche n’est plus pour rien dans les modifications de la température. Il en est de même d’ailleurs pour les autres compiications et pour toutes les affections fébriles qui peuvent coexister avec la coqueluche (Roger).